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Affaires en cours, condamnations, relaxes : où en sont les procédures judiciaires contre Éric Zemmour ?

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Éric Zemmour lors de son procès en novembre 2015 au tribunal correctionnel de Paris.
Éric Zemmour lors de son procès en novembre 2015 au tribunal correctionnel de Paris.
© AFP - Bertrand GUAY

Éric Zemmour est cité à comparaitre mercredi devant le tribunal judiciaire de Paris pour ses propos sur les migrants mineurs tenus sur Cnews en septembre 2020. L'occasion de se pencher sur les procédures judiciaires impliquant le polémiste et potentiel candidat à la présidentielle.

Le presque candidat à la présidentielle Éric Zemmour est jugé mercredi devant la 17ème chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris pour ses propos sur les mineurs isolés tenus le 29 septembre 2020 sur Cnews. Lors d'un débat de l'émission "Face à l'info", il les avait qualifiés de "voleurs", "assassins" et "violeurs". Éric Zemmour est cité à comparaître par le parquet pour "complicité de provocation à la haine raciale" et "injure raciale". Le directeur de publication de la chaîne Cnews, Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, sera jugé à ses côtés en tant que diffuseur des propos. Dans cette affaire, le CSA a déjà sanctionné Cnews d'une amende de 200.000 euros, en mars, pour "incitation à la haine" et "à la violence". 

Éric Zemmour ne sera pas présent à l'audience, a indiqué son avocat à France Inter, Me Olivier Pardo. "Nous avons besoin d'une sérénité des débats et la présence d'Éric Zemmour, loin de favoriser la sérénité, donnerait lieu à une sorte d'empoignade politique que nous ne voulons pas", explique-t-il. "Il n'est pas question de faire de la salle d'audience, un plateau de chaîne d'info."

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L'audience de mercredi aurait dû se tenir le 8 septembre mais a été renvoyée en raison du grand nombre de parties civiles. Parmi elles figurent des associations, comme SOS Racisme, la Ligue des droits de l'Homme (LDH), la Licra, la Voix de l'enfant et la Maison des Potes. Arié Alimi, avocat de la Ligue des droits de l’Homme, a qualifié les propos d’Éric Zemmour de "lâches, cyniques".

Les mineurs non accompagnés étant pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, gérée par les départements, plusieurs conseils départementaux se sont également constitués parties civiles. "Nous ne pouvons tolérer les amalgames et le racisme dont ce fossoyeur de la république est coutumier", explique par exemple Sébastien Troussel, président PS du conseil départemental de Seine Saint Denis. "Nous ne pouvons tolérer de voir se propager et se banaliser de tels discours de haine. Avec Paris, nous réalisons l’accueil de la moitié des mineurs étrangers isolés qui arrivent en France parce qu’ils fuient les désordres du monde. Il s’agit de jeunes qui ont le droit à la protection et à un accueil digne."

Et Éric Zemmour n'en est pas à son premier procès. Depuis 2011, ses prises de position lui ont valu 16 procédures, a confirmé son avocat à France Inter.

Deux condamnations pour provocation à la haine

Éric Zemmour a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale et pour provocation à la haine envers les musulmans.

  • En mars 2010, l'éditorialiste déclare dans l'émission "Salut les terriens" de Thierry Ardisson sur Canal + que "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait." Le même jour, il renchérit sur France Ô estimant que les employeurs "ont le droit" de refuser des Arabes ou des Noirs. Poursuivi par plusieurs associations antiracistes, il est condamné en février 2011 à 2.000 euros d'amende avec sursis pour provocation à la haine raciale.
  • En 2016, sur le plateau de "C à vous" (France 5), il estime qu'il faut donner aux musulmans "le choix entre l'islam et la France" et que la France vit "depuis 30 ans une invasion" avec, dans certaines banlieues, une "lutte pour islamiser un territoire". Il est condamné en septembre 2019 à 3.000 euros d'amende pour provocation à la haine religieuse. Reprochant à la France de violer sa liberté d'expression, le polémiste a saisi en décembre 2019 la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). Sa condamnation est toutefois considérée comme définitive au regard de la loi française.

Quatre relaxes

  • En novembre 2008, Patrick Lozès, fondateur du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), porte plainte contre l'éditorialiste pour diffamation. Éric Zemmour avait publié un article dans l'hebdomadaire "Vendredi" dans lequel il affirmait que Patrick Lozès avait déclaré : "Obama est notre président." Pour le journaliste, cette phrase "prouve que la solidarité raciale, pardon espéciale, est supérieure à ses yeux énamourés à la solidarité nationale". Des propos que Patrick Lozès réfute. En mai 2012, le parquet le déboute. La décision est confirmée en juin 2013 en appel.
  • En mai 2014, dans l'une de ses chroniques sur RTL, il déclare : "Les Normands, les Huns, les Arabes... les grandes invasions d'après la chute de Rome sont désormais remplacées par les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d'Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent." Poursuivi pour provocation à la haine raciale et diffamation raciale, il est relaxé par le tribunal en septembre 2015, puis par la Cour d'appel de Paris en juin 2016.
  • En octobre 2014, dans une interview accordée au quotidien italien "Corriere della Sera", il affirme que les musulmans "ont leur code civil, c'est le Coran", qu'ils "vivent entre eux, dans les banlieues" et que "les Français ont été obligés de s'en aller". D'abord condamné pour provocation à la haine envers les musulmans, il se pourvoit en cassation et obtient finalement une relaxe de la cour d'appel de Paris, au cours d'un troisième procès.
  • En mai 2016, dans une chronique sur RTL, il accuse Cécile Duflot d'être à l'origine des révélations de Médiapart sur l'affaire Denis Baupin. Il évoque une "vengeance politicienne" de la part de l'ancienne ministre. Poursuivi pour diffamation, il est finalement relaxé en février 2018.

