Publicité

Ados et Internet : cinq conseils pour mieux gérer

Les adolescents face aux écrans
Les adolescents face aux écrans
© Getty

Les adolescents estiment passer environ cinq heures par jour sur Internet le week-end. Comment, en tant que parent, les protéger sans être intrusifs ?

"Impossible de le faire décrocher de son téléphone !" Les écrans ont encore mauvaise réputation auprès des parents d’ados, qui cherchent à s’adapter à ces nouvelles technologies qui prennent une place de plus en plus importante dans la vie des jeunes. 

Comment gérer au mieux le rapport des adolescents à Internet et aux réseaux sociaux ? C'est ce que nous expliquent les invités de l'émission "Barbatruc" : Lucie Ronfaut-Hazard, journaliste spécialiste du numérique, Sophie Jehel, maitresse de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 8, et Xavier de la Porte, journaliste à L’Obs et à France Inter, producteur d'un podcast sur le numérique dans nos vies : Le code a changé.

Publicité

Prendre au sérieux la vie numérique des enfants 

Internet prend une place grandissante dans la vie quotidienne. Pour les ados, c’est aussi le lieu d’expression de leurs relations affectives et sociales par le biais de tchat. C’est aussi l’endroit qu’ils privilégient pour s’informer et se divertir, d’où l’importance de prendre leurs activités en ligne au sérieux. 

Il ne s’agit pas de tout surveiller, mais de garder une certaine vigilance vis-à-vis d’Internet et des réseaux sociaux. Les adolescents peuvent être très réflexifs et vivre des hauts et des bas très intenses à cause de petites choses : "les plateformes complexifient la vie des jeunes", nous dit Sophie Jehel, et ils ne sont pas en capacité de tout gérer tout seuls : être présent et à l’écoute est la meilleure chose à faire. 

Ne pas essayer de tout couper 

Faut-il leur supprimer écrans et comptes sur les réseaux ? Même s’il y a sur le web des dangers réels, il comporte de nombreuses opportunités. 

3 min

C’est une fenêtre sur le monde. Il est important d’accepter que, dans le monde dans lequel nous vivons, Internet fait partie de leur vie ; il est impossible de tout couper. D'après Xavier de la Porte, "quand on est parent, on a tendance à se réfugier dans des solutions qui sont des solutions simplistes". Pour Sophie Jehel, les interdits absolus ne fonctionnent pas car ils ne pourront plus parler librement de ce qu’ils font – oui, ils trouveront quand même un moyen d’aller sur Internet ! 

Il est essentiel de préserver du temps hors écran en les encourageant à s’impliquer dans d’autres activités (sport, lecture, sorties...), mais ça ne veut pas dire pour autant que tout ce qu’ils font sur Internet est sans intérêt. Même si les écrans sont souvent un moyen de lutte contre l’ennui, il n’est pas nécessaire de faire tout le temps quelque chose d’important. Au contraire, garder du temps de divertissement est bénéfique.

Les adolescents sont souvent reconnaissants par la suite quand leur parent a retardé l’âge de leur inscription sur les réseaux sociaux. Eviter de les surexposer dès leur plus jeune âge, que ce soit sur leur propre réseau ou sur celui des parents, est favorable. 

Les écrans comme aide à l'apprentissage
Les écrans comme aide à l'apprentissage
© Getty

Chercher à comprendre leur rapport à Internet 

Inutile de céder à la panique. Le mieux est d’essayer de comprendre le lien des ados avec Internet. Il y a différents usages des écrans : l’important n’est pas le temps passé en ligne, mais ce qu’ils y font

Ils communiquent, jouent, s’informent, partagent. Internet est le lieu d’expression des demandes d’autonomie croissante des jeunes, le pire serait de chercher à tout contrôler sans voir leur point de vue. C’est pour eux une seconde réalité qui leur permet de s’évader du vécu parfois difficile de l’adolescence. "Mettre en scène sa propre forme de vie, qui est elle même changeante, est un enjeu qui est absolument gigantesque", nous explique Xavier de la Porte. Ils peuvent devenir quelqu’un d’autre, se créer une nouvelle image qui correspond à ce qu’ils veulent renvoyer. 

