Le lanceur d’alerte et ancien soldat de l’armée russe, Pavel Filatiev.
Le lanceur d’alerte et ancien soldat de l’armée russe, Pavel Filatiev. - ELEONORE DERMY / AFP
Le lanceur d’alerte et ancien soldat de l’armée russe, Pavel Filatiev. - ELEONORE DERMY / AFP
Le lanceur d’alerte et ancien soldat de l’armée russe, Pavel Filatiev. - ELEONORE DERMY / AFP
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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’ancien membre du 56ᵉ régiment d'assaut aéroporté russe affecté au mortier, Pavel Filatiev. Il vient de publier : "Zov : l'homme qui a dit non à la guerre" aux éditions Albin Michel.

Pavel Filatiev a 33 ans. Il est un ancien membre du 56ᵉ régiment d'assaut aéroporté russe affecté au mortier. Dans cette guerre contre l'Ukraine menée par la Russie, il a participé aux deux premiers mois de cette opération spéciale en Ukraine. Il va être évacué très vite à cause d'une kératoconjonctivite, une infection de l'œil, et une ostéochondrose provoquée par les nuits sur la terre glacée. L’ancien sergent vient de publier Zov : l'homme qui a dit non à la guerre aux éditions Albin Michel.

>> "Nos règles de combat sont dépassées" : un soldat russe, qui a quitté son unité en Ukraine, raconte le quotidien des troupes

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franceinfo : Ce livre est votre récit en tant que soldat russe. Vous avez décidé de rendre les armes, en tout cas, de ne plus les utiliser. Vous n'avez pas fui la guerre, mais vous avez décidé de ne pas y retourner. Pourquoi ?

Pavel Filatiev : J'ai pris cette décision parce que j'ai personnellement jamais pu comprendre les motivations, les raisons de cette guerre. Et quand j'y étais, j'ai vu que ce n'était pas simplement une guerre entre deux armées, mais il y avait aussi beaucoup de destruction de villes dans lesquelles vivaient des civils. C'est là que j'ai décidé que je ne pouvais plus continuer à y participer.

Ce qui ressort d'ailleurs de ce récit, ce sont les conditions déplorables, le manque d'équipement, la boue, la faim, le froid, la mort omniprésente... Ces facteurs vont davantage accentuer la haine vers un ennemi qui refuse d'être "dénazifié", selon vos mots, parce que c'est comme ça qu'on vous a présenté les choses. Vous avez eu ce besoin de raconter à quel point la guerre est un cercle vicieux ?

N'importe quelle personne raisonnable peut faire le test elle-même en essayant de vivre dehors pendant trois jours et en dormant à la belle étoile. Cela va tout de suite changer sa perception et ses manières. La question qu'on peut poser, c'est une question au commandement russe qui non seulement a déclenché la guerre, mais aussi a mis ses soldats dans des conditions déplorables.

Je ne peux pas être fier de cette guerre-là.

A quel moment avez-vous douté ?

J'en étais persuadé depuis mon premier contrat de service militaire quand j'étais au nord du Caucase. Avant cela, je croyais aux choses que je voyais à la télé, à ce que déclaraient les politiques. Après avoir été dans le Caucase, j'ai compris qu'on nous mentait beaucoup et j'ai beaucoup de questions qui sont apparues.

Vous avez donc décidé de ne pas y retourner. Vous allez faire appel à une ONG qui va beaucoup vous aider : la Tunisie, d'abord, puis la France, qui a décidé de vous protéger. Il y a eu ce premier manifeste de 141 pages diffusé sur un réseau social russe, qui vous a valu beaucoup de menaces. Vous êtes considéré aujourd'hui comme un lanceur d'alerte. C'était important pour vous de pouvoir témoigner ?

Je n'avais pas pour objectif de quitter le pays et au moment où j'ai appris que j'allais avoir un procès, que je risquais 15 ans de prison. C'est là que j'ai pris la décision de partir. Je n'étais pas prêt à me faire sacrifier par la justice russe.

Quel traitement est réservé aux opposants ?

Si on regarde la pratique de la justice en Russie aujourd'hui, il y a des gens qui ont été condamnés à de la prison parce qu'ils avaient appelé la guerre par son nom. Ils avaient dit que c'était une "guerre", pas une "opération" et quand la police voit ça, elle peut lancer un procès au terme duquel la personne risque sept ans de prison. Je pense que cela suffit à comprendre la situation.

Quand vous êtes arrivé en France, dans les toilettes, vous avez déchiré vos papiers d'identité, votre carte militaire. Quel est votre avenir ?

Pour l'instant, je dois finir des procédures administratives pour avoir le statut de réfugié et cela prend du temps. Et une fois que j'aurai réglé ces questions, je ferai une pause. C'est à ce moment-là que je pourrai penser à mon futur.

Pour l'instant, je suis dans un état plutôt suspendu. J'attends mon statut de réfugié politique.

Quelle image avez-vous de Poutine ?

Ça va être étrange de le dire, mais je peux dire que je plains Poutine, un peu. Il ressemble à un animal qui est coincé et qui ne sait pas trop ce qu'il va faire ensuite. Qui est prêt à lancer la bombe nucléaire parce qu'il n'y a pas d'autre issue.

À votre avis, quelle est la solution pour que cette guerre se termine ?

Je pense que l'objectif principal, c'est que Poutine parte. Et une fois, parti, il y aura peut-être une possibilité de changer notre politique et d'abandonner cette approche, de vouloir toujours plus de territoires. En Russie, nous avons déjà suffisamment de territoires à développer et nous n'avons pas besoin d'autres.

L'équipe

Elodie Suigo
Production