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En Syrie, Idlib porte encore les stigmates de l'intervention russe

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Les stigmates de bombardements russes à côté de Saraqeb, repris par le régime syrien.
Les stigmates de bombardements russes à côté de Saraqeb, repris par le régime syrien.
© Radio France - Aurélien Colly

Il y a deux ans, le régime de Damas, pressé de reprendre la main sur une des dernières poches de résistance en Syrie, s'en remettait à Moscou. La province syrienne d'Idlib, ravagée par les bombardements aériens russes, porte encore les stigmates d'une offensive barbare.

Sur la ligne de front de Saraqeb, au sud de la province d’Idlib, les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Sham surveillent les mouvements du régime syrien et de son allié russe, à seulement 700 mètres de leurs positions. Depuis un cessez-le-feu en mars 2020, un calme précaire règne depuis deux ans. Mais ici, on n’oublie pas la férocité du parrain russe de Damas. "Les Russes ne font pas de distinction entre civils et combattants. Ils détruisent tout, puis ils avancent. Ce sont des barbares" , se souvient Abou Zaid, membre du bataillon al-Zuber. "Ils tuent les civils, ne font pas de différence entre les enfants, les femmes, ils visent les hôpitaux, les infrastructures… C’est pour faire fuir les gens. C’est la méthode de la terre brulée."

À quelques kilomètres du front, au milieu des champs d’olivier, Souhail aussi peut voir les positions ennemies. Dans la rébellion syrienne, c’est une légende. 147 cibles détruites, grâce à son bébé, un lance missile BGM 71 Tow offert par les Américains, qu’il transporte toujours dans son coffre de voiture. Trois kilomètres de portée, pour détruire des tanks, des véhicules de transport de troupes ou des batteries d’artillerie.

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Un parallèle avec l'Ukraine

"Les Russes et Poutine sont des criminels de guerre", estime-t-il. "Poutine est mon ennemi, l’ennemi de tous les syriens. Poutine a détruit mon pays et tué mes concitoyens. Quel que soit l’endroit où la Russie se bat, je voudrais être en face." Le combattant est prêt à aller en Ukraine.

Aziz, 50 ans, est aussi solidaire des Ukrainiens. Mais les armes de cet artiste, ce sont ses peintures dans les ruines de bâtiments détruits par les bombardements russes. Drapeaux syrien et ukrainien côte-à-côte et Vladimir Poutine à califourchon sur un ours. "Avec cette fresque, je montre l’ours russe attaquant l’Ukraine et entre ses griffes dégoulinante de sang, il y a aussi la Tchétchénie et la Syrie. Et il crache de sa gueule les bombes qui s’abattent aujourd’hui sur l’Ukraine", dit-il.

Ils encerclent au prétexte que ce sont tous des nazis. Comme ils disaient qu'on était des terroristes de Daesh ou al-Nosra.

Syrie, Ukraine, même méthode, même stratégie, même rhétorique russe aussi, selon Hussein. Lui a vécu le siège d’Alep en 2016. Aujourd’hui, il ne combat plus mais reste hanté par ces semaines infernales, encerclé, bombardé, malgré la présence de milliers de civils dans la ville. "C’est le même scénario qui se déroule en Ukraine maintenant. Ils encerclent au prétexte que ce sont tous des nazis. Comme ils disaient qu’on était des terroristes de Daesh ou al-Nosra. C’est leur technique", explique Hussein. "Ils veulent montrer au monde qu’ils combattent des terroristes ou des extrémistes. Et avec cette excuse, ils bombardent tout le monde. En commençant par les civils et pas les combattants."

Abou Fadi en a fait l’amère expérience. Sa femme et ses cinq enfants sont morts quand sa maison a été pulvérisée par une frappe russe. Il compte désormais au nombre des centaines de milliers de civils qui ont fui, pour trouver refuge dans les camps de fortunes de la province d’Idlib. "Nous, les réfugiés syriens, on est seuls, on a fui seuls, alors que les réfugiés ukrainiens fuient en bus, en voiture, qu’ils trouvent des maisons prêtes pour les accueillir", dit-il. "Quel que soit le pays où ils vont, tout est prêt pour eux… et ils sont accueillis, alors que personne ne se préoccupe de nous."

Camp de déplacés de la région d'Idlib.
Camp de déplacés de la région d'Idlib.
© Radio France - Aurélien Colly
"Avec cette fresque, je montre l’ours russe attaquant l’Ukraine", explique l'artiste Aziz al-Asmar.
"Avec cette fresque, je montre l’ours russe attaquant l’Ukraine", explique l'artiste Aziz al-Asmar.
© Radio France - Aurélien Colly