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7 000 langues sont parlées dans le monde mais 25 disparaissent chaque année

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La politique est l'une des raisons du déclin de langues comme le NA, parlé au Sichuan mais par des Tibétains alors que Pékin pousse à l'utilisation du mandarin
La politique est l'une des raisons du déclin de langues comme le NA, parlé au Sichuan mais par des Tibétains alors que Pékin pousse à l'utilisation du mandarin
© AFP - TEH ENG KOON

Quel est le point commun entre le na, l'oubykh et l'ixcatèque ? Ce sont trois langues orales parlées par un si petit nombre de gens qu'elles sont en voie de disparition ou disparues. Le site Pangloss du CNRS, en protège la mémoire et nous permet de les découvrir.

Sur les 7 000 langues qui existent aujourd'hui dans le monde, on estime que la moitié aura disparu à la fin du siècle. La perte de la biodiversité ne concerne donc pas que pour la nature ou les espèces sauvages. Le patrimoine linguistique est aussi en grand danger. Cela a poussé un groupe de chercheurs à collecter des milliers de contes et récits dans 170 de ces langues. Le site Pangloss nous permet de les découvrir.

7 000 langues dans le monde mais une vingtaine seulement qui dominent, parlées par 95% de la population. C'est le cas du Mandarin, l'espagnol, l'anglais, l'hindu, l'urdu, l'arabe, le bengali, le portugais, le russe et le japonais. À l'inverse, 6 500 langues ne sont partagées que par 5% des terriens. Pourquoi si peu ? Parce que ces langues rares ne sont bien souvent qu'orales. D'où leur fragilité. Leur extinction va très vite, 25 langues par an.

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Quelles sont les raisons de cette extinction linguistique ? 

Elles sont plurielles, selon la chercheuse Evangelia Adamou du laboratoire Lacito au CNRS. Soit trop peu de locuteurs. L'Ixcathèque au Mexique, par exemple, n'est plus parlé que par 8 personnes, toutes âgées de plus de 80 ans. Et le pire, c'est qu'il existe des enregistrements de cette langue, mais ils sont dans un fond privé et les chercheurs n'y ont pas accès.

Des causes politiques, géostratégiques peuvent aussi expliquer le déclin rapide. Le na, est parlé au Sichuan, mais par des Tibétains. Pékin pousse à l'utilisation du mandarin. En France, pendant un temps, le breton, le corse, le basque ont subi cette pression du politique qui n'a pas encouragé leur sauvegarde. Le réchauffement climatique, enfin, en poussant des groupes à quitter leur région devenues impropres à la culture, les conduit à la ville où il se mettent à parler la langue majoritaire. 

Écoutez ces quelques mots en langue na, qui appartient au groupe naish de la famille sino-tibétaine

La langue na est parlée à la frontière des provinces chinoises du Yunnan et du Sichuan

8 min

Plus le groupe est petit, plus le danger de disparition est grand ?

Ce n'est pas systématique. En Afrique, en Papouasie nouvelle guinée où il y a 800 langues différentes, la tendance n'est pas à la disparition. Le multilinguisme ancestral de ces populations semblent les préserver du péril. En tous cas, pour les linguistes, le champ d'études est immense. La France leur ayant attribué des moyens, notamment numériques, cette base Pangloss a permis de documenter 130 langues, avec notes de terrain, transcription et s'enrichit au fil des années. 

Des logiciels de traitement automatisé du langage sont utilisés mais rien ne remplace le contact avec les locuteurs. Surtout quand la grammaire nous est inaccessible. En Amazonie, raconte Evangelia Adamou, il y a des langues où le verbe utilisé ne décrit pas seulement l'action. Il renseigne sur le fait que l'information a été vue, entendue ou racontée par une tierce personne !

Écoutez ces quelques mots en langue AO, qui fait partie de la famille des langues sino-tibétaines.

Lieu d'enregistrement, le district Mokokchong, Nagaland, Inde

1 min