Mexique : la correspondante de Radio France raconte les menaces et intimidations contre les journalistes

Des journalistes posent leur materiel au sol pour protester contre la mort de leurs confrères au Mexique, à Guadalajara (Mexique), le 14 février 2022.
Des journalistes posent leur materiel au sol pour protester contre la mort de leurs confrères au Mexique, à Guadalajara (Mexique), le 14 février 2022. - LEONARDO ALVAREZ HERNANDEZ / GETTY IMAGES SOUTH AMERICA
Des journalistes posent leur materiel au sol pour protester contre la mort de leurs confrères au Mexique, à Guadalajara (Mexique), le 14 février 2022. - LEONARDO ALVAREZ HERNANDEZ / GETTY IMAGES SOUTH AMERICA
Des journalistes posent leur materiel au sol pour protester contre la mort de leurs confrères au Mexique, à Guadalajara (Mexique), le 14 février 2022. - LEONARDO ALVAREZ HERNANDEZ / GETTY IMAGES SOUTH AMERICA
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Être journaliste au Mexique est un métier dangereux. Y compris pour les correspondants étrangers. La correspondante de Radio France, qui a enquêté de longues années sur l'affaire Florence Cassez, est aujourd'hui menacée pour son travail. Elle témoigne.

Elle est journaliste, originaire de Bruxelles, et travaille au Mexique depuis 2008 pour différents médias francophones, notamment Radio France. Emmanuelle Steels a longtemps travaillé sur l'affaire Florence Cassez, cette Française libérée en 2013 après avoir passé sept ans dans les geôles mexicaines.

Une histoire de corruption, de falsification des preuves et de témoignages bidon qui ont conduit Emmanuelle Steels à dénoncer plusieurs personnalités mexicaines de haut rang, dont un homme qui aujourd'hui la menace. "Cette personne me fait comprendre qu'elle me fait suivre en m'envoyant des messages intimidants, des insultes ; elle fait parvenir à une autre journaliste des vidéos de moi marchant dans la rue ou assise à la terrasse d'un café. Elle transmet des messages dans mon entourage, faisant savoir qu'elle compte continuer à faire pression sur moi pour m'intimider, pour que je cesse de parler de sa participation à cette machination judiciaire".

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"Machination judiciaire", c'est en effet le terme qu'emploie Emmanuelle Steels pour qualifier l'affaire Florence Cassez, affaire sur laquelle elle a sorti un livre en 2015 au terme de plusieurs années d'enquête.

Si c'est aujourd'hui seulement qu'elle est menacée pour ses accusations, c'est parce que son livre a finalement été peu médiatisé. Or une série Netflix, sortie fin août, a de nouveau braqué les projecteurs sur l'affaire Florence Cassez. Une série documentaire en cinq épisodes, Désignée coupable, qui décortique tout l'engrenage qui a conduit à la mise en cause de la jeune femme et qui raconte la corruption généralisée de la justice et des institutions mexicaines. En témoignant à plusieurs reprises dans cette série, Emmanuelle Steels a tout d'un coup été beaucoup plus visible, pour l'opinion publique comme pour celui qu'elle dénonce. Il s'agit d'un personnage puissant, qui jouit encore d'un haut degré d'impunité. C'est un entrepreneur qui "a beaucoup d'influence, il est particulièrement irrité par la diffusion de cette série, qui a remis un coup de projecteur sur mon travail."

Les journalistes peuvent bénéficier d'une protection

La journaliste bénéficie aujourd'hui du mécanisme de protection créé par l'État il y a déjà dix ans et qui permet aux journalistes les plus menacés d'avoir une surveillance policière à leur domicile ou des gardes du corps lors de certaines sortie. Ils sont près de 500 à travers le pays à être inscrits à ce dispositif – qui peut aussi impliquer le déplacement d'un journaliste et de sa famille dans une autre ville ou une autre région pour qu'il y soit plus à l’abri.

Le Mexique est l'un des pays les plus dangereux pour la liberté de la presse. Emmanuelle Steels le dit elle-même, de nombreux journalistes subissent des pressions encore plus fortes que ce qu'elle vit en ce moment. On ne compte plus le nombre d'agressions, de passages à tabac, d'enlèvements, de simulacres d'exécution... Le plus souvent lorsqu'ils dénoncent la collusion entre les élus et le crime organisé, les cartels de la drogue. Selon le gouvernement, 12 journalistes ont été assassinés depuis le début de l'année. Parce qu'ils faisaient simplement leur travail.

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