À Kaboul, l'enjeu de la création d'une zone protégée, espérée par Emmanuel Macron

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À Kaboul, l'enjeu de la création d'une zone protégée, espérée par Emmanuel Macron

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Famille afghane tentant d'approcher l'aéroport de Kaboul le 19 aout 2021
Famille afghane tentant d'approcher l'aéroport de Kaboul le 19 aout 2021
© Getty - .

À l'occasion du sommet régional en Irak, Emmanuel Macron annonce qu'il souhaite la création d'une zone protégée à Kaboul. Il soumettra avec la Grande-Bretagne un projet de résolution à l'ONU.

Le projet de résolution auquel Emmanuel Macron pense sera porté par les Britanniques et les Français, membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, mais  l'Allemagne y est manifestement associée. 

Le premier ministre britannique Boris Johnson s'en est entretenu hier avec Angela Merkel. L'idée serait de constituer à Kaboul une plate-forme permettant le départ des quelques milliers d'Afghans encore éligibles à une évacuation vers les pays européens.

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Ces évacuations pourraient être organisées physiquement grâce à des vols civils opérés par une compagnie comme Qatar Airways, par exemple.  Emmanuel Macron s'est entretenu hier avec l'émir du Qatar à ce sujet,  les Qataris ayant de très bonnes relations avec les talibans et ce depuis longtemps. Ils accueillent en effet leur bureau politique à Doha depuis 2013, et ce sont eux qui ont convoyés, par vol militaire, les chefs politiques talibans, notamment le Mollah Baradar jusqu'en Afghanistan après la chute de Kaboul.

Emmanuel Macron annonçait que des discussions directes avaient lieu avec les talibans sur la façon de poursuivre les évacuations. Une zone protégée pourrait donc être créée à Kaboul. 

L'aéroport sera la  principale porte d'entrée et de sortie du pays et les talibans y tiennent. Or pour le moment ils n'ont ni les moyens ni les personnels pour le faire fonctionner. Il faudra des opérateurs étrangers pour ce faire, peut-être bien des Qataris. Ensuite sans doute les talibans peuvent obtenir une certaine forme de reconnaissance de leur régime, par les Européens. 

L'ennemi d'hier deviendrait un acteur sur la scène régionale, l'armée américaine est dépendante en ce moment des talibans pour la poursuite des opérations d'évacuation. La diplomatie française a récemment pris langue avec eux, une première ; mais les Allemands sont déjà en discussion avec le bureau politique taliban depuis des semaines, ce sont eux qui ont obtenu la promesse talibane que les Afghans qui le désirent pourront librement  quitter le pays après le 31 août. 

Pour Pierre Servent, journaliste spécialiste des questions de défense et de stratégie militaire,  jusqu'au 31 août et le retrait des Américains, la menace terroriste reste forte. "C'est certain que les Américains risquent de devoir frapper à nouveau s'il y a des attentats", a-t-il indiqué, estimant que 'l'État islamique' "cherche à frapper l'opinion et à accentuer ce sentiment de désarroi vis-à-vis des Américains."

Les talibans  sont en tout cas demandeurs de relations formelles, notamment avec les pays Européens. Ils n'ont manifestement aucune envie de revenir à l'isolement quasi complet à l'espèce d'État paria qu'était l'Afghanistan quand ils le contrôlaient entre 1996 et 2001.