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5 nuits d'hôtel pour compenser l'éloignement des maternités : ce qu'en disent sages-femmes et femmes enceintes

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Les maternités ont six mois pour organiser l'hébergement prévu pour les femmes résidant à plus de 45 minutes de route.
Les maternités ont six mois pour organiser l'hébergement prévu pour les femmes résidant à plus de 45 minutes de route.
© Maxppp - Cirou/AltoPress

La mesure, adoptée par décret mi-avril, devrait être mise en place d'ici six mois. "Une avancée", selon les sages-femmes et parturientes, même si le délai de cinq jours avant le terme pose question.

La nouvelle est passée assez inaperçue mais concerne potentiellement plusieurs centaines de milliers de femmes chaque année. Un décret daté du 14 avril prévoit que les femmes enceintes habitant à plus de 45 minutes de route d'une maternité (326 000 par an selon la DREES en 2019, +40% en 17 ans) puissent bénéficier d'un "hébergement non médicalisé de cinq nuitées consécutives précédant la date prévisionnelle de leur accouchement", et ce à proximité de la maternité.

Jusqu'à 21 nuitées pour les grossesses à risque

En cas de grossesse à risque et sur avis médical, cette prestation peut aller jusqu'à 21 nuitées, pas nécessairement consécutives et à tout moment, explique encore le décret. Un certain nombre de trajets entre le domicile de la femme enceinte et ce lieu d'hébergement sont également pris en charge par l'Assurance maladie, selon les cas.

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Selon le site service public, cette mesure est prise après trois ans d'expérimentation concluante des hôtels hospitaliers, dont le principe a été généralisé en octobre dernier. Ces chambres permettent à des patients qui ont besoin de soins de manière non quotidienne de rester à proximité de l'hôpital durant quelques jours, sans en occuper une chambre.

Une très faible part des parturientes est concernée

Mais combien de femmes enceintes pourraient réellement en bénéficier ? Celles qui accouchent entre J-5 et la date du terme, selon le décret. En 2016, elles n'étaient que 25,5%, soit environ un quart à accoucher durant cette 40ème semaine d'aménorrhée (considérée comme celle du terme), selon l'enquête nationale périnatale de la même année. Elles sont aussi nombreuses à accoucher durant la 39ème semaine (26,8%), 15% durant la 38ème et 16% durant la 41ème.

"C'est un texte qui va faire sourire doucement, car le propre de la maternité c’est que ce n'est pas une science exacte", commente, sceptique, Camille Dumortier, la présidente de l’Organisation Nationale Syndicale des Sages-Femmes (ONSSF), syndicat majoritaire de la profession. Elle explique : "l’accouchement arrive quand tout un ensemble de facteurs est réuni, ça peut être à 37 semaines, comme à 41 semaines et trois jours."

On voit d’un mauvais œil cette idée de programmer les naissances. On espère que ça ne va pas entrainer le fait de déclencher des accouchements, en fonction des capacités d'hébergement disponibles.

Par ailleurs, cette mesure ne correspond pas forcément à la demande des femmes enceintes, selon Camille Dumortier. Celles qui habitent en milieu rural préfèreraient "qu'on vienne à elles ", notamment grâce au réseau de sages-femmes libérales.

Un logement utile...

Aurélia, maman de trois enfants dans la Drôme, en a elle déjà bénéficié début février 2018. Elle habite à 5 kilomètres de Die, dont la maternité a fermé un mois avant son troisième accouchement. Ayant accouché très vite les deux premières fois, la maternité de Valence, la plus proche désormais (située à une heure de route), lui avait demandé de s'y rendre dès les premiers signes. "C'est ce que j'ai fait, et sur place, on m'a dit qu'il ne fallait pas que je reparte car c'était trop risqué " explique-t-elle. "Mais finalement, on a attendu une semaine. On nous a donc proposé un hôtel avec mon mari."

Comme on ne savait pas trop quand ça allait venir, on était bien content d’être sur place.

...mais qui ne résout pas le problème de la proximité

Toutefois, très vite sont apparus quelques soucis logistiques. "On a deux autres enfants qui étaient restés chez les grands parents. Ça a été difficile à gérer, le papa a fait beaucoup d’allers-retours." Aurélia se demande par ailleurs si aujourd'hui, elle aurait pu bénéficier de cette mesure : à chaque fois, elle a accouché deux semaines, et non cinq jours, avant le terme.

"Cela ne résout pas le problème de l'urgence, quand il y a un accouchement impromptu", renchérit Philippe Leeuwenberg, le président du comité de défense de l'hôpital de Die, qui a organisé la lutte pour maintenir ouverte la plus petite maternité de France dans la Drôme.

En juillet 2019, une femme du Diois a accouché dans une ambulance de pompiers sur le bord de la route, alors qu'elle se rendait à la maternité de Valence, à près de deux heures de chez elle. Il s'agissait à l'époque du troisième accouchement de ce type dans le département en un an et demi.

Selon une enquête du Monde, la France a perdu un peu plus de 40% de ses maternités entre 1997 et 2019.