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À Clichy-sous-Bois, sans cantine pour les enfants, "on ne peut à nouveau plus remplir le frigo !"

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1500 personnes ont été accueillies hier sur l'ensemble de la journée, pour une grande distribution alimentaire organisée par l'association AC Le Feu à Clichy-sous-Bois.
1500 personnes ont été accueillies hier sur l'ensemble de la journée, pour une grande distribution alimentaire organisée par l'association AC Le Feu à Clichy-sous-Bois.
© Radio France - Claire Chaudière

Alors que la situation sociale reste très précaire depuis un an dans de nombreux quartiers populaires, la fermeture des cantines scolaires et des centres de loisirs a de nouveau pesé fortement sur le budget des familles les plus pauvres. Une grande distribution alimentaire était organisée jeudi en Seine-Saint-Denis.

La confirmation par Jean Castex, jeudi soir, de la réouverture des écoles lundi 26 avril devrait être accueillie avec soulagement dans certains foyers. Au-delà des enjeux pédagogiques, après trois semaines sans cantine scolaire ni repas en centre de loisirs, les familles les plus précaires sont à nouveau en difficulté avec un budget nourriture qui explose. 

Longue file d'attente au petit matin

Une heure avant l'ouverture de la distribution alimentaire, ce jeudi, à Clichy-sous-Bois, une longue file d'attente est déjà en train de se former dans la rue. Des adultes, des enfants et une trentaine de bénévoles dans les starting-blocks. Un marquage au sol a été tracé pour la distanciation sociale. Des cartes de couleurs et des rendez-vous par tranches horaires ont pourtant été donnés, mais certaines familles sont venues plus tôt, de peur de rater leur tour. "Un an après le début de la crise, la véritable insécurité est sociale", assène Mohamed Mechmache qui gère l'organisation de cette journée pour l'association AC Le Feu soutenue par la Fondation Abbé Pierre. "Non seulement les familles n'ont pas retrouvé les emplois perdus, mais on a vu la situation se dégrader ces dernières semaines", explique-t-il.

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La cantine à un euro, c'est un énorme coup de pouce pour beaucoup de familles en difficulté. Là, les enfants sont à la maison depuis près d'un mois. On est à nouveau submergé de demandes. C'est vraiment très compliqué.

Sur le trottoir, munie de sacs cabas et d'un caddie, Awa, au chômage, acquiesce : "Ces distributions nous aident énormément". Marie-Charmantine, femme de ménage, dont le mari, maçon, a vu son salaire divisé par deux, explique ne plus pouvoir s'en sortir sans l'aide de sa famille et de la mairie. "Comment vivre dans ces conditions ? On ne peut pas remplir le frigo !" ajoute Demba, agent d'entretien, dont les heures se sont drastiquement réduites depuis un an.

Namissa, bénévole, distribue des produits alimentaires pour bébé.
Namissa, bénévole, distribue des produits alimentaires pour bébé.
© Radio France - Claire Chaudière

Détresse sociale et familles endeuillées

Chantal, elle, arrive à tenir, "tout juste", dit-elle, grâce à l'extrême rigueur de son mari, agent de sécurité dans une grande surface, actuellement au chômage partiel. "Il tient les comptes et on évite les dettes. Quand il dit que c'est 10 euros par jour, on ne dépasse pas... Puis à la fin du mois, on se serre vraiment la ceinture. Moi je suis auxiliaire de vie à temps partiel." Chantal repartira avec un sac rempli de pommes de terre, carottes, quelques oignons, des courgettes, du lait et des produits d'hygiène. 

On est des travailleurs pauvres. Il faut compter chaque euro. La fin du mois, avec les enfants à la maison, c'est tendu.

"On sent que les besoins sont énormes. Dans les magasins, des familles m'interpellent pour me raconter leurs  galères, car elles savent que je suis bénévole sur les distributions alimentaires", lâche Namissa, qui distribue des petits pots de nourriture pour bébé. "Beaucoup de mamans faisaient des heures de ménage via des agences d'intérim. Mais certaines ont fermé. J'ai croisé une dame tout à l'heure qui m'a raconté qu'elle n'avait plus que 2 heures par jour. Au lieu de 8.

En sortant, les habitants de Clichy-sous-Bois peuvent se faire tester, avec des résultats en 15 minutes.
En sortant, les habitants de Clichy-sous-Bois peuvent se faire tester, avec des résultats en 15 minutes.
© Radio France - Claire Chaudière

À la sortie de la distribution alimentaire, un stand de dépistage Covid a été installé. Car le virus flambe en ce moment dans cette ville populaire, lâche Mohamed Mechmache : "ça n'arrête pas de tomber. Il y a des gens en réanimation. Des familles entières malades. Une maman est encore décédée cette semaine. Je viens de l'apprendre. C'est catastrophique. Ici, on cumule tous les problèmes."