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À Madagascar, l'espoir de l'agroécologie après deux ans de famine

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Dans la commune d'Anja Nord, à Madagascar, des enfants travaillent dans une rizière
Dans la commune d'Anja Nord, à Madagascar, des enfants travaillent dans une rizière
© Radio France - Rémi Brancato

Alors que le deuxième cyclone de l'année touche ce mardi Madagascar, le Sud du pays, lui, souffre toujours de la faim. 1,5 million de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire. Mais dans certains villages, les projets d'agroécologie permettent aux paysans de mieux résister aux sécheresses récurrentes.

"C'est ici le bloc agroécologique de Karoke, le premier bloc écologique que le CTAS a mis en place". Dans la région de l'Androy, semi-aride, et frappée depuis deux par une sécheresse exceptionnelle depuis 40 ans, Stéphanie Andoniaina, la directrice adjointe du CTAS, le centre technique agroécologique du Sud, nous emmène en visite dans une sorte d'oasis. 

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"Ici, on voit des cultures vertes en bande, ce sont les cajanus, qui vont servir de brise vent, cela s'appelle aussi le pois d'angole, c'est une légumineuse, comme le petit pois" détaille-t-elle. Ces cultures en bande permettent de contrer le vent qui assèche trop souvent les terres dans cette région, une des nombreuses techniques enseignées ici par l'ONG aux paysans du village.

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Des plantations en bande pour contrer le vent

Madagascar s'apprête à subir encore les assauts de la nature : un deuxième cyclone doit toucher les côtes de l'île ce mardi, après Batsirai, qui a causé plus de 120 morts il y a bientôt trois semaines. Mais la Grande île souffre encore de la sécheresse, la plus sévère depuis 40 ans, qui a frappé les régions du Sud. Une famine meurtrière y sévit et 1,5 million de personnes sont encore en situation d'insécurité alimentaire, selon le cadre intégré de classification de l'insécurité alimentaire

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Face à cette situation, et alors que l'aide humanitaire d'urgence, indispensable, s'est mise en place, des organisations proposent des solutions à plus long terme. Ainsi, le CTAS mise sur ses "blocs agroécologiques" : des étendues de culture où les paysans sont convertis à des techniques plus résilientes à la sécheresse et qui s'étendent aux autres villages, séduits par la réussite de leurs voisins. A Karoke, depuis 2014, les agriculteurs ont changé leurs pratiques. "Le vent ici est fort : il assèche les terres et emporte les parties fertiles" pointe Stéphanie. Ainsi, le CTAS a mis en place des bandes de culture pour abriter les parcelles et propose des semences plus résistantes, qui nécessitent moins d'arrosage, du mil et du sorgho notamment.

Une diffusion des techniques agroécologiques

"Il n'y avait que les cultures de maïs auparavant et les patates douces qui n'arrivaient pas vraiment à protéger le sol" raconte Stéphanie, "ce qui appauvrit les sols". "D'abord, on a procédé à la plantation de cajanus en bande, qui sert de bouclier contre le vent" raconte Loharano, paysanne référente du projet dans le village : "quand les feuilles tombent, elles se décomposent et ça améliore la fertilité de la terre".

Dans le village de Karoke, les cultures agroécologiques de l'ONG CTAS
Dans le village de Karoke, les cultures agroécologiques de l'ONG CTAS
© Radio France - Rémi Brancato

Dans le village, les pratiques ont changé : moins de déboisement alentours pour se fournir en bois de chauffe, afin de limiter les effets néfastes de la déforestation, et une diversification des aliments. "La production a beaucoup augmenté depuis qu'on a suivi ce projet du CTAS" confirme Mandelimana, son mari. "Le mil est beaucoup plus facile à cultiver, alors on n'a pas autant besoin d'eau" assure-t-il. Le bouche à oreille a fait son effet et les blocs agroécologiques se sont multipliés s'appuyant sur l'adhésion spontanée des paysans des villages voisins. 

Déjà 6 000 hectares de blocs agroécologiques

Dans la région, le "kere", les famines à répétition, sont documentées depuis le XIXème siècle, mais pour Tolotra Henintsoa Ranaivoharimanana, directrice du CTAS, la sécheresse des deux dernières années est "la plus grosse" qu'elle a pu observer. Pour elle, la région doit s'adapter à son climat, semi-aride. "En Israël, ils ont des infrastructures adaptées, des techniques de micro-irrigation par exemple, le goutte à goutte qui permettent d'irriguer de vastes étendues pour nourrir la population" défend-elle. Elle plaide pour une adaptation des cultures aux conditions climatiques, même si les fonds manquent pour le moment pour étendre les mesures.

Loharano et Mandilamana, paysans à Karoke
Loharano et Mandilamana, paysans à Karoke
© Radio France - Rémi Brancato

Avec 6 000 hectares et 7 200 bénéficiaires, le CTAS tente d'étendre ses actions au plus grand nombre, "21 000 personnes en 2020". Selon elle, les ménages qui bénéficient du programme ont mieux résisté à la famine. "Il y a beaucoup de ménages qui n'ont pas émigré par le fait que les cultures des blocs agroécologique fructifiaient encore", souligne la directrice de l'ONG. Pour elle, la famine "n'est pas une fatalité mais pas seulement pour le Sud, ce n'est jamais une fatalité".