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Algues vertes : dans la baie de Saint-Brieuc, une plage fermée depuis sept mois

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Plage de l'Hôtellerie à Hillion (Côtes-d'Armor)
Plage de l'Hôtellerie à Hillion (Côtes-d'Armor)
© Radio France - Delphine Evenou

La plage de l'Hôtellerie à Hillion (Côtes-d'Armor), est fermée depuis le 2 juillet 2021. Une situation inédite. Les conditions climatiques exceptionnelles de l'an dernier font perdurer la présence des algues vertes, alors que l'Etat prépare un nouveau plan de lutte contre le phénomène.

En contrebas d’Hillion, la plage de l’Hôtellerie commence à retrouver bonne allure . Ces derniers jours, vents et marées ont enfin un peu nettoyé la baie, après un début d'hiver très calme. Mais cachées sous le sable, les algues sont toujours là. "Cela forme des vasières, c'est de la vase noire" explique Annie Le Guilloux, coprésidente de l’association Halte aux marées vertes. "Quand vous mettez les bottes dedans, vous voyez les bulles de gaz qui crèvent la surface". Aux abords de la plage, un ruban barre l'accès, et un panneau prévient : "Dépôt d'algues en putréfaction. Attention danger à proximité". Il est en place depuis le 2 juillet 2021 ; jamais une plage n'avait été fermée au public aussi longtemps. "Tout ça pourrit, dégage une odeur insupportable. Les riverains peuvent ressentir des nausées et des maux de tête" constate Annie Le Guilloux.

La plage de l'Hôtellerie à Hillion, le 3 janvier 2022
La plage de l'Hôtellerie à Hillion, le 3 janvier 2022
- Association "Halte aux marées vertes"

Des conditions climatiques qui ont favorisé la prolifération 

Si la durée de cette fermeture est inédite, la présence d'algues vertes alors que l'hiver est déjà bien entamé ne l'est pas. En 2008 et 2017, le phénomène s'était déjà produit. Mais la situation reste "remarquable" note Sylvain Ballu, chargé du suivi des algues vertes au Centre d'Etudes et de Valorisation des Algues (CEVA), basé à Pleubian, au nord des Côtes-d'Armor. 

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"Sur la baie de Saint-Brieuc, on a eu cette année 75% de surface touchée par les marées vertes en plus de ce que l'on a d'habitude." Sylvain Ballu, expert au CEVA

Elle est due à une conjonction de conditions climatiques l'an dernier : "En fin d'hiver la lumière manque, là il y en avait ; normalement il n'y a pas d'algues à la fin de l'hiver là il y en avait ; et puis il y a eu de très fortes pluies, l'équivalent de deux mois en quinze jours, et plus il y a d'eau qui passe dans les cours d'eau cela fait des apports de nitrates plus élevés. C'est un mauvais alignement des planètes : on a complètement levé tout ce qui peut limiter la prolifération". Une prolifération qui est restée très localisée dans la baie de Saint-Brieuc relève toutefois Sylvain Ballu. L'absence de tempête cet hiver dans le secteur a fini d'ancrer le phénomène dans la durée.

Réduire les fuites de nitrates pour réduire les algues vertes

Mais les conditions climatiques sont en fait venues amplifier l’impact de l’activité humaine, agricole surtout. Car le nœud du problème réside dans la fuite des nitrates. Pour les réduire davantage, alors qu'après une baisse leur niveau stagne désormais, l’Etat prépare un nouveau plan algues vertes (2022-2027). Des commissions et groupes de travail sont encore en train de plancher dessus. 

Mais on sait déjà que des contrats d'engagement de trois ans vont être proposés aux producteurs et coopératives agricoles pour les inciter à travailler sur leurs émissions d'azote. Cette incitation pourra passer par un accompagnement financier vers une réduction de ces émissions, voire par une réglementation plus stricte si ces engagements ne sont pas respectés. "On ne touchait pas forcément tous les agriculteurs dans les premiers plans [ndlr : de lutte contre les algues vertes], là on a l'ambition d'aller plus loin et plus vite, d'aller toucher un maximum d'agriculteurs", assure Etienne Guillet, sous-préfet expert eau, algues vertes et transition agroécologique, "l'Etat a d'ailleurs doublé l'enveloppe attribuée chaque année, on passe de cinq à dix millions d'euros annuels pour ce plan algues vertes".

Les critiques de la Cour des comptes

Des moyens supplémentaires qui visent aussi à répondre aux critiques formulées par la Cour des comptes dans un rapport de 300 pages, rendu en juillet 2021, sur les plans publics de lutte contre la prolifération des algues. Les objectifs de ces politiques ont été "mal définis", leurs effets sont "incertains sur la qualité des eaux", l'impact est "limité" sur le niveau des échouages jugeaient ainsi les sages de la rue Cambon.

Le nouveau plan algues vertes doit entrer en application à partir de septembre 2022. Un point d'étape sera fait en 2025. Mais pour les associations environnementales, l'ambition n'est pas là : "Pour espérer baisser le taux de nitrates, il faut réformer en profondeur le système d'élevage", avance Annie Le Guilloux d'Halte aux Marées vertes. "Dans les Côtes-d'Armor, chaque hectare de surface agricole supporte en moyenne 1 bovin, 22 cochons et 248 volailles. C'est énorme quand on sait que pour nourrir une vache et supporter ses déjections, il faut déjà un hectare. C'est le premier département d'élevage de France".