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À Bordeaux, "le crack en forte augmentation depuis deux ans"

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À Bordeaux, le Centre d’accompagnement et d’aide à la réduction des risques pour usagers de drogues accueille chaque jour une centaine de toxicomanes
À Bordeaux, le Centre d’accompagnement et d’aide à la réduction des risques pour usagers de drogues accueille chaque jour une centaine de toxicomanes
© AFP - MARINE GONARD / HANS LUCAS

C’est une drogue dont on parle beaucoup à Paris : le crack, avec sa "colline" et ses squats. Mais la capitale n’est pas la seule touchée par les ravages que provoque ce dérivé de la cocaïne. Toutes les grandes métropoles font face à une hausse de la consommation.

Les images les plus connues, ce sont celles d’hommes (principalement) et de quelques femmes errant le long du périphérique parisien, parfois à quatre pattes, à la recherche d’un "caillou", une boulette de crack à fumer. Les mêmes qui, après des mois le long des jardins d’Eole, dans le 19ème arrondissement de Paris, ont été déplacés vers un square aux portes d’Aubervilliers, un peu plus au nord. Mais Paris et sa banlieue ne sont pas les seuls territoires concernés par la consommation de ce dérivé de la cocaïne. Lille, Marseille, Lyon, Strasbourg, Bordeaux y sont aussi confrontés. 

L'effet de la crise sanitaire

À Bordeaux, c’est autour du parking Victor-Hugo, dans le centre-ville, que se concentrent le deal et la consommation. "L’usage de drogue n’est pas nouveau dans le quartier", raconte Arnaud, au milieu des piles de romans et d’essais, dans la librairie qu’il tient ici depuis plus de vingt ans. "Mais pendant le confinement, il a été très visible. Beaucoup de consommateurs sans abri se sont installés devant et dans le parking. Avec parfois des cris, des heurts. Alors est-ce que c’est du crack, ou autre chose ? Ils consomment plusieurs substances", poursuit le libraire en regardant vers les grilles qui ont été installées pour éviter que des squats ne se réinstallent juste en face.

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Quelques centaines de mètres plus loin, derrière le comptoir de son magasin de couture, Danielle Pendanx constate les effets du crack : "Depuis quelques mois, ils sont quelques-uns à en consommer", assure celle qui préside l’association des commerçants du quartier Saint-Paul. "On les reconnait parce qu’ils ont une démarche saccadée, ils font des bonds en l’air, n’importe quoi. Et ils sont agressifs. Certains sont déjà entrés dans ma boutique, et ils effrayent les riverains", assure-t-elle.

Jusqu’à 50% de consommateurs en plus

À quelques rues de là, le Centre d’accompagnement et d’aide à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) accueille chaque jour une centaine de toxicomanes. Ils peuvent ici se poser quelques instants, se réchauffer, discuter un peu, mais n’ont pas le droit de consommer. "Il y a trois ans, les consommateurs de crack étaient minoritaires parmi nos usagers", explique Véronique Latour, la directrice. "Aujourd’hui ils sont une majorité, avec souvent des polytoxicomanies".

Elle estime que la consommation a augmenté de 50% depuis le début de la crise sanitaire. "C’est une réalité, mais nous ne sommes pas Paris, nous n’avons de scène ouverte de consommation comme ce fut le cas à la porte de la Chapelle, loin s’en faut. Néanmoins, cette consommation existe, et elle est visible car le crack est une drogue qui touche beaucoup les personnes sans-abris ou désocialisées".

Toujours pas de salle de consommation

Alors comment prendre en charge les consommateurs de crack ? Il n’y a aujourd’hui que trois centres pouvant accueillir les toxicomanes à Bordeaux, "avec une centaine de personnes de passage par jour", estime Véronique Latour. "C'est trop, nous ne pouvons plus faire un suivi adéquat". Et aucun lieu de consommation, comme la "salle de shoot" adossée à l’hôpital Lariboisière à Paris.

Un projet pourtant avait émergé en 2016. "Mais il est tombé à l’eau"__, regrette Isabelle Faure. Conseillère municipale en charge de l’accès aux soins des plus vulnérables, elle se désole de voir la situation dans l’impasse. "Nous avions un lieu, adossé à l’hôpital, mais tout a capoté. Comme dans les autres métropoles, il y a un blocage du ministère de l’Intérieur. Nous ne parvenons pas à obtenir les autorisations. C’est un problème idéologique alors que nous en avons besoin, sur le terrain", défend celle qui est aussi médecin aux urgences.

À Lille et à Marseille, des projets de salles de consommation de drogue à moindre risque (injection et inhalation) sont également toujours bloqués.