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600.000 enfants ukrainiens en Pologne : le défi de la scolarisation

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La Pologne, pays frontalier, est celui qui a accueilli le plus de réfugiés ukrainiens.
La Pologne, pays frontalier, est celui qui a accueilli le plus de réfugiés ukrainiens.
© Radio France - Julie Pietri

Depuis le début de la guerre, 2,5 millions de réfugiés ukrainiens ont franchi la frontière polonaise. Beaucoup sont restés et ce sont près de 600.000 enfants qu’il faut aujourd’hui prendre en charge. Leur scolarisation a commencé.

"Nous sommes débordés." Dans son bureau, Jolanta Swiestowska ouvre un grand classeur et fait glisser son doigt sur une longue liste de noms. L’école "34" qu’elle co-dirige accueillait avant la guerre 256 élèves polonais âgés de 7 à 15 ans. 130 petits ukrainiens les ont rejoints. "Notre école a été désignée par la mairie. Nous sommes la première école primaire de Lublin à avoir accueilli des élèves ukrainiens", explique-t-elle. La ville est située à un peu plus d’une heure en voiture de la frontière ukrainienne. "Nous ne sommes pas assez nombreux bien sûr, mais nous n’avons pas le choix. On doit se débrouiller et faire face à cette situation."

Dans une classe polonaise qui accueille des élèves ukrainiens.
Dans une classe polonaise qui accueille des élèves ukrainiens.
© Radio France - Julie Pietri

Des cours de polonais

Quand les enfants ukrainiens arrivent dans cette école, ils sont parfois mélangés aux autres élèves. Mais ils suivent aussi des cours spécifiques pour apprendre le polonais. Dans une même classe, une vingtaine d’élèves âgés de 5 à 9 ans s’exercent à dire "bonjour", "au revoir" et à énumérer les jours de la semaine. Ils viennent d’un peu partout en Ukraine. Kharkiv. Odessa. Kiev. Irpin. Tous racontent qu’ils sont "bien ici". Ils aiment "la gym", "la récréation", "écrire des lettres en classe", "la maîtresse"… et la tranquillité. "Il n’y a pas la guerre", répètent plusieurs garçons. "Et il n’y a pas de sirène", ajoute la plus jeune de la classe. Masha a tout juste cinq ans.

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Une feuille d'exercice pour les élèves ukrainiens.
Une feuille d'exercice pour les élèves ukrainiens.
© Radio France - Julie Pietri

Pour aider les enseignants polonais à communiquer avec ces enfants, plusieurs réfugiées ukrainiennes ont été recrutées. Victoria, 32 ans, vient de Marioupol. Dans les couloirs, les enfants s’enroulent autour de ses jambes. "C’est comme un remède pour moi. Je me sens utile ici. Je sers à quelque chose." Son mari est resté à Marioupol. Elle ne parvient plus à joindre ses amis depuis des semaines.

Une école saturée et qui manque de moyens

"Quand j’ai appris que cette école accueillait beaucoup d’enfants ukrainiens… Je suis venue tout de suite", raconte aussi Maryna, "j’ai la chance ici d’être avec les miens". Cette professeure d’anglais vivait à Irpin, près de Kiev. "Nous avons réussi à partir le premier jour de la guerre. Je viens d’apprendre que nous avons perdu notre maison. Elle a été complètement détruite. Mais grâce à Dieu, mon mari est vivant… Et je suis ici vivante avec ma fille de six ans." Sa fille est assise, souriante, au deuxième rang. "Elle est tellement occupée qu’elle ne se rappelle souvent que le soir qu’elle est loin de chez elle."

Le premier mot en M qu'ils ont donné, c'était 'mina', bombe.

Comme les autres assistantes, Maryna est payée à temps partiel pour traduire et parler avec les enfants, comprendre ce qui les tracasse. "Si vous les comparez aux enfants polonais… ils sont silencieux. Personne ne parle. C’est difficile de savoir ce qui se passe dans leurs têtes. Par exemple, quand la maitresse a commencé à apprendre l’alphabet aux enfants les plus jeunes, le premier mot en M qu’ils ont donné… c’était 'mina'. Pas 'maman' mais 'mina' (bombe)." Au fond de la classe une petite fille de huit ans manipule sa trousse. "Elle est arrivée avec son frère, sa grande sœur et des voisins car ses parents sont tous les deux soldats. Sa mère lui manque. Elle vient nous faire des câlins tout le temps. Certaines histoires nous brisent le cœur."

Les assistantes ukrainiennes de cette école polonaise, Maryna et Victoria.
Les assistantes ukrainiennes de cette école polonaise, Maryna et Victoria.
© Radio France - Julie Pietri

Aujourd’hui, l’école "34" est saturée. Elle manque de cahiers, de stylos, de cartables, de nourriture aussi pour le goûter. "Nous ne pouvons plus accueillir d’enfants supplémentaires", explique la direction. Pourtant, les visages changent souvent. Certains élèves disparaissent du jour au lendemain. L’école s’interroge. Sont-ils rentrés en Ukraine avec leur famille ? Probablement. Ont-ils changé de ville ? C’est possible. Les informations manquent parfois. Mais chaque départ est immédiatement remplacé par l’arrivée d’un nouvel enfant.