Le torero Vincente Soler avec un taureau lors d'une corrida à Castellón de la Plana, en Espagne, en 2019.
Le torero Vincente Soler avec un taureau lors d'une corrida à Castellón de la Plana, en Espagne, en 2019. - DOMENECH CASTELL? / EFE
Le torero Vincente Soler avec un taureau lors d'une corrida à Castellón de la Plana, en Espagne, en 2019. - DOMENECH CASTELL? / EFE
Le torero Vincente Soler avec un taureau lors d'une corrida à Castellón de la Plana, en Espagne, en 2019. - DOMENECH CASTELL? / EFE
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Une nouvelle proposition de loi pour interdire la corrida a été déposée, mardi, en France. Dans d'autres pays où la tauromachie est une tradition, comme l'Espagne, la Colombie et le Mexique, des lois similaires ont déjà été adoptées.

Une nouvelle proposition de loi anti-corrida a été déposée à l'Assemblée nationale, mardi 20 septembre, par 96 députés de la Nupes. Ce texte porté par le député animaliste Aymeric Caron sera discuté le 24 novembre prochain dans l'hémicycle. En France, le débat autour de la tauromachie et de la souffrance animale est récurent. Il est aussi très animé dans d'autres pays. C'est le cas en Colombie, en Espagne et au Mexique, où les choses bougent doucement.

Premier président de gauche du pays et anti-corrida notoire, Gustavo Petro a pris ses fonctions dimanche 7 août, dans un pays où les corridas sont encore très populaires. À Bogota, à Medellin ou à Cali, il y a encore des grandes corridas qui vont jusqu'à la mort du taureau. À l’occasion de toutes les fêtes locales, il y a des "novilladas", des "becerradas" ou des "corralejas" qui sont ces spectacles avec des petits taureaux ou sans torero. Ce sont alors des hommes du village qui descendent dans l’arène. Et il y a le "coleo", où des hommes à cheval attrapent par la queue des taureaux en pleine course et les retournent comme des crêpes.

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Ces spectacles se tiennent parfois dans des conditions de sécurité précaires. En juin dernier, des gradins se sont effondrés à El Espinal, une ville du département de Tolima, causant la mort de quatre personnes.

Les défenseurs de la cause animale ne cessent de gagner du terrain. À Bogota, ils mobilisent des centaines de manifestants avant chaque corrida. Et ils ont voté pour Gustavo Petro, notamment parce qu'il est anti-corrida. Gustavo Petro a été maire de Bogota de 2012 à 2015. Il avait à l'époque mis fin au contrat de location des arènes de la capitale. Le Conseil d’État était revenu sur la décision et les corridas avaient repris. Mais un projet de loi est à l’étude qui vise à interdire immédiatement les spectacles avec mort du taureau et, d’ici trois ans, tous les spectacles où il y a de la maltraitance animale. La décision ne dépend pas de Gustavo Petro, mais l’appui du président pourrait peser dans la balance.

La Catalogne a interdit la corrida en 2010. À l’époque, les débats avaient été très vifs. La région est l’un des berceaux de la corrida. Barcelone a été la seule ville d’Espagne à compter trois arènes en activités au début du XXe siècle. Mais dans les années 2000, les corridas tombent en désuétude. La cause animale progresse, mais c’est surtout le contexte politique local qui aboutit à son interdiction.

Pour les députés indépendantistes, majoritaires à Barcelone, le taureau représente le symbole du nationalisme espagnol. On assiste alors à une forme d’alliance objective entre les groupes animalistes et les élus catalans. "Ce n'était pas la cause des animaux qui était en jeu, c'était de faire disparaitre du territoire catalan l'image de l'Espagne et donc les taureaux, se souvient amèrement Luis Corales, un aficionado.

"C'est cette union contre-nature qui a fonctionné en 2010 quand les taureaux ont été interdits."

En 2016, le tribunal constitutionnel a invalidé l’interdiction, mais dans les faits plus aucune corrida n’a eu lieu - trop compliqué, trop sensible. En revanche, il reste d'autres spectacles taurins en Catalogne. Chaque été, on célèbre dans des villages du sud de la région les "correbous". Il s’agit de tirer le taureau avec des cordes et de lui incendier les cornes. Bref, de lui infliger un certain nombre de sévices. Des plaintes pour maltraitance animale ont été déposées, cet été, contre ces spectacles.

Quant aux amateurs catalans de corrida, ils ont trouvé refuge depuis dix ans dans le sud de la France à Céret, Nîmes ou Arles. Ils vont donc suivre avec intérêt les débats sur le sujet à l’Assemblée nationale à la fin du mois de novembre.

Au Mexique, certains États avaient déjà interdit les corridas, mais, cette fois-ci, la prohibition atteint un endroit emblématique : la Plaza Mexico, des arènes qui peuvent accueillir jusqu’à 50 000 spectateurs. Plusieurs responsables politiques avaient déjà lancé des projets d’interdiction à Mexico auparavant, mais sans parvenir à leurs fins. C’est finalement un juge qui a donné raison à une organisation civile qui réclamait l’interdiction des corridas. Le juge a estimé qu’il fallait mettre fin à cette activité récréative qui exposait des animaux à des traitements cruels, à des souffrances et à une mort injustifiées.

D'un côté, cette décision a suscité beaucoup d’espoirs de voir l'interdiction s’étendre au reste du pays. Mais il y a aussi une certaine résistance qui s’organise, car la culture taurine est encore bien ancrée dans certaines régions du pays. Sept États mexicains ont déclaré la corrida patrimoine culturel immatériel. L’engouement pour la corrida concerne une minorité de Mexicains certes, mais c’est une minorité qui défend sa passion avec acharnement et qui est bien décidée à faire annuler cette décision judiciaire.

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