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Afghanistan : les talibans interdits de Facebook, mais Twitter leur donne encore la parole

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Zabihullah Mujahid, l’un des porte-paroles des talibans, est suivi par 317 000 internautes.
Zabihullah Mujahid, l’un des porte-paroles des talibans, est suivi par 317 000 internautes.
© Radio France - Victor Vasseur

Si le réseau social de Mark Zuckerberg assure qu’il bannit tous les contenus publiés par les talibans, les conditions de Twitter sont différentes. Des porte-paroles du mouvement islamiste peuvent s’exprimer librement.

Les tweets de Zabihullah Mujahid sont quotidiens, il s’agit de l’un des porte-paroles des talibans. Son compte n’est pas vérifié mais il est suivi par 317 000 internautes. "La situation à Kaboul est sous contrôle" écrit-il le 16 août, au lendemain de la prise de la capitale Afghane par les militants du groupe islamiste. Le lendemain, toujours sur twitter, Zabihullah Mujahid donne l’heure et le lieu d’une conférence de presse. Deux autres porte-paroles des talibans publient des messages et des vidéos quotidiennement sur Twitter, Qari Yousaf Ahmadi et Suhail Shaheen. Ils comptent respectivement 65 000 abonnés et 360 000 abonnés. Ils ont écrit plusieurs dizaines de tweets ces dernières semaines, concernant l’avancée des talibans en Afghanistan.

Twitter tente de s'expliquer

Cette liberté d’écrire sur les réseaux sociaux ulcère, d’autant plus que Twitter est une plateforme créé par des américains. Des voix s’élèvent, notamment chez les proches de Donald Trump : "Pourquoi, sur cette terre, le porte-parole des talibans a-t-il un compte Twitter actif mais pas l'ancien président des États-Unis ? De quel côté sont les entreprises américaines de la Big-Tech ?" a tweeté dimanche le républicain Madison Cawthorn, élu à la chambre des représentants. Même tonalité pour le conservateur Doug Lamborn, il a même envoyé un courrier au PDG de Twitter Jack Dorsey pour demander des explications, "il est impossible de voir comment les comptes de Zabihullah Mujahid et Yousef Ahmandi ne violent pas vos politiques" écrit-il. Le député RN au Parlement européen Jérôme Rivière critique l’inaction du réseau social et prend de nouveau comme exemple l’ancien chef d’État américain : "La liberté et la démocratie ne vont pas bien quand Twitter continue d'interdire le compte de Trump mais relaie le porte-parole des talibans sans arrière-pensée."

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Twitter a allumé des contre-feux et tenté de s’expliquer : "La situation en Afghanistan évolue rapidement" affirme sur CNBC un porte-parole. _"Nous voyons également des gens dans le pays utiliser Twitter pour demander de l’aide et de l’assistance. Notre priorité absolue est d’assurer la sécurité des personnes, et nous restons vigilants."_Il poursuit : "Nous continuerons à appliquer nos règles de manière proactive et à examiner le contenu qui pourrait enfreindre les règles de Twitter, en particulier les politiques contre la glorification de la violence, la manipulation de la plateforme et le spam".

Des modérateurs Afghans pour contrôler

La donne est différente chez Facebook. Le réseau social dirigé par Mark Zuckerberg considère les talibans comme une organisation terroriste. Tous les contenus liés au groupe islamiste et à leur soutient sont interdits sur ses plateformes, Facebook et Instagram. Ils sont bannis depuis plusieurs années déjà. Des modérateurs experts de l’Afghanistan ont un rôle de vigie et doivent repérer toutes les publications. Ils parlent le dari et le pachto, les deux principales langues employés dans le pays. Mais on ne sait pas combien ils sont souligne CNBC. 

Lors d’une conférence de presse mardi, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid a dénoncé les agissements de Facebook. Quand un journaliste lui demande si le gouvernement talibans respecterait la liberté d’expression, il répond : "Cette question devrait être posée aux personnes qui prétendent être des promoteurs de la liberté d'expression, qui ne permettent pas la publication de toutes les informations." Il poursuit : "Cette question devrait être posée à Facebook."

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La politique est similaire chez Instagram, propriété de Facebook. Son responsable Adam Mosseri explique à Bloomberg News : "Nous n'autorisons en fait aucune présence, aucune célébration, aucune promotion ou aucune représentation des talibans sur Instagram."  

Pourquoi WhatsApp échappe à la surveillance

Si Facebook promet que les publications et messages de talibans n’ont pas leur place sur leur plateforme, l’une d’elle est beaucoup plus compliqué à contrôler. Sur WhatsApp, les communications sont chiffrées. Sur le site Vice, un porte-parole résume : "En tant que service de messagerie privée, nous n’avons pas accès au contenu des discussions personnelles des gens, cependant, si nous apprenons qu’une personne ou une organisation sanctionnée peut être présente sur WhatsApp, nous prenons des mesures". Les talibans le savent bien.

Le Washington Post évoque des messages envoyés aux habitants de Kaboul, avec des numéros de téléphone à contacter, affirmant qu’ils sont désormais en charge de la sécurité à Kaboul. Ils demandent aux habitants de leur signaler tout pillage ou comportement "irresponsable". Le Financial Times affirme que WhatsApp a fini par fermer l’un de ces numéros utilisés par les talibans pour envoyer des messages à la population. Les talibans avaient déjà mises en place ces lignes téléphoniques d’assistance lors de la prise de Kunduz en 2016.