Publicité

Affaire des policiers agressés à Viry-Châtillon : ce que disent les motivations du verdict

Par
Véhicule de police brûlé lors de l'agression de policiers à Viry-Châtillon (Essonne), le 8 octobre 2016
Véhicule de police brûlé lors de l'agression de policiers à Viry-Châtillon (Essonne), le 8 octobre 2016
© AFP - Thomas SAMSON

Le verdict rendu dans le procès des policiers brûlés à Viry-Châtillon, lors d'une agression survenue en octobre 2016, a conduit à l'acquittement de huit hommes et à la condamnation de cinq accusés. La défense dénonce, depuis le début, une enquête uniquement à charge. Nous avons eu accès aux motivations du verdict.

Le verdict en appel a été rendu samedi 17 avril, dans le procès de l'attaque de policiers agressés dans leur véhicule de service à Viry-Châtillon (Essonne) : il a conduit à l'acquittement de huit hommes, notamment au bénéfice du doute, et à la condamnation de cinq accusés à des peines allant de six à dix-huit ans de réclusion, provoquant l'indignation des avocats de parties civiles.

"Des doutes et des incertitudes sur l'implication des accusés"

Une enquête biaisée", "l'une des plus grosses erreurs judiciaires de ces dix dernières années", pour Me Sarah Mauger-Poliak : Depuis le procès en première instance de ces treize prévenus, la défense met cause la qualité, voire la neutralité, des investigations, dans cette affaire hautement sensible, le guet-apens ayant provoqué des semaines de manifestations dans les rangs de la police. Trois des accusés étant mineurs au moment des faits, les audiences se sont tenues à huis-clos, ce qui en a filtré est donc majoritairement à attribuer au récit des parties elles-mêmes. 

Publicité

À un document près : les motivations du verdict en appel rendu samedi 17 avril par la cour d'assises des mineurs de Paris, auxquelles France Inter a eu accès, soulèvent plusieurs interrogations quant au processus qui a conduit treize jeunes hommes à comparaître deux fois devant la justice. À commencer par les déclarations lors de l'audience en appel du chef d'enquête lui-même, qualifiées de "courageuses" par un avocat de la défense: le policier a admis "qu'il avait des doutes et des incertitudes sur l'implication des accusés dans les faits", comme le rapportent les motivations du verdict. Doutes manifestement partagés par les jurés qui ont acquitté trois jeunes hommes de plus qu'en première instance, faisant passer à huit le nombre de personnes remises en liberté dans cette affaire. 

Ainsi, dans le cas de l'un des accusés, condamné en première instance à dix-huit années de réclusion criminelle, les jurés ont estimé en appel que les éléments à charge "apparaissaient insuffisants", les déclarations d'un "témoin anonyme" ne pouvant être corroborées par les éléments du dossier. Il a donc été libéré "en l'absence d'éléments de preuve suffisants".  

Témoignage à charge remis en cause

La policière la plus gravement blessée dans cette attaque affirme, pour sa part, avoir reconnu, en première instance comme en appel, "le regard" de l'un des autres accusés condamnés à l'origine à 18 ans de réclusion. "Pas suffisamment fiable pour être probant au regard du temps écoulé, de la rapidité du face-à-face avec son agresseur dont le visage était masqué, de l'émotion intense ressentie à ce moment-là", ont estimé les jurés, en appel, avant de l'acquitter. 

A contrario, dans le cas d'un troisième homme acquitté après une condamnation à douze ans de réclusion en première instance, l'une des victimes elle-même remet en cause le témoignage à charge : Vincent R., dont le corps a été brûlé à 25% et qui subit encore, aujourd'hui, des opérations de réparation, affirme que le premier homme à avoir lancé l'assaut avait la peau noire, contredisant un témoignage qui présente le jeune homme, à la peau claire, comme ayant été le premier assaillant. Il a donc été acquitté, "un doute existant", au terme, comme les deux autres acquittés en appel, de plus de quatre années de détention.  

Une enquête difficile 

Côté défense comme partie civile, tout le monde s'accorde à dire que l'enquête, confiée à la sûreté départementale de l'Essonne a été extrêmement difficile à mener. Si les vidéos ont permis de déterminer que les assaillants étaient au nombre de seize, tous étaient habillés de noir et masqués. À cette difficulté est venue s'ajouter, surtout, la loi du silence qui règne dans le quartier de la Grande Borne, où a eu lieu l'attaque. Plusieurs témoins se sont désistés, ou ont affirmé à l'audience "ne plus se souvenir". Un accusé a été passé à tabac après avoir parlé aux enquêteurs. Il était d'ailleurs soigneusement tenu à l'écart des autres, dans le box. Les pressions exercées l'ont été jusque dans le huis-clos des prisons, comme l'ont révélé plusieurs sonorisations de parloir. 

Cependant, plusieurs avocats de la défense disent mettre en cause la probité des enquêteurs, allant jusqu'à déposer plainte pour "faux en écriture": selon ces conseils, ce qui est retransmis dans les procès-verbaux, et sert de base aux magistrats instructeurs, ne correspond pas à ce qu'ont réellement dit les personnes entendues, comme l'ont prouvé les vidéos des gardes à vue visionnées à l'audience. Les motivations du verdict précisent d'ailleurs à plusieurs reprises se fonder sur " les retranscriptions intégrales des enregistrements vidéos de garde à vue" qui mettent hors de cause plusieurs accusés. 

À l'issue de l'annonce du verdict en appel, les avocats de parties civiles ont précisé "respecter" les décisions d'acquittement. Tout en estimant que les peines prononcées (six à dix-huit ans de réclusion) étaient trop faibles à leurs yeux, les cinq hommes ayant été reconnus coupables de "tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique", des faits passibles de la réclusion à perpétuité. Le verdict souligne "la volonté claire des assaillants de provoquer la mort des victimes", ajoutant que "cette tentative d'homicide n'a manqué son effet que par la résistance des victimes, qui sont parvenues à prendre la fuite". 

Des avocats de la défense ont, quant à eux, saisi l'IGPN pour faire la lumière sur l'enquête. L'une d'eux, Sarah Mauger-Poliak jugeait, à l'issue de six semaines de procès, que "il reste des innocents dans le box des accusés".