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Agressé par un codétenu à la prison d'Arles, Yvan Colonna en état de mort cérébrale

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Emprisonné à Arles depuis 2013, Yvan Colonna avait fait plusieurs demandes de rapprochement en Corse, toutes refusées.
Emprisonné à Arles depuis 2013, Yvan Colonna avait fait plusieurs demandes de rapprochement en Corse, toutes refusées.
© AFP

Yvan Colonna, condamné pour l'assassinat du préfet Érignac en 1998, est hospitalisé dans un état de mort cérébrale, après avoir été violemment attaqué par un codétenu de la prison d'Arles (Bouches-du-Rhône), incarcéré pour islamisme radical. Son décès, un temps annoncé, n'est pas confirmé.

Il est incarcéré dans les Bouches-du-Rhône depuis 2013. Yvan Colonna, définitivement condamné à la perpétuité en 2011 pour l'assassinat du préfet Claude Érignac, est dans un état de mort cérébrale des suites d'une violente agression commise par un codétenu de la prison d'Arles. Dans l'après-midi, le militant indépendantiste a été transféré de l'hôpital d'Arles vers un hôpital de Marseille. Son avocat indique alors qu'il est dans "un coma post-anoxique", signifiant que son cerveau a été privé d'oxygène. 

Mais contrairement à ce que France Inter et d'autres médias ont annoncé en début d'après-midi, Yvan Colonna n'est pas mort. C'est sur la foi de plusieurs sources familiales et judiciaires que son décès a été annoncé. "La famille a été prévenue aux alentours de 14h30", rapportait notamment France Bleu RCFM. Mais cette information a ensuite été démentie par d'autres sources indiquant à France Inter qu'Yvan Colonna est actuellement en état de mort cérébrale. 

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L'inspection générale de la justice saisie

Yvan Colonna a été victime "d'une strangulation à mains nues, puis d'un étouffement" de la part d'un codétenu, a précisé mercredi le procureur de Tarascon dans un communiqué. "A ce stade, le mobile de l'agression est inconnu. Aucun incident en détention n'avait été signalé entre le détenu et la victime", a poursuivi Laurent Gumbau. "Toutefois, le parquet national antiterroriste a été contacté au regard des antécédents du mis en cause", précise-t-il. Le détenu mis en cause purgeait en effet une peine de neuf années d'emprisonnement pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme

Yvan Colonna a été agressé "alors qu'il effectuait, seul, une séquence d'entretien physique à la salle de musculation de l'établissement pénitentiaire", a précisé le procureur. "L'agresseur supposé, lui-même détenu, assurait un service d'entretien en qualité d'auxiliaire d'étage au moment des faits", a-t-il ajouté. Il a été placé en garde à vue par la brigade criminelle de la direction zonale de la police judiciaire Sud, qui mène l'enquête pour "tentative d'assassinat"

"Dès la découverte de la victime inanimée par un surveillant pénitentiaire, les secours internes prodiguaient un massage cardiaque moins de trois minutes après l'alerte", selon les premiers éléments de l'enquête. Même si les réanimateurs des pompiers et du SMUR ont ensuite réussi "à relancer (son) activité cardiaque", Yvan Colonna est désormais "en coma post-anoxique" et a été transféré de l'hôpital d'Arles à Marseille.

"L’Inspection générale de la justice va être saisie ce jour pour faire toute la lumière sur les conditions de cette agression d’une particulière gravité", à la demande du Premier ministre, avait annoncé plus tôt le ministère de la Justice dans un communiqué. 

Quatre ans de cavale dans le maquis

Aujourd'hui âgé de 61 ans, le militant indépendantiste corse avait été interpellé en juillet 2003 pour l'assassinat du préfet Érignac en février 1998 à Ajaccio, après quatre ans de cavale dans le maquis. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 2007, puis à la perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans en appel en 2009, Colonna a été condamné une troisième fois à la perpétuité (sans période de sûreté) en 2011 après l'annulation par la Cour de cassation du verdict d'appel pour vice de forme.  

Emprisonné à Arles sous le régime de "détenu particulièrement signalé", après un passage à Fresnes (Val-de-Marne), Toulon (Var) et Réau (Seine-et-Marne), Yvan Colonna a fait plusieurs demandes de rapprochement en Corse, toutes refusées.  

En 2018, sa femme, Stéphanie Colonna, avait interpellé Emmanuel Macron sur l'impossible droit de visite pour son fils. Elle demandait le transfert de son mari en Corse. Il y a 10 jours, une délégation de trois députés corses lui avaient rendu visite et avaient dénoncé les conditions "dégradantes" dans lesquelles était détenu Yvan Colonna, faute d'avoir obtenu un rapprochement familial. Vingt ans après les faits, trois hommes sont toujours emprisonnés pour l'assassinat de Claude Érignac.

"Responsabilité majeure" de l'État selon les autonomistes

Le parti autonomiste du président du conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni, Femu a Corsica, a accusé l'Etat français de porter "une responsabilité majeure, accablante", dans l'agression d'Yvan Colonna. "Depuis des années, l'Assemblée de Corse unanime, les maires, la société corse tout entière, plus récemment des députés de tous les groupes (...) ont demandé publiquement que le droit au rapprochement soit appliqué à Pierre Alessandri, Alain Ferrandi et Yvan Colonna", les membres du commando condamnés pour l'assassinat du préfet Erignac, ajoute-t-il. 

"Si le droit au rapprochement avait été appliqué, le drame de ce matin n'aurait pas eu lieu", estime-t-il. Par ailleurs, le parti autonomiste relève les "circonstances plus que troublantes" selon lui de cette agression, se demandant "comment Yvan Colonna, 'détenu particulièrement surveillé', a-t-il pu être victime d'une tentative d'assassinat".