La tension monte à nouveau entre la Grèce et la Turquie sur fond de manœuvres militaires en mer Égée

Deux bateaux lance-missiles de classe Sa'ar 4.5 (R, C) suivent un autre navire en mer lors de l'exercice militaire "Beyond the Horizon/AGAPINOR" à Chypre, le 2 juin 2022.
Deux bateaux lance-missiles de classe Sa'ar 4.5 (R, C) suivent un autre navire en mer lors de l'exercice militaire "Beyond the Horizon/AGAPINOR" à Chypre, le 2 juin 2022. - - / GREEK CYPRIOT NATIONAL GUARD
Deux bateaux lance-missiles de classe Sa'ar 4.5 (R, C) suivent un autre navire en mer lors de l'exercice militaire "Beyond the Horizon/AGAPINOR" à Chypre, le 2 juin 2022. - - / GREEK CYPRIOT NATIONAL GUARD
Deux bateaux lance-missiles de classe Sa'ar 4.5 (R, C) suivent un autre navire en mer lors de l'exercice militaire "Beyond the Horizon/AGAPINOR" à Chypre, le 2 juin 2022. - - / GREEK CYPRIOT NATIONAL GUARD
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Ces manœuvres militaires grecques dans l'Est de la Méditerranée sont un nouvel indicateur de l'état des relations, très tendues, entre les deux pays.

Ces manœuvres navales ont été baptisées "Ligthning", en anglais dans le texte. Autrement dit : éclair ! Et l'objectif officiel grec en dit long : se préparer à des attaques sur des flottes ennemies, reprendre des territoires occupés, protéger des plateformes d'exploitation minière ou d'hydrocarbure. Vu que les manœuvres en question se déroulent à l'extrémité orientale de la mer Égée, pas besoin de nommer l'ennemi. Il n'y a qu'un seul voisin dans les parages : la Turquie. C'est donc une démonstration de force de la Grèce, avec sous-marins, frégates, canonnières, avions de chasse. C'est une réponse à l'annonce par la Turquie de la mise au point d'un nouveau missile, le Taifun, ou Typhon, capable d'atteindre le continent grec en moins de huit minutes. Une réponse aussi aux violations régulières de l'espace aérien grec par des drones turcs. Les contentieux sont nombreux entre les deux pays. En particulier sur le statut de l’île de Chypre et sur la délimitation des frontières maritimes et des zones économiques respectives, dans la zone des îles du Dodécanèse, tout près des côtes turques.

Achat massif de frégates et d'avions de chasse

Ces derniers mois, la Grèce est vraiment entrée dans une logique militaire avec un vaste plan de modernisation de l'armée, sous la houlette du gouvernement de centre droit de Kyriakos Mitsotakis : déjà 10 milliards d'euros d'investissement, le recrutement de 15 000 soldats supplémentaires et surtout beaucoup d'achats de matériels en particulier auprès de la France. Derniers achats en date : trois frégates de nouvelle génération, et six nouveaux avions Rafale, qui s'ajoutent à 18 autres déjà commandés. La France a d'ailleurs également conduit des manœuvres militaires conjointes avec la Grèce (et avec l'Italie) ; c'était en octobre dernier.  Athènes vient enfin de signer un accord de défense avec les États-Unis qui pourrait conduire à la livraison par Washington d'avions de chasse F35 de dernière génération. Des troupes américaines ont également été déployées dans le port d'Alexandroupoli, c'est tout au Nord Est de la Grèce, à quelques encablures de la frontière terrestre avec la Turquie. Istanbul n'est qu'à 300 km. L'objectif de la Grèce, c'est de se doter d'une sorte de bouclier anti-aérien complet d'ici trois ans.

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Deux pays en campagne électorale

Ce regain de tension se produit au moment où se profilent des élections et en Grèce, et en Turquie. En Turquie, ce sera théoriquement le 18 juin, mais le scrutin sera peut-être avancé en mai. En Grèce, la date n'est pas fixée, mais ce sera sans doute entre avril et juillet donc à la même période. Dans les deux cas, les pouvoirs en place sont contestés. En Grèce le gouvernement Mitsotakis a été confronté à plusieurs scandales ces dernières semaines. En Turquie, Recep Teyip Erdogan, après 20 ans au pouvoir, fait tout pour écarter ses opposants. Mais sa victoire est loin d'être garantie selon les sondages. Il peut donc y avoir une tentation de raviver les tensions avec le voisin, pour flatter la corde nationaliste, dans un but électoraliste. "Ne nous cherchez pas", voilà la formule lancée le mois dernier par Erdogan à l'adresse de la Grèce. La menace, là aussi, est à peine voilée.

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