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Zika, Ebola, SRAS : cartographie d'épidémies mondialisées

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L'équipe sanitaire de l'aéroport de Hong Kong
L'équipe sanitaire de l'aéroport de Hong Kong
© AFP - Alex Hofford

cartes. Ce lundi débute la 70e Assemblée générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui lutte contre des pandémies de plus en plus fréquentes. Analyse en cartes de trois des plus graves virus mondialisés récents : Zika, Ebola et le SRAS, sous le regard de l'épidémiologiste Arnaud Fontanet.

Au Moyen-Âge, il fallait six mois à la peste pour aller des cales de Tripoli sur la côte libanaise jusqu'au port de Marseille. En 2003, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) mettait 48h pour toucher six pays séparés par l'océan Pacifique. Aujourd'hui débute la 70e Assemblée générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui rassemble 194 Etats. Une de ses missions : lutter contre les pandémies, ces épidémies qui touchent plusieurs pays, de plus en plus fréquentes dans notre "village global" qu'est à certains aspects devenue la Terre. Analyse en cartes de la propagation de trois des plus graves virus mondialisés récents : Zika, Ebola et le SRAS, sous le regard de l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, qui dirige l'unité de recherche des maladies émergentes à l'Institut Pasteur.

1- SRAS ou la panique des flux aériens (épidémie de 2003)

Les 8 étapes de la mondialisation du SRAS
Les 8 étapes de la mondialisation du SRAS
© Radio France - Camille Renard

En six mois, le SRAS, syndrome respiratoire aigu sévère n'a tué "que" 800 malades, et n'a infecté "que" 8 000 personnes. Par comparaison, aujourd'hui, par jour, 3 000 personnes meurent du sida, et autant du paludisme. Mais le SRAS a eu un "coût sociétal" important, et a marqué les imaginaires par des fantasmes de contamination à grande échelle, rencontrant nos peurs face aux plaques tournantes modernes que sont les aéroports, les hôtels cosmopolites ou les mégalopoles surpeuplées.

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Par crainte de l'infection, l'aéroport de Hong Kong a dû fermer plusieurs semaines, entraînant la quasi faillite de sa principale compagnie. La maladie vient d'un met fin prisé des Chinois de la région du Guangdong, concocté à base de civettes infectées par coronavirus à l'origine du SRAS gardées vivantes dans les caves pour en garantir la fraîcheur. Elle se répand début 2003 par les principales voies aériennes. Le premier cas de SRAS en dehors de la Chine est signalé le 21 février 2003, alors qu'un médecin ayant soigné des malades à Guangzhou a passé une nuit dans un hôtel de Hong Kong. Il y a transmis le SRAS à au moins 16 autres personnes qui se trouvaient toutes au même étage de l’hôtel. Celles-ci ont ensuite propagé le virus quand elles ont été hospitalisées sur place ou ont poursuivi leur route vers Singapour, Toronto et le Vietnam. C’est ainsi qu’a débuté une épidémie internationale qui a fini par toucher plus de 30 pays. L'OMS lance l'alerte mondiale le 12 mars, et réagit en envoyant 11 laboratoires évaluer les risques dans les foyers asiatiques.

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2 - Ebola ou la porosité des frontières régionales (épidémie de 2014)

Les 10 étapes de la mondialisation d'Ebola
Les 10 étapes de la mondialisation d'Ebola
© Radio France - Camille Renard

La naissance du virus Ebola et sa propagation est moins documentée et moins aisée à décrire de façon linéaire. Les premiers cas remontent à 1976 au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), avant de resurgir en 1995, puis en 2007-2008. Une autre souche apparaissait entre temps en 1995 au Gabon et au Congo. L'épidémie de 2014 a, elle, émergé non pas en Afrique centrale, mais en Afrique de l'Ouest.

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Jusqu'ici confinée à des zones reculées où l'épidémie s'épuisait dans des villages isolés, transmise par les chasseurs de grands singes infectés, Ebola réapparaît en 2014 dans le marché d'une région de Guinée, frontalière du Liberia et du Sierra Leone. Dans cette zone de connexion avec les capitales respectives, circulent des personnes des trois pays. Les mobilités transfrontalières s'effectuent à pied, rendant quasi impossibles les méthodes de contrôle. Ebola se dissémine ainsi, un cas a même été relevé de Guinée jusqu'au Sénégal : à pied, en taxi ou en bus. Les autres cas s'expliquent par des rapatriements de personnels soignants infectés en Afrique : États-Unis (en plus d'un cas de prise en charge ratée au Texas au retour d'un voyage en Afrique), France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni.

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La mobilisation de l'OMS se fait en trois temps, à partir du niveau d'alerte planétaire lancé le 26 juillet 2014 : 1) août -décembre 2014 : augmentation de centres de traitement et lits pour les patients, recrutement rapide et formation d’équipes chargées des inhumations sans risque. 2) janvier - juillet 2015 : augmentation des capacités de recherche des cas suspects, et 3) août 2015 à mi-2016 : interruption des chaînes de transmission du virus. L’OMS a été critiquée pour son manque de discernement sur la gravité de la crise d’Ebola en Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016, qui a causé plus de 11.300 morts, dont plus de 99% en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Et Margaret Chan, restée à la tête de l'institution pendant dix ans, a reconnu ce lundi que l’épidémie avait "pris tout le monde, y compris l’OMS, par surprise".