Par ailleurs, Éric Zemmour tient des propos en faveur des djihadistes dans une interview au magazine Causeur en octobre 2016 : "Je respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient", avait-il déclaré. Une enquête préliminaire pour apologie du terrorisme est ouverte par le parquet de Paris après une plainte de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac). La plainte est classée sans suites par le parquet, en janvier 2017.

Un mois plus tard, en novembre 2016, le polémiste déclare à propos du quartier de la Grande Borne à Grigny que "ce n'est pas la France". La Ville de Grigny porte plainte en février 2017 pour "diffamation envers une administration publique" mais le tribunal de Paris prononce la nullité de la plainte en décembre 2019.

En février 2017, Éric Zemmour déclare sur RTL que "la non-discrimination est présentée abusivement comme un synonyme de l'égalité alors qu'elle est devenue au fil du temps une machine à désintégrer la Nation, la famille, la société au nom des droits d'un individu roi". RTL est alors mise en demeure par le CSA pour avoir diffusé un "éloge de la discrimination" sans "aucune contradiction ni mise en perspective". Cette décision est ensuite annulée par le Conseil d'État en octobre 2018.

Neuf procédures en cours

Outre les poursuites qui lui valent d'être jugé mercredi, Éric Zemmour est engagé dans huit autres procédures.

  • Début février 2021, Éric Zemmour est relaxé par le tribunal de Paris où il était jugé pour "contestation de crime contre l'humanité" après avoir soutenu que le maréchal Pétain avait "sauvé" les Juifs français sur Cnews en 2019. Les parties civiles, dont la Licra, ont fait appel et l'audience doit se tenir en janvier 2022, à la Cour d'appel de Paris, a-t-on appris.
  • Le polémiste est aussi poursuivi pour "injure" et "provocation à la haine". Lors d'une "convention de la droite" organisée par des proches de l'ex-députée du Front national Marion Maréchal le 28 septembre 2019, il avait prononcé un discours fustigeant des immigrés "colonisateurs" et une "islamisation de la rue". Il avait également décrit le voile et la djellaba comme "les uniformes d'une armée d'occupation". En première instance, il avait été condamné à 10.000 euros d'amende pour les mêmes propos anti-islam et anti-immigration. La cour d'appel de Paris l'a relaxé le 8 septembre 2021. Le parquet général et les associations antiracistes parties civiles, dont la Licra, ont formé un pourvoi en cassation.
  • En 2018, Éric Zemmour qualifie le prénom de la chroniqueuse Hapsatou Sy d'"insulte à la France" qui lui répond par une plainte pour "injure raciste". Le procès doit avoir lieu en novembre 2022 au tribunal judiciaire de Paris, selon Laurence Dauxin-Nedelec, avocate d'Éric Zemmour.
  • Éric Zemmour doit aussi être jugé le 28 octobre 2022, toujours selon son avocate, pour "injure raciale" contre la député La France Insoumise Danièle Obono.
  • Éric Zemmour est aussi visé par au moins quatre plaintes. L'une d'elles a été déposée par le journaliste Taha Bouhafs pour "injure publique". Il l'avait qualifié de "militant islamiste" sur CNews en novembre dernier. Stop Homophobie a également porté plainte contre le polémiste pour "diffamation publique homophobe". Le maire de Trappes a aussi annoncé déposer plainte au nom de sa commune pour "diffamation". La quatrième plainte a été déposée par L214 pour "diffamation" après des propos dans l'émission "Face à l'info" sur Cnews.

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Les plaintes d'Éric Zemmour

Éric Zemmour a également engagé des actions judiciaires contre d'autres personnalités. C'est le cas en avril 2009 quand il attaque pour menaces de crimes et injure publique le rappeur Youssoupha qui le traitait de "con" et appelait à le faire "taire" dans une de ses chansons. La justice donne raison à Éric Zemmour en première instance en 2011. Le rappeur et sa maison de disques EMI Musique France écopent d'amendes avec sursis et doivent verser au polémiste des dommages et intérêts. Mais en 2012, le rappeur est finalement déclaré "non coupable" par la cour d'appel de Paris.

Éric Zemmour est aussi engagé dans une procédure contre son ancienne maison d'édition, Albin Michel, pour "rupture abusive de contrat". Il a également porté plainte contre Paris Match pour la publication de photos privées en septembre dernier.