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À quoi pourrait ressembler le nouveau gouvernement d'Emmanuel Macron ?

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Quels membres de l'actuel gouvernement Castex pourraient rester à leurs fonctions ?
Quels membres de l'actuel gouvernement Castex pourraient rester à leurs fonctions ?
© AFP - Andrea Savorani Neri / NurPhoto

En cas de victoire, le 24 avril au soir, Emmanuel Macron remerciera son Premier ministre, Jean Castex, et avec lui son gouvernement. Il promet un "renouvellement", "une nouvelle méthode". Mais beaucoup de ministres aimeraient rester à bord.

Dans une interview au Figaro, le 6 avril dernier, Emmanuel Macron a déjà planté le décor. "Il faudra, dit-il, un sursaut au lendemain de la présidentielle pour donner un nouvel élan". Au sein du gouvernement, le message a vite été traduit : "Nous allons presque tous faire nos cartons". Le président-candidat souhaite "faire émerger une nouvelle génération" et faire rentrer au gouvernement "des figures qui permettent de continuer à donner une dynamique".

Ceux qui se trouvent sur le départ

A 74 ans, et après dix ans de ministère (cinq ans à la Défense, cinq ans aux Affaires étrangères), Jean-Yves Le Drian devrait laisser le Quai d’Orsay, sauf si la situation en Ukraine, ou ailleurs, devenait extrêmement périlleuse. Même situation pour Florence Parly, ministre des Armées depuis le début du quinquennat, son départ semble acté.

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Lui souhaite quitter son bureau. Il le confie en privé. Jean-Michel Blanquer va partir de la rue de Grenelle avec un record de longévité. Aucun ministre de l’Education Nationale n’est resté à ce poste cinq ans sous la Vème République, et même avant. Sa dernière année fut la plus éprouvante, avec notamment une importante mobilisation contre sa gestion de la crise sanitaire, en janvier dernier. Sa collègue, chargée l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal va aussi quitter ses fonctions. Alors qu’Emmanuel Macron compte faire de l’éducation, une priorité de son éventuel prochain quinquennat.

Rue de Valois, l’épidémie est venue balayer presque tous ses projets. A 75 ans, Roselyne Bachelot va, sauf surprise, quitter le ministère de la Culture. Il ne ménage pas sa peine dans cette campagne, avec déjà une douzaine de réunions publiques à son actif. Il n’empêche, Eric Dupond-Moretti, n’a jamais réussi à apaiser sa relation avec les magistrats. La dernière passe d’arme remonte au mois dernier avec la présidente de la Cour de cassation, Chantal Arens. Il va, selon toute vraisemblance, quitter la Chancellerie, sans voir l’issue des "Etats généraux de la justice", lancés en octobre dernier.

Ceux qui espèrent rester

Solidement installé au ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, depuis mai 2017, Bruno Le Maire fait tout pour rester le maître de Bercy. "Nous aurions intérêt à étudier le rassemblement des compétences financières et climatiques" avance même l’ancien candidat à la présidentielle, dans son livre "Un éternel soleil", publié en décembre dernier.

Le ministre de la Santé et des solidarités, Olivier Véran, veut tourner la page du Covid, quitter l’avenue de Ségur, sans quitter le navire gouvernemental. Il espère incarner la jambe gauche du deuxième quinquennat, tout comme sa collègue, Barbara Pompili, à l’Ecologie.

Place Beauvau, Gérald Darmanin souhaite porter le projet de loi de programmation qu’il vient de présenter pour la sécurité. Il met, pour cela, en avant sa relation apaisée avec les forces de l’ordre. La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, ne compte pas suivre les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 depuis son salon. Elle a déjà beaucoup œuvré à leurs préparations. Au Japon, un ministre des JO avait été nommé pour organiser l’évènement à Tokyo en 2020.

Ceux qui espèrent grimper

Plusieurs ministres ou secrétaire d’Etat ont réussi à tisser, au fil des mois, des années, une relation privilégiée avec le chef de l’Etat. Ils espèrent grimper d’un échelon, prendre davantage de responsabilités, pour services rendus. C’est le cas du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, dont le bilan est meilleur que ces deux prédécesseurs : Benjamin Griveaux et Sibeth N’Diaye.

Au dernier rang protocolaire, la ministre Amélie de Montchalin , a obtenu, elle aussi, la confiance du Président en pilotant la réforme de la haute fonction publique. Tout comme le ministre du Budget, Olivier Dussopt, qui était encore au début du quinquennat député socialiste, ou sa collègue de Bercy, Agnès Pannier-Runacher, en charge de l’Industrie.

L’ancien patron du groupe MoDem à l’Assemblée, Marc Fesneau, s’est aussi imposé peu à peu en macronie. Il est aujourd’hui chargé des relations avec le Parlement. Son prédécesseur, Christophe Castaner, avait décroché l’Intérieur en 2018.

Et puis, il y a les fidèles parmi les fidèles, qui resteront quoiqu’il arrive dans le premier cercle, au gouvernement ou à l’Elysée : le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie et le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune. Ce dernier sera candidat aux législatives à Paris. Des élections qui déboucheront déjà sur un premier remaniement fin juin ou début juillet. Marlène Schiappa a fait le choix de ne pas se lancer dans ce scrutin.

Ceux qui pourraient rentrer

Emmanuel Macron veut continuer de "faire émerger une nouvelle génération" ce qui donne de l’espoir aux trentenaires. Les députés Hervé Berville (32 ans), Sacha Houlié (33 ans), Aurore Bergé (35 ans), Jean-Noël Barrot (38 ans) ont leurs chances. D’autres députés, qui ont joué les bons soldats pendant tout le quinquennat, pourraient être récompensés, à l’image des présidents de commission : Roland Lescure (Affaires économiques) et Yaël Braun-Pivet (Lois).

Tous ceux qui entourent Emmanuel Macron s’attendent, en tout cas, à un gouvernement plus politique qu’en 2017. "La société civile, on a donné" tance un ministre. "Ce n’est pas le temps des néophytes, on va vivre des temps durs, des temps de tempêtes" estime un pilier de la majorité, pour qui "l’écart au deuxième tour va déterminer la composition du gouvernement".

Quel équilibre politique Emmanuel Macron va-t-il vouloir respecter ? Edouard Philippe et François Bayrou vont essayer de placer leurs relais. Le maire du Havre a, à ses côtés, notamment la maire du 9ème arrondissement de Paris, Delphine Bürkli, le maire de Reims, Arnaud Robinet, celui d’Angers, Christophe Béchu.

Emmanuel Macron devrait trouver une place à celui qui l’a accueilli pour un match de football et pour son premier déplacement de campagne : le maire de Poissy, ex-LR, Karl Olive. Le président-candidat veut poursuivre "le dépassement". Va-t-il ainsi accueillir ses dernières prises : François Rebsamen, Eric Woerth, Christian Estrosi, Renaud Muselier ? "Ça paraît d’un autre âge !" lance un jeune aspirant.

Et Matignon ?

Toute la macronie s’attend à voir une femme nommée à Matignon. Et plutôt une femme de gauche. "Car la droite a été suffisamment servie et fracturée" glisse un proche du Président. Celles dont on entend déjà les noms circuler, comme Elisabeth Borne ou Christine Lagarde, ne seront sans doute pas appelées. Nous allons vous épargner une liste fictive. "Il faut choisir celui ou celle qui apparaît comme le plus compatible avec ce que l’on souhaite porter à une période donnée", a confié Emmanuel Macron début avril au Figaro. "Cela supposera en tout cas de continuer à avancer dans le dépassement". Le dépassement, et sans doute, la surprise.