N'essayez pas de faire son éducation par mimétisme de celle que vous avez reçue alors qu'Internet n'existait pas : "la dimension de transmission des valeurs doit être transférée à un espace que les adultes ne connaissent pas", rappelle Sophie Jehel. Il est important de s'intéresser aux plateformes sur lesquelles ils sont présents pour tenter d’appréhender ces réseaux sociaux, en gardant cependant à l’esprit que votre expérience de ces environnements numériques sera différente des leurs à cause des algorithmes

Acceptez aussi qu’il ne vous dit peut-être pas tout et qu’il a le droit d’avoir son jardin secret. Soyez là pour l’aider et l’encadrer en cas de besoin. 

Les informer

C’est l’alternative à la surprotection inefficace face aux nouvelles technologies. Parler avec eux des risques d’Internet leur permet de savoir y faire face de façon adéquate. Les adolescents expriment leur difficulté à trouver des personnes de confiance à qui parler des problèmes qu’ils rencontrent en ligne sans avoir à craindre les conséquences : il est essentiel alors que leurs parents soient présents pour les écouter et fassent preuve de bienveillance au lieu de diaboliser les usages. Pour Lucie Ronfaud-Hazard, "il faut leur donner des armes parce que je pense qu'il y a une vraie volonté de comprendre".

Un premier point à aborder avec eux : les algorithmes. Ces derniers transmettent une certaine vision du monde et un rapport au corps qui peut créer des complexes, surtout chez les jeunes filles qui vont beaucoup se comparer aux images publiées sur le net. Leur parler de la publicité et  des algorithmes leur permettra de ne plus se sentir victime des réseaux sociaux. 

Les sensibiliser au cyberharcèlement leur donne les moyens de s’y préparer. Lors du micro-trottoir de notre reporter Juliette Prouteau, un jeune garçon se livre : “Quand on parle à quelqu'un sur Internet, on se dit 'Je peux dire ça parce qu'en fait, il va jamais me retrouver, il va jamais savoir qui je suis'”. L’anonymat des réseaux permet à la violence de prendre sa place : il est important de faire comprendre aux jeunes que le respect de l’autre s’applique aussi en ligne, et surtout qu’il faut en parler à un adulte si on en est victime.

Une grande part du contenu sur Internet est à caractère violent ou pornographique : volontairement ou non, tous les adolescents y seront confrontés. Il faut les préparer à voir des images qu’ils ne souhaitent pas pour éviter qu’ils réagissent par le choc et la sidération, mais aussi pour leur faire savoir qu’ils peuvent en parler lorsque ça leur arrive. Cela peut être l’occasion de parler de l’importance du consentement, pour éviter au maximum le phénomène de "_revenge porn" (c_es photos intimes diffusées publiquement). 

Les enfants face au cyberharcèlement
Les enfants face au cyberharcèlement
© Getty

Leur faire confiance

Internet est un appui dans la construction de leur identité et dans leur prise d’autonomie. Paradoxalement, les comptes publics qu’ils ouvrent participent à la création de leur vie privée. Ils apprennent beaucoup de choses grâce à Internet et l’utilisent aussi pour s’éduquer et étudier, notamment par des vidéos YouTube de professeurs lorsqu’ils n’ont pas compris un cours.

Les adolescents sont conscients que l’on peut s’inventer une vie sur les réseaux sociaux et qu’ils ne sont pas le reflet de la réalité. Ils qualifient ces plateformes de "travaillées" et "superficielles". Ils sont également sensibilisés au cyberharcèlement à l’école et savent comment réagir et aider les personnes qui en sont victimes. Les filles particulièrement sont vigilantes et sont au courant des dangers qu’on peut rencontrer sur le net. "Les adolescents sont beaucoup plus réflexifs qu'on ne le croit, sur leur propre pratique", nous dit Xavier de la Porte : vous pouvez alors leur faire confiance dans leur consommation de contenu.

Aller plus loin : écouter l'émission