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Afghanistan : 10 dates clés pour comprendre la montée en puissance des talibans

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Vendredi, les talibans se sont emparés de Kandahar, deuxième plus grande ville du pays.
Vendredi, les talibans se sont emparés de Kandahar, deuxième plus grande ville du pays.
© AFP - AFP

Les talibans ont désormais officiellement pris le pouvoir en Afghanistan en investissant le palais présidentiel de Kaboul, 20 ans après la chute de leur régime.

Kaboul est tombée aux mains des talibans ce dimanche, après une campagne militaire d'une rapidité stupéfiante et sans grande résistance. Quelques heures auparavant, les insurgés se sont emparés de Mazar-i-Sharif et de Jalalabad. Samedi, ils avaient pris le contrôle de la ville de Pul-e-Alam, après Kandahar et Herat, deuxième et troisième plus grandes villes du pays. En fin de soirée ce dimanche, des combattants talibans ont crié victoire depuis le bureau principal du palais présidentiel de Kaboul. Le président Ashraf Ghani avait quitté les lieux bien plus tôt, en concédant la victoire aux talibans via un communiqué.

En à peine dix jours, les talibans ont pris le contrôle de la grande majorité du pays. Une poignée de villes mineures sont encore sous le contrôle du gouvernement, mais elles sont dispersées et coupées de la capitale, et n'ont plus une grande valeur stratégique.

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Les combattants talibans auraient reçu l'ordre d'attendre aux portes de Kaboul et de ne pas essayer d'entrer dans la ville. Mais des habitants constatent la présence de talibans armés et de leurs drapeaux blancs dans leurs quartiers. LE président Ashraf Ghani n'a désormais plus d'autre choix que de capituler et démissionner, ou de poursuivre le combat pour sauver Kaboul, au risque d'être responsable d'un bain de sang.

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Plusieurs pays occidentaux vont réduire au strict minimum leur présence, voire fermer provisoirement leur ambassade. Le président américain Joe Biden a porté à 5.000 soldats le déploiement militaire à l'aéroport de Kaboul pour évacuer les diplomates américains et des civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent pour leur vie. L'ambassade américaine a ordonné à son personnel de détruire les documents sensibles. 

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir. En revanche, la Russie ne prévoit pas d'évacuer son ambassade, a indiqué un responsable du ministère russe des Affaires étrangères à l'agence Interfax.

Le mouvement fondamentaliste islamiste mène une offensive fulgurante dans tout le pays depuis mai, à la faveur du début du retrait final des troupes américaines et étrangères, vingt ans après le renversement de son régime. Retour sur ces vingt dernières années en 10 dates clés.

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27 septembre 1996 : les talibans entrent à Kaboul

Le mouvement des talibans est apparu à l'été 1994 dans le Sud de l'Afghanistan, fondé par le mollah Mohammad Omar, avec une volonté affichée de "pacifier" le pays, au lendemain de l'occupation soviétique. Il est composé d'étudiants, majoritairement pachtounes (l'ethnie afghane majoritaire), formés au courant deobandi, une école de pensée qui prône le retour à "un islam pur", dans des écoles coraniques privées appelées "madrassas" au Pakistan voisin. 

Sans attendre, les talibans prennent le contrôle du chef-lieu de la province de Kandahar, le 3 octobre 1994, avant de s'emparer de l'ouest afghan, notamment de la ville d'Herat. Après une première tentative en octobre 1995, ils s'emparent de Kaboul le 27 septembre 1996. Ils y instaurent le régime de l'Émirat islamique d'Afghanistan. À ce moment-là, ils sont encore considérés comme des alliés par l'Occident. La secrétaire d’État américaine, Madeleine Albright, salue même la prise de la capitale afghane comme "un pas positif".

