Après une attaque aérienne russe à Al-Arshani au nord d'Idlib en Syrie en janvier dernier ©AFP - OMAR HAJ KADOUR
Après une attaque aérienne russe à Al-Arshani au nord d'Idlib en Syrie en janvier dernier ©AFP - OMAR HAJ KADOUR
Après une attaque aérienne russe à Al-Arshani au nord d'Idlib en Syrie en janvier dernier ©AFP - OMAR HAJ KADOUR
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Résumé

Pour les réfugiés syriens du camp de Chatila, au Liban, la guerre en Ukraine a des airs de "déjà vu". S’ils sont largement solidaires des Ukrainiens, tant les méthodes russes employées en Syrie ressemblent à celles utilisées en Ukraine, ces réfugiés sont aussi très critiques à l’égard de l’Occident.

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Dans sa boulangerie du camp de réfugiés de Chatila, Yassine n'a pas le moindre doute ce que les Ukrainiens endurent. Les Syriens l'ont déjà vécu : "Les Russes font comme en Syrie. Ils visent les hôpitaux, les écoles, les habitations avec des civils. Ils sont sans pitié. Ce sont des barbares", tranche ce trentenaire qui a vécu le siège d'Alep en 2016.

Il y a 11 ans, le 15 mars 2011, la Syrie se soulevait pour demander une ouverture et des réformes. Le président Bachar Al-Assad a répondu à cette mobilisation par une répression sanglante. Le pays a basculé dans une décennie de guerre civile. Le conflit a provoqué plus de 300 000 morts et 12 millions de déplacés dans et hors de la Syrie. C'est l'intervention de la Russie à partir de 2015 qui a sauvé Bachar Al-Assad, encore au pouvoir de nos jours.

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"Je suis prêt à aller à me battre en Ukraine."

Zouheir, réfugié syrien à franceinfo

Aux fourneaux derrière Yassine, Zouheir, à peine plus jeune, acquiesce : "On est pour les Ukrainiens, on veut qu'ils gagnent. On n'aime pas les Russes. Moi, je suis prêt à aller me battre en Ukraine", assure le jeune homme, rempli de haine contre ceux qui ont sauvé Bachar al-Assad et son régime.

En Syrie et en Ukraine, la Russie a mené les même bombardements aveugles, la même politique de la terre brûlée. Mais le traitement des réfugiés de la part des Européens n'est pas le même. "La manière dont les Ukrainiens sont accueillis en Europe, c'est humain. Ils sont traités avec respect et avec humanité. Mais les réfugiés syriens sont traités comme des animaux", déplore Abed, vendeur de café. La non-intervention des Occidentaux a laissé un souvenir amer

Ce "deux poids, deux mesures", Zacharia le constate aussi sur le soutien militaire : "En Ukraine, les Occidentaux livrent des armes récentes, sophistiquées et adaptées. Ils laissent venir des combattants. Ils ont envoyé des professionnels pour former les Ukrainiens, mais pour nous, ils n'ont jamais fait ça", souligne-t-il.

Sa solidarité avec l'Ukraine est teintée d'amertume à l'égard de l'Europe et des États-Unis, qui auraient pu d'après lui contenir l'ours russe. "Si l'Otan ou l'Europe avaient tenu tête à la Russie quand elle est intervenue en Syrie, jamais elle n'aurait attaqué l'Ukraine, même pas la Crimée en 2014", conclut-il.

Références

L'équipe

Aurélien Colly
Journaliste