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À Madagascar, opération vaccination pour Français et Européens

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Salle du centre de vaccination installé la semaine dernière sur les hauteurs d’Antananarivo, dans le quartier d’Ivandry
Salle du centre de vaccination installé la semaine dernière sur les hauteurs d’Antananarivo, dans le quartier d’Ivandry
© Radio France - Bertrand Gallicher

Dans cette île de 27 millions d’habitants où le Covid fait des ravages, tout vaccin contre le coronavirus était jusqu’à présent refusé par les autorités. Au moment où le vaccin du programme Covax arrive, la France a choisi son ancienne colonie pour lancer une campagne de vaccination des Français de l’étranger.

Le secrétaire d’État chargé des Français de l’étranger parcourt le petit centre de vaccination installé la semaine dernière sur les hauteurs d’Antananarivo, dans le quartier d’Ivandry. Après onze heures de vol, la veille, depuis Villacoublay, Jean-Baptiste Lemoine est venu, ce vendredi  14 mai, superviser la mise en place de la première structure destinée aux Français et aux Européens de l’île. Du personnel malgache y travaille sous la direction de Français, qui, eux, n’ont pas l’autorisation d’exercer la médecine à Madagascar. La procédure de vaccination est conforme à celle en vigueur dans l’hexagone : vérification de l’identité, et de l’éligibilité au vaccin en fonction de l’âge, questionnaire de santé et entretien avec un médecin, mesures de prophylaxie sérieuses. Un lit équipé de bouteilles d’oxygène est prévu en cas de réaction grave au vaccin : pour l’instant il n’a pas servi. 

Plus de 16.000 Français – dont la moitié de binationaux – sont recensés sur le territoire. Le standard de l’ambassade a été assailli dès l’annonce de l’ouverture du centre. Aujourd’hui les rendez-vous pour le vaccin Janssen à dose unique de Johnson & Johnson s’enchaînent dans le calme.

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Généreuse solidarité européenne

Seul pays de l’Union Européenne avec l’Allemagne à disposer d’une ambassade à Madagascar, la France a décidé d’ouvrir la vaccination aux ressortissants des 27. Une aubaine pour les résidents européens, souvent désemparés face à la progression de la pandémie. Mario, un consultant italien de 66 ans, qui travaille sur un projet financé par l’UNICEF, se félicite de l’initiative française : "C’est génial, on était ici un peu enclavé avec des difficultés pour rentrer en Europe, et cette solution nous sort de tous les problèmes. Je suis satisfait à 100 %, c’est vraiment impeccable, la sécurité, l’accueil, tout marche assez bien, c’est fantastique. C’est sécurisant de retrouver un bout d’Europe ici à Madagascar". Un enthousiasme que partage Brigitte, une sexagénaire belge. Elle vit à Madagascar depuis 21 ans. Sa principale motivation pour se faire vacciner : l’espoir d’obtenir un document lui permettant de voyager. "Il y a une crainte d’attraper la maladie, mais aussi la peur de se faire vacciner. J’étais inquiète par rapport à tout ce qu’on entend. Mais comme le vaccin est venu à nous, il faut saisir cette chance". 

L’opportunité ne tombe pas du ciel, le Quai d’Orsay a travaillé dur pour mettre en place cette structure. Jusqu’à présent 5 % des vaccinés de ce centre français appartiennent à d’autres pays d’Europe.

Vacciner à tout prix

"On a mis en place une logistique en béton armé" expose le secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne : "Vous avez pu voir une organisation millimétrée, tout cela vient du fait que la France souhaite être aux côtés de ses enfants, de ses citoyennes et citoyens où qu’ils soient dans le monde. 80 % des Français établis hors de France peuvent s’inscrire dans les stratégies vaccinales locales, pour les 20 % restants c’était au contraire très compliqué. Nous sommes dans un pays pilote puisque la vaccination a commencé lundi dernier". 6.000 doses du vaccin Janssen ont été envoyées à Madagascar il y a une quinzaine de jours. Il a fallu recruter une équipe dédiée composée de Français et de Malgaches. Chaque jour soixante-dix personnes se font vacciner dans cette structure, l’objectif étant de monter à cent trente vaccinations quotidiennes. 2.000 rendez-vous sont déjà pris, le programme se poursuivra en juin et juillet. La France a également mis en place des moyens d’évacuation des malades les plus gravement touchés vers la Réunion, voire la métropole.

La théorie du remède national

Pendant des mois, le gouvernement malgache a refusé tout programme de vaccination. Une doxa imposée sans ménagement par le président Rajoelina, qui avait affirmé en mars ne pas vouloir être vacciné. "Si on commande un vaccin, on va d’abord le tester sur l’opposition" répondait-il, face aux critiques sur sa stratégie de lutte contre le Coronavirus.

Le Covid Organics, remède à base d'Artemisia, censée protéger de la maladie, ou en réduire les effets
Le Covid Organics, remède à base d'Artemisia, censée protéger de la maladie, ou en réduire les effets
© Radio France - Bertrand Gallicher

Pour les autorités, un seul mot suffisait à combattre la maladie, Artemisia. Cette plante médicinale administrée en tisane ou en gélules sous le nom de Covid Organics était censée protéger de la maladie, ou en réduire les effets. Aujourd’hui encore, ceux qui s’aventurent à mettre en doute les vertus de ce remède peuvent finir derrière les barreaux. Il y a quelques jours, l’opposant Harry Laurent Rahajason accusé d’avoir soutenu un médecin dénonçant cette "potion miracle" été condamné en appel à 44 mois de prison. Au-delà du règlement de comptes politique dénoncé par l’opposition, c’est toute la communication autour de la pandémie à Madagascar qui est en jeu. Les chiffres officiels de contamination autour de 40.000 cas et moins de 800 décès peinent à convaincre. Devant l’ampleur de la crise, le gouvernement s’est finalement résigné à souscrire au programme Covax. Une première cargaison de 250.000 vaccins AstraZeneca est arrivée sur place il y a une dizaine de jours.

Une île asphyxiée

Le déni de la pandémie a aussi servi à masquer le délitement du système de santé à Madagascar, avec des hôpitaux saturés et mal équipés, souvent incapables de faire face à l’afflux de malades. Cette faiblesse reflète l’état général du pays, qui s’enfonce dans la pauvreté. Le Covid et ses conséquences économiques – en particulier sur le tourisme – n’expliquent pas tout. Depuis l’indépendance en 1960, la situation ne cesse de se dégrader. L’île fait partie des pays dits "les moins avancés" et 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec un revenu inférieur à 2 euros par jour. Une situation paradoxale dans un territoire riche en ressources minières, avec un immense potentiel touristique. "Une partie de l’élite considère qu’elle n’a pas intérêt à favoriser le développement de Madagascar" note un bon connaisseur de la situation. Depuis des mois, la famine frappe le sud du pays. Un drame qui risque de rester invisible, selon la FAO et le Programme Alimentaire Mondial.