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20 août 1998 : le bombardement américain

En août 1998, les talibans s'emparent de Mazar-i-Sharif, la capitale du Nord, et de Bamyan, capitale des Hazaras chiites. Dans le même temps, les Américains abandonnent le mouvement lorsqu'il refuse de leur livrer Oussama ben Laden qui est tenu pour responsable des attentats contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie.

Le 20 août, les Américains bombardent des camps d'entrainement présumés de Ben Laden, dans le territoire taliban. Les talibans se retrouvent isolés sur le plan diplomatique, perdant notamment le soutien de l'Arabie saoudite, l'un des trois seuls pays, avec le Pakistan et les Émirats arabes unis à avoir reconnu son gouvernement.

7 octobre 2001 : après les attentats du 11 septembre, les bombardements américains

En février 2001, le Mollah Omar ordonne par décret la destruction de toutes les statues pré-islamiques, dont les bouddhas sculptés de Bamiyan, dynamités le 9 mars.

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Les images font le tour du monde, faisant découvrir à une large partie du grand public l'idéologie radicale du mouvement. Mais l'écho est sans commune mesure avec l'événement qui va suivre. Le 11 septembre 2001, les tours du World Trade Center s'effondrent. Le régime taliban est accusé d'avoir soutenu Al-Qaida, le groupe terroriste auteur des attentats, en refusant de livrer son chef, Oussama Ben Laden. 

Le 7 octobre 2001, de premiers bombardements sont menés contre les forces talibanes sur Kaboul, Kandahar et Jalalabad, dans le cadre d'une intervention de la coalition internationale sous l'égide de l'Onu et menée par les États-Unis. En quelques jours, les talibans sont contraints de conclure un accord de reddition avec le nouveau régime intérimaire de Kaboul, mis en place à la suite de la conférence inter-afghane de Bonn, sous l'égide de l'Onu.

9 octobre 2004 : la réorganisation suite à la victoire d'Hamid Karzaï

Trois ans après la chute du régime taliban, dans un climat encore très instable, la Constitution du nouvel État afghan est adoptée le 4 janvier 2004. Le gouvernement du président du pouvoir intérimaire, Hamid Karzaï, ne dispose que d'un pouvoir très limité au-delà de la capitale et il négocie une réconciliation avec les talibans, offrant une amnistie aux combattants qui souhaitent réintégrer la vie civile.

Le mouvement taliban, affaibli, est retranché dans les provinces pachtounes de l'Est et du Sud-Est, frontières avec le Pakistan. Les observateurs s'interrogent même sur une possible "fin des talibans". Mais le mouvement se restructure, se réarme et multiplie les attentats-suicides, lancés depuis le Waziristan, zone frontalière au Pakistan. À partir de 2007, ils se spécialisent également dans les enlèvements de ressortissants étrangers, afin de poser des ultimatum aux forces engagées dans le pays.

18 août 2008 : 10 soldats français tués dans une embuscade

En 2008, les talibans montrent leur capacité de mener à nouveau des attaques dans Kaboul. Le 27 avril, ils revendiquent une tentative d'assassinat du président Hamid Karzaï, lors d'une parade commémorative dans la capitale, au cours de laquelle trois personnes sont tuées.

Les talibans se rapprochent de plus en plus de Kaboul, et c'est d'ailleurs à une cinquantaine de kilomètres seulement à l'est de la ville qu'une patrouille française, en mission de reconnaissance, tombe dans leur embuscade, le 18 août. L'affrontement avec les insurgés se solde par dix morts et vingt et un blessés parmi les soldats français.

31 décembre 2014 : Avec le départ des troupes étrangères, les talibans accélèrent leurs offensives

Le 31 décembre 2014, le retrait des forces de combat de l'Otan s'achève, sur fond perte de crédibilité de l'engagement étranger. Les troupes de la coalition sont décriées pour avoir provoqué de nombreuses victimes civiles, y compris par le président sortant Hamid Karzaï qui a appelé à l'arrêt des frappes américaines.

