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Âge des victimes, séquelles, profil des agresseurs : la Commission Inceste fait le bilan des témoignages reçus

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Édouard Durand, co-président de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise)
Édouard Durand, co-président de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise)
© AFP - JULIEN DE ROSA

Il y a un an jour pour jour, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences faites aux enfants (Ciivise) lançait un vaste appel à témoignages. À la lumière des 16 414 témoignages reçus, elle dresse un état des lieux des séquelles traumatiques de l'inceste.

"J'ai pris perpétuité à huit ans". Après un an de travail et  plus de 16 000 témoignages recueillis, la Commission Inceste a livré ce mercredi le bilan des lourdes séquelles que présentent encore à l'âge adulte celles et ceux qui ont été victimes de violences sexuelles durant l'enfance. Un traumatisme qui continue d'affecter leur santé physique et mentale, ainsi que leur vie familiale, sexuelle et professionnelle. Le rapport livre également de nombreux chiffres sur le profil des victimes.

Dans 25% des cas, les victimes avaient moins de 5 ans

Sur les 16 414 témoignages, 90% émanent de femmes, 13% de personnes en situation de handicap. Dans un quart des situations rapportées, les victimes d'inceste avaient moins de 5 ans. L'âge médian des premières violences intrafamiliales est de 7 ans pour les filles, 8 ans pour les garçons. Les actes sexuels commencent donc très tôt, et perdurent. En particulier quand ils se produisent dans le cercle familial ou dans l'entourage proche.

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Dans l'immense majorité des cas (81%), l'agresseur est un membre de la famille : père, grand-frère, demi-frère, grand-père, cousin, oncle, beau-père. Le stratagème est rôdé : l'agresseur use de sa relation de confiance avec l'enfant pour abuser. Les victimes subissent des agressions sexuelles ou des viols... parfois des agressions sexuelles puis des viols.

La santé physique affectée dans la moitié des cas

Souvent, enfants, elles parlent, elles se confient à des proches. Mais leurs paroles ne sont pas reconnues. Devenues adultes ensuite, les conséquences de ces abus sexuels sur leurs vies sont sous estimées. Les victimes qui ont livré leur témoignage à la CIIVISE ont en moyenne 44 ans (parfois sont beaucoup plus âgées). Et leur souffrance, malgré tout le temps passé, reste très vive.

Plus de huit victimes sur dix estiment que les violences sexuelles ont eu un impact sur la confiance en soi et sur leur santé psychique. Une victime sur deux estime que les violences sexuelles ont eu un impact sur sa santé physique. Près d’une femme sur deux  décrit des troubles alimentaires et près de quatre hommes sur dix font état de problèmes d’addiction (alcoolisme, drogue).

"La société ne protège pas suffisamment les victimes "

La moitié rapportent des conséquences sur leur scolarité et plus de quatre  victimes sur dix sur leur vie professionnelle. Plus de 6 victimes sur 10 rapportent que les violences sexuelles ont eu un impact sur leur vie familiale, beaucoup de témoignages évoquant aussi un refus de la maternité et la peur de reproduire les agressions sur leur propre enfant. 100% des personnes dénoncent le fait que "la société ne protège pas suffisamment les victimes".

En même temps que la publication de ce rapport, le gouvernement a annoncé des mesures pour lutter contre les violences sexuelles sur mineurs : création d'une cellule de conseil et de soutien pour les professionnels destinataires de révélations de violences par les enfants, lancement d'une grande campagne nationale de prévention, et dépôt au Parlement d'un texte permettant de retirer l'autorité parentale en cas de condamnation d'un parent pour des violences sexuelles incestueuses sur son enfant. Une mesure qui aujourd'hui est possible mais pas systématique.