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15 % des grossesses s'achèvent en fausses couches, selon une étude publiée dans The Lancet

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Selon l'étude The Lancet, 23 millions de fausses couches ont lieu chaque année dans le monde.
Selon l'étude The Lancet, 23 millions de fausses couches ont lieu chaque année dans le monde.
© AFP - Andreas Franke /

Les auteurs d'un rapport publié dans la prestigieuse revue médicale britannique évaluent à 23 millions le nombre de fausses couches qui surviennent chaque année dans le monde. Un phénomène trop souvent minimisé, regrettent-ils.

Vingt-trois millions de fausses couches se produisent chaque année. Pourtant ce phénomène "est depuis longtemps trop minimisé", écrivent en préambule les auteurs d'une étude publiée ce mardi 27 avril dans la revue médicale The Lancet. D'après les chercheurs, cela représente environ 15 % du total des 130 millions de grossesses dans le monde. Ils recommandent une meilleure prise en charge des patientes, notamment sur le plan psychologique. 

"44 grossesses perdues chaque minute"

On compte environ "44 grossesses perdues chaque minute dans le monde", estime l'une des trois études regroupées dans ce rapport. Les fausses couches récurrentes sont beaucoup moins fréquentes : 1,9 % des femmes en ont fait deux et seulement 0,7 %, trois. Pourtant, regrettent les auteurs du rapport, qui se sont penchés sur les 20 dernières années, "pendant trop longtemps, le fait de faire une fausse couche a été minimisé et souvent, pas pris au sérieux". 

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Sophie Eyraud, médecin et orthogéniste, spécialiste des méthodes de planification et de la régulation des naissances dans un couple fait le même constat. "Pour les professionnels, c'est vrai qu'une fausse couche, c'est relativement banal. C'est la nature qui fait bien son travail. C'est un embryon qui, de toute façon, n'aurait pas pu survivre et continuer à évoluer", explique-t-elle. "Ils ont donc tendance à ne pas considérer cet évènement dans la vie d'une femme comme ils le devraient". 

Car le vécu de la patiente est totalement différent, poursuit la médecin. 

"Après une fausse couche, elle se culpabilise souvent. Elle se demande si elle y est pour quelque chose, ce qu'elle a fait pour que ça s'accroche pas, comme elles disent souvent. Pour les femmes, c'est vraiment difficile à vivre."

De lourdes conséquences 

L'étude détaille des facteurs d'augmentation du risque de fausse couche : des anomalies chromosomiques chez le fœtus, l'âge de la mère et, dans une moindre mesure, celui du père surtout passés 40 ans, des antécédents de fausse couche, un indice de masse corporelle très bas ou très élevé, l'alcool, le tabac, le stress, le travail de nuit ou encore l'exposition aux pesticides. 

Les chercheurs rappellent que les conséquences d'une fausse couche sont à la fois physiques et psychologiques : une fausse couche peut entraîner des saignements ou des infections. C'est également "un marqueur de risque pour les complications obstétriques, y compris la naissance prématurée, le retard de croissance fœtale, le décollement placentaire et la mort à la naissance lors de futures grossesses". Sur le plan psychologique, elle comprend "un risque d'anxiété, de dépression, de syndrome de stress post-traumatique et de suicide". 

Besoin de soin et de soutien

"Le temps où l'on se contentait de dire aux femmes 'Essayez encore' est révolu", assurent les auteurs du rapport. "De nombreuses femmes se plaignent du manque d'empathie avec lequel elles sont prises en charge après une fausse couche", déplore la Pr Siobhan Quenby, l'une des rédactrices de l'étude. "Certaines ne reçoivent aucune explication et le seul conseil qu'on leur donne est de recommencer", ajoute-t-elle. 

La professeure recommande alors que les femmes qui ont fait une fausse couche bénéficient d'un suivi, notamment "des tests pour vérifier l'anémie, les anomalies thyroïdiennes et le syndrome des antiphospholipides, avec un traitement approprié" ainsi qu'un soutien psychologique pour le couple et des conseils avant une autre grossesse

Un avis que partage Nathalie, qui a fait deux fausses couches avant de donner naissance à ses trois enfants. "Après une fausse couche, il devrait systématiquement y avoir une parole, pense-t-elle. Moi, juste après, je n'avais pas envie d'en parler autour de moi, à mes amis, alors que si j'avais pu en parler avec un professionnel, peut-être que ça m'aurait aidée.

"C'est un tabou, alors il faut en parler, insiste le docteur Sophie Eyraud. "Même si ce n'est pas sur le coup parce que parfois, la patiente est très anxieuse et affaiblie et elle a peur de jamais pouvoir avoir d'enfant." 

"Parfois, ça crée des blocages aussi : des patientes n'arrivent plus à avoir envie d'être enceinte parce qu'elles ont peur d'un nouvel échec."

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Réduire les inégalités

L'étude publiée dans The Lancet préconise ainsi une meilleure formation des personnels de santé en matière "d'échographie de début de grossesse, d'annonce de mauvaises nouvelles et de soutien psychologique". Elle met en avant une enquête menée en 2014 auprès de 232 gynécologues au Nigéria dont 90 % estiment que le manque de disponibilité pour l'échographie est l'obstacle le plus important pour fournir des soins efficaces à des femmes ayant fait une fausse couche. 

Également mise en avant : l'inégalité des territoires concernant l'accès à ces examens médicaux : en Afrique subsaharienne, 30% des femmes en milieu urbain bénéficient d'une échographie obstétrique mais, dans les zones rurales, ce pourcentage tombe à 6%.

Les auteurs du rapport jugent enfin qu'il est nécessaire d'harmoniser ce suivi au niveau mondial. "Le silence persiste non seulement chez les femmes qui vivent une fausse couche, mais aussi parmi les soignants, les politiques et les organisations de financement de la recherche", conclut la Pr Siobhan Quenby.