Le débat sur la pertinence de la fermeture des frontières dans de tels cas a été soulevé à ce moment-là, souligne l’épidémiologiste Arnaud Fontanet :

Les modalisations mathématiques ont montré que ces fermetures ne permettraient que de retarder de quelques semaines la propagation de la maladie. Non seulement les temps d'incubation et les stratégies de contournement à pied ne permettraient pas de fermer réellement la frontière, mais ces fermetures n'inciteraient pas le personnel soignant international à venir en nombre suffisant, craignant ainsi d'être bloqué à l'intérieur du pays.

3 - Zika ou l'urbanisation du moustique (épidémie de 2015)

Les 10 étapes de la mondialisation de Zika
Les 10 étapes de la mondialisation de Zika
© Radio France - Camille Renard

Transmis par les moustique Aedes aegypti, le virus Zika a été identifié pour la première fois en Ouganda en 1947, chez des singes, puis en 1952 chez l'homme. Des années 1960 aux années 1980, les infections humaines en Afrique et en Asie s’accompagnent en général de symptômes bénins. La première flambée de Zika est constatée en 2007 dans les États fédérés de Micronésie, puis en 2013-2014 en Polynésie française où est signalé le lien entre le virus Zika et les syndromes de Guillain-Barré. En 2015, le Brésil rapporte une augmentation anormale du nombre d’enfants nés avec microcéphalie, dans les suites de la première épidémie de Zika sur le continent latino-américain.

Aedes aegypti est responsable de la transmission de plusieurs virus comme la dengue, la fièvre jaune, le Chikunguya ou le Zika. Il a quitté l’Afrique de l’ouest avec les bateaux transportant les esclaves noirs vers le continent américain. Son cousin des zones tempérées, Aedes albopictus, encore appelé le moustique tigre, a quitté le Japon il y a une cinquantaine d'années dans les bateaux commercialisant les pneus. Il aime à se reproduire dans les eaux propres des pluies gardées par les caoutchoucs concaves. Il s’est depuis implanté dans les zones tempérées, à partir des zones portuaires où il a été débarqué avec les pneus. "Zika est un phénomène de la mondialisation de ces moustiques présents aux quatre coins du globe. Il suffit maintenant de leur amener le virus", résume Arnaud Fontanet. Aedes aegypti ne se nourrit plus que sur l’homme, et s’est de fait installé dans les zones urbaines, densément peuplées, comme les bidonvilles des mégalopoles latino-américaines : Brésil, Venezuela, Colombie, Paraguay sont les plus touchés. Le virus Zika remonte jusqu'à Miami en 2015, où le moustique Aedes aegypti est implanté, et touche l'Europe, de façon plus marginale, dans des cas de retour de voyage.

4 - Des solutions mondialisées s'inventent

S'il est difficile de mesurer l'augmentation des pandémies tant leur identification a progressé grâce aux avancées médicales, il reste certain que les risques de voir des épidémies se propager sont plus nombreux aujourd'hui : la population non seulement a été multipliée par quatre au vingtième siècle, mais la mobilité a fortement augmenté : les humains étant à la fois plus nombreux, plus denses, plus mobiles, et leur contact avec des foyers d'émergence chez les animaux étant facilités, on aboutit au constat global suivant : "une épidémie par an, un épidémie grave tous les cinq ans" dénombre Arnaud Fontenet. La gravité étant mesurée non pas en termes de mortalité, mais d'impact sociétal au sens large. Et de dénombrer les dernières grandes épidémies : le Sida (1981), la vache folle (1995), le SRAS (2002-2003), la grippe aviaire (2003), le H1N1 (2009), le MERS (2012), Ebola (2014), Zika (2016).

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Au regard de cette expansion des risques, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui ouvre ce jour sa 70e Assemblée générale à Genève, s'est dotée d'outils de lutte, nécessairement mondialisés. Cet éventail de ripostes internationales permet d'accélérer la réaction pour réduire à néant le plus vite possible les foyer initiaux. Un système d'alerte, le "GOARN", permet à des collaborateurs internationaux comme l'Institut Pasteur d'envoyer de façon réactive sur place des chercheurs pour identifier le problème. Sur du plus long terme, des nouveaux vaccins sont préparés et stockés pour qu'ils puissent être évalués le plus vite possible au démarrage d’une épidémie, via des partenariats publics/privés avec les laboratoires pharmaceutiques. Enfin, tous les pays se sont engagés à donner l'alerte en cas d'épidémie via le Règlement Sanitaire International, malgré les conséquences négatives en termes économiques ou touristiques. Bien qu'encore non contraignant, ce système de blâme devrait améliorer la réponse pour enrayer au plus vite les foyers de diffusion.