Espagne : après 15 morts lors des ferias, le débat sur la tauromachie est relancé

Un blessé reçoit des soins médicaux lors d'une course de taureaux (encierro)  à Pampelune (Espagne), le 9 juillet 2022.
Un blessé reçoit des soins médicaux lors d'une course de taureaux (encierro)  à Pampelune (Espagne), le 9 juillet 2022. - MIGUEL RIOPA / AFP
Un blessé reçoit des soins médicaux lors d'une course de taureaux (encierro) à Pampelune (Espagne), le 9 juillet 2022. - MIGUEL RIOPA / AFP
Un blessé reçoit des soins médicaux lors d'une course de taureaux (encierro) à Pampelune (Espagne), le 9 juillet 2022. - MIGUEL RIOPA / AFP
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Alors que la saison des ferias d'automne se termine en Espagne, le pays rouvre le débat sur la tauromachie.

C'est le quotidien conservateur El Mundo, pourtant largement favorable à la tradition taurine, qui lance un pavé dans la mare. Pourquoi ? Parce que cette année, en Espagne, les lâchers de taureaux dans les ferias ont fait quinze morts selon le décompte du journal, dont deux Français. Il n'y a jamais eu autant de décès, jamais eu non plus autant de blessés, notamment des mineurs.

Pendant les lâchers de taureaux, les rues sont cloisonnées de chaque côté avec des barrières (des "talanquères"), on libère les taureaux qui foncent droit vers les arènes, et les plus téméraires s'amusent à courir devant en essayant de leur échapper et de s'esquiver au dernier moment. Les plus connues sont les fêtes de Pampelune, qui attirent chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes, mais le lâcher de taureaux est une tradition qui se perpétue dans de très nombreuses fêtes de villages.

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Plus de ferias qu'avant le Covid

Comment expliquer un tel bilan ? Après deux ans d'annulations à cause de la pandémie, les "encierros" (le nom des lâchers de taureaux en espagnol), ont repris de plus belle. Il y en a eu bien plus cette année qu'avant  le Covid : 8 200 rien que dans la région de Valence, par exemple, qui recense huit morts. Quand il y a beaucoup de monde, beaucoup de touristes, ça crée des engorgements aux talanquères, les coureurs n'arrivent pas à se dégager, ils se font encorner ou piétiner. En cause, aussi, le taux d'alcoolémie plus ou moins élevé de certains participants, leur inexpérience ou leur manque de condition physique. Selon El Mundo, 10 des 15 morts recensées avaient plus de 50 ans.

Ces chiffres donnent évidemment de nouveaux arguments à ceux qui s'opposent à cette tradition, et qui mettent aussi en avant la question du bien-être animal. Car les lâchers de taureaux, ce sont aussi des mauvais traitements: coups de bâtons, coups de pied, stress dont sont victimes les animaux.

Es bochornoso que @rtve emita en horario infantil los encierros de San Fermín, comentando las mejores jugadas frivolamente después de estos, como si estuvieran retransmitiendo una carrera de motos, sin tener en cuenta al estrés y el miedo al que someten a los toros. Lamentable. pic.twitter.com/xQHomk94rC

— Javier Luna (@LunaJavier6) July 9, 2022

"C'est embarrassant", dit Javier Luna, défenseur de la cause animale, que RTVA, la télévision publique espagnole "diffuse le lâcher de taureaux de San Fermín à l'heure des enfants, commentant les meilleurs mouvements de manière frivole après le lâcher de taureaux, comme s'il s'agissait d'une course de motos, sans tenir compte du stress et de la peur auxquels sont soumis les taureaux. Lamentable".

Un sujet politique

Mais le sujet reste hautement sensible, politiquement délicat ; dans la région de Valence, les socialistes et la gauche radicale au pouvoir sont contre la tauromachie mais ils ont soigneusement écarté le sujet de leur accord de coalition pour ne pas heurter une partie de leur électorat. Les clubs taurins, très influents, défendent une pratique "ancestrale" et "authentique", une pratique "culturelle" défendue par la Constitution.

"La tauromachie attire cinq millions de spectateurs par an dans les arènes et 20 millions au total si l'on compte les courses de taureaux et autres spectacles taurins" dit notamment la Fondation Toro Lidia.

Sauf qu'"à un moment donné, c’est un débat qu’il faudra aborder" dit la numéro deux du gouvernement régional, Aitana Mas. Les autorités réfléchissent à une éventuelle interdiction ou à une façon d'améliorer la sécurité de ces manifestations, qui restent extrêmement populaires, même dans des régions qui ont par ailleurs interdit la corrida, comme la Catalogne.

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