Benjamin Marol, professeur d'histoire géographie dans un collège en zone d'éducation prioritaire, dénonce une réforme injuste, notamment sur l'âge de départ à la retraite.
Benjamin Marol, professeur d'histoire géographie dans un collège en zone d'éducation prioritaire, dénonce une réforme injuste, notamment sur l'âge de départ à la retraite. - LOUISE BUYENS / RADIO FRANCE
Benjamin Marol, professeur d'histoire géographie dans un collège en zone d'éducation prioritaire, dénonce une réforme injuste, notamment sur l'âge de départ à la retraite. - LOUISE BUYENS / RADIO FRANCE
Benjamin Marol, professeur d'histoire géographie dans un collège en zone d'éducation prioritaire, dénonce une réforme injuste, notamment sur l'âge de départ à la retraite. - LOUISE BUYENS / RADIO FRANCE
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La semaine dernière, des travailleurs soumis à des régimes différents avaient témoigné de leur quotidien sur l’antenne de franceinfo. Mercredi, alors que la Première ministre a dévoilé les contours de la très attendue réforme des retraites, ils sont partagés entre soulagement et inquiétudes.

L'âge légal de départ à la retraite sera donc 64 ans à horizon 2030, si l’on en croit les annonces de la Première ministre, Elisabeth Borne, qui a dévoilé le détail de la réforme mardi 10 janvier.

>> DIRECT. Réforme des retraites : suivez les réactions syndicales et politiques au lendemain de l'annonce du projet du gouvernement

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Sur franceinfo, la semaine dernière, des travailleurs soumis à des régimes différents et inquiets de cette réforme avaient témoigné de leur quotidien sur l’antenne de franceinfo. Mercredi, après les annonces d’Elisabeth Borne, ils sont partagés entre soulagement et inquiétudes.

"Je suis super contente !"

Certains, comme Catherine, sont plutôt rassurés. Caissière à Leers, dans le Nord, à côté de Lille, cette femme de 59 ans a commencé sa carrière à 16 ans. Elle avait très peur de travailler plus longtemps, notamment parce qu'elle est usée physiquement. Mais mardi soir, elle a vérifié : elle a cumulé assez de trimestres pour partir quatre ans plus tôt par rapport à l'âge légal, c’est-à-dire 60 ans au lieu de 64, grâce au maintien du dispositif carrières longues. C'est un vrai soulagement pour elle : "Quand j'entends que je peux repartir quand même à 60 ans, je suis super contente, s'exclame-t-elle. Surtout que j'avais déjà calculé quand je pourrais partir en plus !"

"En prenant mes vacances, je compte partir pour mi-octobre : j'aurais été vraiment très déçue si je n'avais pas pu partir..."

Jules, lui, n’a que 20 ans, mais lui aussi est rassuré par ce qu'a dit la Première ministre, sur un point qui le concerne directement : l'avenir des retraites. Il travaille déjà comme apprenti chez une notaire en Charente-Maritime, à La Rochelle, et il craignait que sa génération n'ait pas de retraite. "Je pourrais même me dire, sourit-il, au vu de mon âge, que je suis heureux, même si heureux est un grand mot, mais on va dire peut-être un peu rassuré quand même, qu'elle ait évoqué le fait que notre génération pouvait s'inquiéter de ne pas avoir de retraite, et qu'on évoque toujours que même d'ici 30 ou 40 ans, il y aura toujours une retraite en France."

Le report de l’âge légal est "injuste"

Même s'il est rassuré sur ce point, Jules reste opposé au projet de réforme et au report de l'âge légal de départ à la retraite. Car les 64 ans semblent avoir du mal à passer, notamment chez Benjamin Marol, 45 ans, professeur d'histoire géographie dans un collège en zone d'éducation prioritaire près de Paris. "C'est forcément injuste : là, on a une obligation de travailler jusqu'à 64 ans et ça va être 67 ans pour bon nombre de gens qui ont connu des carrières un peu heurtées, avec des périodes de chômage, des périodes d'inactivité", souligne-t-il.

67 ans : c'est l'âge auquel Benjamin pourra partir parce qu'il a commencé à travailler tard et cette perspective l'inquiète beaucoup même si, nouveauté, les fonctionnaires vont pouvoir bénéficier de la retraite progressive. Cette dernière permet de travailler à temps partiel à la fin de sa carrière en liquidant une partie de sa pension. Pour Benjamin, cela pourrait être une option mais il émet quand même un gros bémol, alors que les fonctionnaires vont calculer leur retraite sur les six derniers mois de travail.

"Il n'est pas question que je sacrifie l'ensemble de ma retraite avec une pension ridicule, si c'est pour avoir un temps partiel sur les deux dernières années entre 65 et 67 ans."

Quand on passe toute la semaine devant des élèves pas toujours faciles, c'est fatiguant, raconte Benjamin. Aussi, le professeur regardera de près comment la retraite progressive va se dérouler en pratique.

Perdre beaucoup d’argent inquiète

Perdre beaucoup d'argent à la retraite est aussi ce qui inquiète Hélène. Lorsque franceinfo avait rencontré cette graphiste indépendante de 42 ans chez elle au Mans, celle-ci s'était renseignée et était dépitée de découvrir qu'elle allait toucher environ 900 euros par mois quand elle partira à la retraite. Le gouvernement promet que tous les retraités qui ont une carrière complète au smic toucheront 1 200 euros de pension. Hélène espère donc vraiment en profiter : "C'est un soulagement, effectivement, de penser qu'on peut toucher 1 200 euros à la retraite", estime-t-elle.

"Je sais que j'avais déjà augmenté le plafond de mes cotisations retraite, mais je n'avais pas la garantie de savoir combien j'allais avoir au final à la retraite."

Mais sur la situation des indépendants, tout n'est pas encore arbitré. Le gouvernement renvoie au projet de loi de financement la sécurité sociale de 2024. Il prévoit de simplifier le calcul de leur retraite et de renforcer leurs droits.