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À l’Assemblée, le débat sur la corrida fait rage jusque dans les rangs des partis

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L'Assemblée nationale va débattre ce jeudi de la corrida
L'Assemblée nationale va débattre ce jeudi de la corrida
© Radio France - Nicolas Crozel

Ce jeudi, l’Assemblée nationale doit se pencher sur un amendement proposé par le député LFI Aymeric Caron visant à interdire la corrida partout en France. Une proposition qui relance un débat dont les points de division dépassent largement le spectre partisan.

Il y a des débats, comme le mariage pour tous ou la fin de vie, qui divisent les Français – et, au sein de l’Assemblée nationale, les députés – bien au-delà des clivages politiques. Et la corrida en est un : ce jeudi, l'hémicycle va se pencher sur un projet d’amendement proposé par le député LFI de Paris Aymeric Caron.

Celui-ci propose d’interdire la corrida sur l’ensemble du territoire français – aujourd’hui cette pratique est d’ores et déjà interdite par le Code pénal (par la loi Grammont de 1850 sur la maltraitance animale) mais certaines zones disposent de dérogations inscrites dans la loi par un alinéa de 1951, qui crée une exception pour les courses de taureaux, pour lesquelles les sanctions ne peuvent être applicables "lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée".

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La Nupes, d'où émane la proposition, pas unanime

C’est cet argument de "tradition locale ininterrompue" que réfute Aymeric Caron : le député affirme que la corrida "n’est pas une tradition française, mais espagnole, importée en France en 1853, pour faire plaisir à la femme de Napoléon III". De nombreux partisans de la corrida lui opposent des témoignages de courses taurines dès le Moyen-Âge.

Mais au sein de l’alliance de gauche, la Nupes, toutes les voix ne sont pas concordantes. Si peu d’élus défendent ouvertement la corrida, plusieurs ont affirmé qu’ils ne voteront pas pour le texte : c’est le cas de Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, qui votera contre l’amendement car selon lui la corrida mérite "un vrai débat et pas une interdiction", a-t-il dit ce mercredi matin sur BFMTV – tout en soulignant que dans la corrida, selon lui, se joue "le rapport entre l’homme et l’animal, celui entre l’homme et la nourriture". Dans les rangs du PCF aussi le député communiste Pierre Dhareville a estimé que la vraie question était de "savoir si la République est fondée à interdire cette pratique culturelle, si une vision du monde peut en interdire une autre".

Dans les terres de corrida aussi, l’interdiction est remise en question : le député Nupes des Pyrénées-Atlantiques Iñaki Echaniz a déclaré que selon lui le sujet n’était "pas prioritaire". Et dans les Landes, les trois députés concernés, dont le chef des députés PS Boris Vallaud, ne voteront pas en faveur de l’interdiction.

Cette division de la Nupes n’est pas une surprise : dès l’accord conclu entre les formations qui le composent au moment des législatives, la question fait partie des points "mis à la sagesse de l’Assemblée". Il est écrit, noir sur blanc, dans le projet de la Nupes, que "Le Parti socialiste et le Parti communiste français ne soutiendront pas les propositions relatives à la chasse et à la corrida".

LREM peine à trouver une position commune

Dans la majorité, difficile de trouver une voix concordante. Parmi les ministres, Éric Dupond-Moretti est un grand défenseur de la corrida – mais le gouvernement a préféré, souhaitant un débat plus apaisé, envoyer Geneviève Darrieusecq, ex-maire de Mont-de-Marsan, pour défendre ses positions. "Sur la corrida, le gouvernement ne souhaite pas mettre en place des régimes d’interdiction", a déclaré ce week-end le porte-parole du gouvernement Olivier Véran.

Quelque 75 amendements ont été déposés par les députés Renaissance pour modifier cette proposition, et notamment son titre : le député LREM de l’Hérault Patrick Vignal propose notamment de la renommer "Proposition de loi pour restreindre la liberté individuelle des Français en matière de loisirs".

Dimanche, quelque 200 élus (parlementaires et élus locaux) ont signé une tribune dans le JDD intitulée "Nos traditions doivent résister l’écototalitarisme". On y trouve de très nombreux élus MoDem – associés à la majorité et LREM, comme la députée de l’Hérault Laurence Cristol, le député de l’Ain Romain Daubie, ou même l’ancien ministre Christophe Castaner.

Mais plusieurs députés s’expriment aussi en faveur de l’interdiction : "Il n’y a aucune raison valable pour se repaître de plaisir en assistant à la torture d’un animal. Plein de pays ont cessé cette pratique. Ne soyons pas à la traîne", a déclaré dans Le Parisien le député des Hauts-de-Seine Emmanuel Pellerin. La présidente du groupe Aurore Bergé est elle aussi favorable à l’interdiction. Là encore, la question de l’intérêt d’une interdiction se pose : "Je crains que ce texte ne soit le préalable à une série d’interdictions, même si je trouve cette pratique hors d’âge", a déclaré Mathieu Lefèvre (député du Val-de-Marne).

La droite majoritairement contre mais maintient la liberté de vote

Attachée aux traditions françaises, la droite est majoritairement contre l’interdiction. Dimanche, invité sur France Inter, le président du groupe LR à l’Assemblée, Olivier Marleix, a déclaré que "la réalité de la corrida n’est pas la souffrance", et que selon lui "l’extrême gauche veut essayer de dérouler une espèce d’universalisme de valeurs". "Je préfère être réincarné en toro brave qu’en animal de boucherie", avait-t-il déclaré plus tôt dans une interview. Les 62 députés LR devraient majoritairement voter pour, même s’il n’y aura pas de consigne de vote.

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Les voix discordantes sont peu nombreuses mais elles existent. C’est le cas d’Éric Pauget, élu LR des Alpes-Maritimes, qui dès 2021 lors de débats sur la loi sur la maltraitance animale, s’était dit "choqué" par le fait qu’on "laisserait perdurer le spectacle du taureau qui se fait torturer dans des conditions de barbarie totale et qui se fait tuer à la fin".

Même le RN en ordre dispersé

Même au sein du RN, le débat n’est pas tranché, et aucune consigne de vote ne sera donnée : le député RN de l’Yonne Julien Odoul, jeudi dernier, a indiqué penser "à titre personnel que la corrida et une cruauté" et qu’il voterait "en responsabilité" la proposition de loi d’Amyeric Caron. "Je n’ai rien en commun avec lui compte tenu de tout ce que je déteste dans ce qu’il propose. La seule chose qui m’y relie, c’est ce texte-là", a-t-il déclaré.

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Si d’autres députés RN s’opposent à l’interdiction, Marine Le Pen, connue pour être une défenseuse de la condition animale, elle, a émis l’idée que les corridas soient interdites aux mineurs – mais ne votera pas la proposition de loi d'Aymeric Caron. "La liberté de vote" sera donc respectée au sein du groupe, a promis Julien Odoul, qui par ailleurs a assuré être "très attaché aux traditions locales".