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À Gaza, le médecin face à la mort

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1 000 habitations détruites, près de 2 000 blessés et 248 morts. C'est le bilan provisoire, selon, notamment, le ministère palestinien de la Santé, après onze jours de bombardements à Gaza.
1 000 habitations détruites, près de 2 000 blessés et 248 morts. C'est le bilan provisoire, selon, notamment, le ministère palestinien de la Santé, après onze jours de bombardements à Gaza.
© AFP - Emmanuel Dunand

La dernière guerre en date ayant opposé le Hamas à Israël n'a pas été la plus longue, mais tous les témoins civils de Gaza parlent d'une violence des frappes inédite. Pendant ces onze jours, un médecin a été en première ligne, soignant les blessés, réconfortant les familles en ayant lui-même subi un deuil cruel.

Nerveusement, Bassel al-Ayla se racle la gorge. Il déglutit et fait craquer les articulations de ses doigts quand il repense à ces onze journées de guerre, ces bombardements d'une rapidité et d'une intensité jamais vues auparavant. 

Vous gérez des gens qui ont perdu leur bras, leur main, leurs jambes. On a eu des éborgnés. Certains ont eu la rate ou leur foie éclatés… Des gens qui auront besoin de soutien psychologique, évidemment.

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Le médecin très brun, à la barbe bien taillée et aux yeux fatigués, n’a pas oublié cette nuit de bombardements à l’hôpital Shifa, le plus grand de Gaza.

Sur le smartphone du docteur Bassel al-Ayla, médecin à l’hôpital Shifa, à Gaza, la photo de son médecin-chef, tué avec sa famille par une frappe israélienne.
Sur le smartphone du docteur Bassel al-Ayla, médecin à l’hôpital Shifa, à Gaza, la photo de son médecin-chef, tué avec sa famille par une frappe israélienne.
© Radio France - Frédéric Métézeau

L’équipe médicale s’occupait des patients et là, tout à coup, l’un de nos principaux médecins, le docteur Ayman Abu Alhof, est arrivé à l’hôpital… mort. Toute sa famille était morte. Sa maison a explosé après une attaque israélienne.

"Il était plus qu’un chef de service pour nous, il était comme un père", raconte Bassel al-Ayla en parlant de son médecin-chef, référent Covid19 dans l'hôpital. Peu de temps après cette tragédie, lui aussi a cru que son heure allait arriver.

Conflit asymétrique

"J’étais à la maison avec ma famille, il était à peu près minuit, et là, on a été bombardé pendant près d’une heure. J’étais totalement certain que ma famille allait mourir. J’ai pris mon fils et je l’ai recouvert de mon corps."

Le lendemain, quand j’ai émergé, je me suis senti comme un nouveau né. Vraiment ! Vivant mon premier jour de vie…

Pour le médecin, alors que 248 personnes sont mortes à Gaza (deux millions d’habitants) et 12 en Israël (neuf millions) la situation actuelle est complètement déséquilibrée.

Si l’on en revient aux bilans, après cette guerre, je n’accepterai pas la comparaison entre les civils touchés ici et les civils touchés en Israël. Il n’y a pas d’équivalence. 

"En tant que médecin, je devrais, je dois m'occuper des gens peu importent leur religion ou leur race. J'aimerais qu'ils soient sécurité de l'autre côté mais moi je pense d'abord à la sécurité de mon fils. Vous feriez pareil. Tout le monde ferait pareil."

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Bassel, 33 ans. Son cœur n’est pas à la fête, mais il ne sait pas que sa famille lui a préparé une fête surprise. "La vie doit continuer", confie une de ses sœurs….