La comédienne Céline Sallette, en avril 2022 à Paris.
La comédienne Céline Sallette, en avril 2022 à Paris. - JOEL SAGET / AFP
La comédienne Céline Sallette, en avril 2022 à Paris. - JOEL SAGET / AFP
La comédienne Céline Sallette, en avril 2022 à Paris. - JOEL SAGET / AFP
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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’actrice Céline Sallette, à l'affiche du film de Sylvie Gautier "Brillantes".

Céline Sallette est actrice. C'est Patrick Grandperret qui lui a donné sa chance avec le film Meurtrières en 2005. Son rôle dans L'Apollonide : Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello lui a offert une nomination au César du meilleur espoir féminin, en 2012. Depuis, ses rôles principaux dans Géronimo de Tony Gatlif (2014), dans Vie sauvage de Cédric Kahn (2014), dans La French de Cédric Jimenez (2014), sans oublier De rouille et d'os en 2012 de Jacques Audiard ont marqué finalement son arrivée d'une façon assez forte dans le milieu. Ce mercredi 18 janvier, elle est à l'affiche du film de Sylvie Gautier : Brillantes. C'est un film social sur la vie des personnes qui nous accompagnent dans nos vies, les femmes de ménage.

franceinfo : Dans ce film, vous incarnez une femme de ménage très attachée à son métier. Vous conservez précieusement en secret, celui que vous ne savez ni lire ni écrire. Ce film est-il un cri du cœur, un soutien à ceux qu'on appelle les "petites gens" ?

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Céline Sallette : C'est vrai que le sujet de l'analphabétisme, je n'aime pas tellement ce mot, car c'est le sujet du manque de savoir écrire ou lire, est une chose qui nous est assez étrangère. On n'a pas l'habitude d'envisager qu'on puisse ne pas avoir les codes de base pour des raisons de manques pendant l'enfance. Donc c'est vrai que c'est une chose qui était incroyable à appréhender. Et puis une vraie découverte. Je trouve que c'est assez beau de mettre en lumière ce comment on peut vivre sans le code de base. Je pense que l'intention de Sylvie Gautier dans Brillantes, c'est de mettre en lumière les invisibles, ceux qu'on ne voit pas.

Ces femmes combattent des horaires dramatiques, avec parfois des contrats qui leur demandent d'aller travailler dans un rayon de 50 kilomètres. C'est énorme quand on n'a pas forcément les moyens. C'est aussi ça, ce film, un regard sur les difficultés qu'on peut rencontrer dans des métiers qui ne sont pas du tout considérés.

Ce sont des questions qu'on observe souvent de loin. Ça ne nous concerne pas toujours. On ne peut pas imaginer qu’on demande à des gens pour des salaires de misère de faire tant de choses difficiles. C'est une chose admise par la société. Ce déséquilibre et cette injustice sont courants, on vit avec, mais c'est intéressant de la mettre en lumière pour les soulever, qu'ils soient éclairés, pour les mettre un peu à notre niveau. On a tous, nous, êtres humains, à peu près les mêmes capacités, quoi ! Je veux dire physique et psychique. Bien sûr qu'avec l'entraînement, certains en développent plus que d'autres. Ces femmes-là qui s'entraînent à faire le ménage toute la journée, font le ménage beaucoup plus vite que vous et moi. Elles sont hyper fortes à ça. Elles sont aussi très résilientes parce qu'elles s'entraînent à beaucoup de résilience. Elles ont de grandes capacités à certains endroits qui ne sont pas valorisés par la société aujourd'hui. La question est : qu'est-ce que la société valorise aujourd'hui ? Et je pense que le film de Sylvie essaye de dire : ces femmes ont une immense valeur.

La gent masculine est très peu représentée dans ce film. Il y en a une toute petite touche. En revanche, il y a une vraie touche féministe. Vous, vous êtes pour l'évolution plutôt que la révolution ?

Oui, c'est sûr. En fait, la réalité de ça, c'est qu'on ne fera pas les uns sans les autres. On ne peut exclure une partie de l'humanité qui s'appelle les hommes. Mais on peut aussi se dire que de toute façon, on va devoir évoluer ensemble. Bien sûr, il y a des hommes qui résistent à mort, qui ne sont pas du tout d'accord avec le fait d'envisager les choses de façon nouvelle et il y a aussi des femmes qui résistent à ça parce que le processus de transformation, c'est un processus qui demande un peu de courage. Donc, l'évolution ou la transformation de la société, elle se fera avec tout le monde. On évolue tous ensemble de fait, en tant que membre de la société. Comme on est le même corps, on va devoir changer tous ensemble. C'est un peu long. C'est pour ça qu'il faut être gentil parce qu'il faut être patient. C'est comme pour un enfant, il n'apprend pas à marcher tout de suite.

Quand vous avez découvert le théâtre, on a le sentiment que vous vous êtes redécouverte.

Le théâtre est, pour moi, un outil d'émancipation et d'exploration.

Oui. C'est un outil qui me permet de grandir, de me comprendre ainsi que le monde qui m'entoure. J'ai beaucoup de chance de travailler avec les histoires comme matières. C'est une grande chance.

Vous êtes arrivée très vite au cinéma. C'était une évidence pour vous ?

Non, ce n'était pas si évident, franchement. J'ai vraiment commencé par le groupe et le collectif. J'étais très rassurée par, au contraire, la présence des autres et le devenir commun. J'étais beaucoup moins à l'aise avec le devenir personnel. Mais j'ai grandi. Et en vrai, on est seul, on s'accomplit soi.

Votre maman était libraire. Et là, même si vous n'aimez pas ce mot, vous êtes analphabète dans ce film, ça veut dire que les mots sont ce qui permet de résoudre les soucis, les problèmes, les difficultés ?

Le dire. Les mots et dire. On le voit bien dans le film, c'est-à-dire qu'il y a le secret et puis le moment où on dit quelque chose, on se le dit à soi-même et on le dit aux autres, au monde. Ce passage de l'inconscient au conscient ou du non-dit au dit, est fondamental dans la vie. Il y a plein de moments où je me suis dit quelque chose à moi-même qui était transformateur, qui était toujours là. Mais une fois que je l'ai dit, il était révélé. Et ce sont des moments uniques, magiques et très puissants.

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