La chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada au festival du film de Locarno, le 5 août 2021.
La chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada au festival du film de Locarno, le 5 août 2021. - URS FLUEELER / KEYSTONE
La chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada au festival du film de Locarno, le 5 août 2021. - URS FLUEELER / KEYSTONE
La chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada au festival du film de Locarno, le 5 août 2021. - URS FLUEELER / KEYSTONE
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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’auteure, compositrice, interprète, réalisatrice et aussi actrice, Aurélie Saada.

Aurélie Saada est auteure, compositrice, interprète, réalisatrice et aussi actrice. Elle formait aussi le duo Brigitte avec Sylvie Hoarau. Elles ont d'ailleurs reçu le prix Groupe Révélation Scène aux Victoires de la Musique, en 2012. Brigitte était un hommage qu'elles rendaient aux femmes, notamment Brigitte Bardot, Brigitte Fontaine ou encore Brigitte Lahaie. En octobre 2022, elle sortait son premier album solo Bomboloni et elle est actuellement en tournée avec un rendez-vous à l' Hyper Weekend Festival ce 20 janvier 2023 à la Maison de la Radio et de la Musique.

franceinfo : En octobre dernier, vous sortiez votre premier album en tant qu'Aurélie Saada. Ça fait quel effet ?

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Aurélie Saada : Ça fait tout bizarre de voir son nom pour la première fois écrit sur une pochette de disque. Ça a été assez impressionnant pour moi. Je crois que j'ai toujours cru que toute seule, ce n'était pas assez.

Le titre de cet album est Bomboloni, le nom d'un beignet italien au centre des fêtes tunisiennes. On sent que vous avez grandi à travers ce disque, que vous avez réussi aussi à soigner quelques plaies qui étaient ouvertes...

Sûrement. Oui, je crois. D'oser en parler, d'en faire quelque chose. Et puis, je crois que j'ai voulu aller vraiment dans ce que j'aime aussi, dans les arrangements, dans cette musique orchestrale qui m'évoque à la fois Nancy Sinatra, Dalida dans les années 50. Il y avait quelque chose comme ça que je n'avais encore jamais osé aborder et là, j'y vais. Franchement, peu importe si je ne suis pas vraiment dans l'air du temps où on va vers des choses plutôt minimales et très électroniques, moi, c'est vrai que je suis allée à fond dans l'organique et dans l'imperfection.

"J'aime l'imperfection. J'aime le vivant. J'aime quand ça surprend, quand on ne s'y attend pas."

Vous êtes issue d'une famille juive qui a eu des transmissions plus par la culture finalement que par la religion. D'ailleurs, vous vous dites athée pratiquante. Le fait d'ouvrir ces pages des souvenirs, de vous y replonger, ça a été compliqué ?

Je ne sais pas si ça a été dur ou si ça a été intéressant pour moi de creuser. Je viens d'une famille tunisienne, berbère d'ailleurs. Ils ont quitté la Tunisie dans les années 50 du côté de ma mère et dans les années 60, du côté de mon père. Parce qu'il y a eu beaucoup d'antisémitisme à ce moment-là. Mon grand-père, qui avait fait la guerre dans la deuxième DB du général Leclerc et qui a vu l'horreur de l'Allemagne nazie pendant la Seconde guerre mondiale, est rentré en Tunisie, chez lui. Il s'est remis à travailler et a vécu alors l'antisémitisme. Il a eu très peur. Ils sont partis sans se retourner, ils ne sont pas retournés en Tunisie, mais ils ont toujours gardé ce pays en eux. On a toujours entendu de l'arabe à la maison, on a toujours cuisiné la cuisine orientale, ça sentait toujours le cumin, la fleur d'oranger partout, on parle avec les mains... Il y a un rapport à la table, à la générosité qui est constant. Et moi, je voulais leur dire : on peut y retourner peut-être.

Il y aussi ces chansons qui parlent de ce qui fait mal, comme La Grange aux belles. Vous racontez à travers cette chanson des violences sexuelles que vous avez vécu quand vous étiez enfant. Vous aviez quatre ans et c'était un camarade d'école qui vous faisait subir ça. Vous étiez à la fois très proche de votre famille, mais en même temps, vous ne leur en avez jamais parlé...

J'ai essayé, mais je sentais que je n'avais pas les mots pour dire à ma mère : il y a un petit garçon qui met ses doigts dans mon vagin, il y a un petit garçon qui m'oblige à le toucher et qui demande à d'autres petits garçons de regarder ce qu'il me fait. Et c'était impossible pour moi de le dire.

En écrivant ‘La Grange aux belles’, je raconte que les choses qu'on a vécu les plus douloureuses, on peut en faire quelque chose.

Je crois que si je suis chanteuse aujourd'hui et que j'écris sur mes blessures intimes, sur ma vie, si je me montre à tel point à nu, et que je ne passe pas par quatre chemins dans toutes mes chansons, c’est que je ne me cache pas. Je crois que c'est comme si je reproduisais ce qui m'est arrivé enfant, mais que tout d'un coup, c'est moi qui décidais de ce que je montrais de moi. Je reprends le pouvoir sur ma nudité, au lieu d'en faire une souffrance. J'en fais de l'art, j'en fais une œuvre. Le spectacle, maintenant, ce n'est pas lui qui me l'impose, c'est moi qui le donne et c'est complètement différent.

Le fait de monter sur scène avec le Bomboloni Tour, c'est une façon, vous le dites, de vous mettre à nu et donc de vous réapproprier cette partie de votre histoire...

Oui, une façon de me réapproprier et d'en faire une joie, d'en faire une fête, d'en faire quelque chose de vrai, qui part du cœur, qui part du ventre, mais qui n'est pas là pour s'épancher en tristesse et en larmes. Non. Il est plutôt là pour offrir de la joie ! Que ça croustille, que ça se partage, que ce soit un refuge, que ce soit des bras ouverts, que ce soit un moment joyeux à partager.

Donc, vous vous êtes définitivement découverte dans cet album ?

Eh bien oui !

Aurélie Saada sera en concert, le 18 janvier 2023 à Aix-en-Provence, le 20 à l’Hyper Weekend Festival à Paris, le 27 à Grenoble, le 28 à Dardilly, le 9 février au Havre, le 10 à Rouen etc.

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