Les talibans, auteurs de plusieurs attentats contre les bâtiments officiels et des ambassades des forces étrangères à Kaboul, ont proclamé la "défaite" des forces étrangères. Ils accélèrent leurs offensives de conquête territoriale contre le gouvernement afghan, forts d'un regain d'effectifs de combattants.

23 juillet 2016 : un attentat de l'État islamique à Kaboul inquiète les talibans

Le 23 juillet 2016, un attentat-suicide commis lors d’une manifestation, rassemblant des membres de la minorité chiite hazara à Kaboul, cause la mort d’au moins quatre-vingts personnes. Il est revendiqué par l’organisation État islamique (EI) qui tente de prendre pied en Afghanistan depuis 2015.

L'attentat est dénoncé par les talibans comme une volonté de “monter les différentes ethnies afghanes les unes contre les autres”. Car si, au départ, l’EI est parvenu à recruter parmi leurs combattants, les talibans ne tardent pas à considérer l’organisation comme une menace. Des affrontements de plus en plus violents éclatent entre les deux groupes aux objectifs très différents : les talibans veulent instaurer la charia au niveau national, tandis que l'EI veut étendre son califat. Ils se livrent donc à une surenchère d'attentats meurtriers.

15-17 juin 2018 : un court cessez-le-feu avec les autorités afghanes

Le gouvernement, déstabilisé et incapable d'assurer la sécurité de la capitale face aux deux groupes rivaux, est contraint de faire un pas vers les talibans. Victorieux face aux tentatives d'avancées territoriales de Daech, le mouvement est aussi l'auteur de multiples attentats à Kaboul : une attaque contre l’hôtel Intercontinental faisant au moins quarante morts le 20 janvier 2018, puis un attentat-suicide à la voiture piégée causant la mort d’au moins cent trois personnes, le 27 janvier.

Ainsi, en mars 2018, le président afghan, Ashraf Ghani, propose de reconnaître les talibans comme une force politique en échange d'une reconnaissance de la Constitution par ces derniers. L'offre est déclinée, au motif qu'elle s'apparente à une reddition. En juin 2018, le chef de l'État proclame pour la première fois un cessez-le-feu dans le conflit avec les talibans qui l'acceptent, mais cela ne dure que trois jours.

29 février 2020 : un accord avec les États-Unis

Le 29 février 2020, après plusieurs mois de discrets échanges, les talibans signent avec les États-Unis, en l'absence du gouvernement afghan, l'accord de Doha, fixant les conditions du retrait des troupes occidentales dans les quatorze mois. Les talibans s'engagent à ne pas attaquer les forces étrangères dans le processus de retrait et à empêcher les groupes tels qu'Al-Qaïda et l'EI d'opérer en Afghanistan. L'accord prévoit l'ouverture de négociations de paix entre les insurgés et le gouvernement afghan.

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Mais l'un des termes de l'accord se heurte au refus du régime de Kaboul : la libération de prisonniers talibans avant le début de ces négociations. Finalement, les pourparlers historiques s'ouvrent le 11 septembre en présence du secrétaire d'État américain, après que les autorités afghanes ont relâcher les 400 derniers insurgés de leurs geôles.

9 juillet 2021 : les talibans contrôlent 85% du territoire afghan

L'apparent apaisement est de très courte durée, puisque les talibans lancent une nouvelle offensive en mai 2021, quand le président américain Joe Biden confirme le départ des dernières troupes étrangères du pays d'ici à la fin du mois d'août. Très rapidement, les talibans étendent leur contrôle sur nombre de districts dans les zones rurales, y compris dans le nord du pays, ainsi que sur plusieurs postes-frontières clés.

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Si bien que le 9 juillet, le groupe affirme contrôler 85 % du territoire de l’Afghanistan, chiffre contesté par le gouvernement et impossible à vérifier de façon indépendante. Mais leur percée est en revanche incontestable. Les talibans encerclent de grandes villes dont une grande partie tombent bientôt sous leur emprise et se rapprochent de Kaboul.

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