Publicité

À Metz, des médecins ukrainiens formés à la médecine de guerre

Par
La formation a lieu durant toute la semaine à Metz avec des médecins d'urgence français expérimentés.
La formation a lieu durant toute la semaine à Metz avec des médecins d'urgence français expérimentés.
© Radio France - Victor Dhollande

Durant une semaine, neuf soignants ukrainiens apprennent auprès de médecins français spécialisés à s'occuper de blessés graves, en zone de guerre. Ils formeront ensuite en Ukraine des centaines de confrères.

Plus de deux mois que le conflit ukrainien a commencé, et les combats et bombardements continuent de faire rage. En plus de l'aide militaire et médicale apportée par la France, l’Union des Organisations de Secours et de Soins Médicaux (une ONG française) organise pour la première fois cette semaine une session de formation à la médecine de guerre pour neuf soignants ukrainiens, à Metz. A leur retour en Ukraine, ils seront chargés de former des centaines de médecins.

Dans les conditions du réel

La victime vient de tomber du troisième étage après le bombardement d’un immeuble. Elle est inconsciente sous les décombres. Vitali et Oleksandra, des soignants ukrainiens, ont 20 minutes pour stabiliser son état. Cette scène n'a pas lieu sur le front mais dans l'est de la France. Le médecin urgentiste et l’infirmière s’exercent sur un mannequin.

Publicité

Avec un échographe mobile, ces deux soignants doivent envoyer les premières informations à  l’hôpital. "Moi, je veux faire une échographie dans le thorax ou l’abdomen pour voir", leur explique Raphaël Pitti, qui encadre la formation. "A ce moment-là, on peut lui envoyer une image avec un hémothorax. Il faut que le médecin puisse dire : 'je veux le chirurgien maintenant, sans attendre'."

Raphaël Pitti est professeur de médecine d’urgence et de catastrophe. En 11 ans, il a formé plus de 34 000 médecins, infirmiers et secouristes en Syrie. "On a des cas concrets qui reprennent comme ça toutes les pathologies que l’on peut rencontrer dans ces situations de guerre. Mais il faut à la fois mélanger le savoir et ces outils", explique-t-il.

Chaque fois que vous formez un médecin, un secouriste ou un infirmier, vous sauvez potentiellement des vies et c’est ça le plus important.

Ramener ce savoir en Ukraine

Fin juin, un centre de formation à la médecine de guerre va voir le jour à Lviv, dans l’Ouest de l'Ukraine. Ces neuf soignants devront instruire des centaines de confrères. Yuriy Stepanovskyy coordonnera les opérations : "Je suis un bon exemple. Je suis médecin civil. Je connaissais la base mais en temps de catastrophe, il nous faut de nouvelles compétences."

J’ai appris beaucoup de choses. Ce qu’on doit faire, comment s’organiser sur place, comment attirer les gens pour qu’ils nous aident. Tout ça est très important.

Pour  suivre cette formation, les soignants ukrainiens ont obtenu une autorisation exceptionnelle de sortie du territoire. Vitali, urgentiste de 29 ans, le reçoit comme un privilège : "Depuis le début de la guerre, on veut être utile pour tous les Ukrainiens. Moi, je suis resté à l’hôpital de Kiev presque en permanence. Mais je veux faire encore plus. Quand on rentrera au pays, on pourra ainsi apprendre à de très nombreux médecins les gestes qui sauvent sur le terrain."

Et la formation ne s’arrête pas là. Les médecins français vont accompagner ces soignants à distance pendant plusieurs mois. Ils prévoient aussi de se rendre en Ukraine dans quelques semaines.