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Ampleur, durée, appels au 112 : six questions sur les éventuelles coupures électriques cet hiver

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En cas de délestage, les clients prioritaires et à risque ne seraient pas touchés par les coupures d'électricité
En cas de délestage, les clients prioritaires et à risque ne seraient pas touchés par les coupures d'électricité
© Maxppp - PHOTOPQR/L'ALSACE

Matignon a envoyé une circulaire aux préfets pour préparer les autorités locales à d'éventuelles coupures électriques cet hiver. La question du fonctionnement des appels d'urgence pendant ces délestages reste encore en suspens.

L'hypothèse n'est "ni exclue, ni confirmée". Mais dans le doute, Matignon a envoyé une circulaire aux préfets sur la conduite à tenir cet hiver en cas de coupure électrique "partielle et programmée", pour faire face aux pics de consommation. Ces délestages visent "à soulager ponctuellement le système électrique pour éviter un black-out généralisé qui aurait des conséquences beaucoup plus lourdes", indique la circulaire. On fait le point.

Comment ces délestages seront-ils décidés ?

Trois jours avant une éventuelle coupure partielle, Ecowatt, "la météo de l'électricité", aura émis un signal rouge, sans préciser les zones géographiques concernées. Cela signifiera que des coupures seront inévitables si les usagers ne baissent pas leur consommation. Les gestes de sobriété seront alors de mise, puisque "toute baisse de la consommation en jour J est susceptible de réduire la portée finale du délestage" , indique la circulaire.

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Il est possible de s'abonner aux alertes Ecowatt via l'application mobile, ou par SMS en s'inscrivant sur le site internet. Mais ce n'est pas le seul moyen : de nombreux médias, dont ceux du groupe Radio France, se sont, en effet, engagés à relayer ce signal. Nous sommes dans "une situation à risque, mais il ne faut pas considérer les coupures comme une fatalité, on sait les éviter", notamment grâce aux "écogestes", dit Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE.

Qui sera concerné ?

Il y a 39 millions d'abonnés à l'électricité en France, mais les coupures ne devraient concerner que 4 millions de clients simultanément. La Corse, relié au réseau électrique, n'est pas concernée. "On coupera des petites poches électriques, soit des morceaux de villes, soit des quartiers", explique Xavier Piechaczyk de RTE. Ce ne seront pas dans des départements entiers, ni plusieurs fois les mêmes abonnés. Dans ces zones, 14 000 sites ont été définis comme prioritaires et seront épargnés par les coupures : les gendarmeries, casernes de pompiers, commissariats, hôpitaux et sites sensibles. "Donc si vous viviez dans une poche avec ce type de client prioritaire vous ne serez pas coupés" , dit Xavier Piechaczyk.

Les acteurs publics et privés sont invités à faire le bilan des "répercussions d'éventuels délestages" et de vérifier le bon fonctionnement de leurs groupes électrogènes. La circulaire demande de faire particulièrement attention aux gestionnaires de services publics d’eau et d’assainissement, pour que de l'eau polluée ne soit pas rejetée dans les rivières.

Autres clients sensibles : les 3.800 patients hospitalisés à domicile, qui ont par exemple besoin d'un respirateur artificiel plus de 20 heures par jour. Les Agences régionales de santé sont invitées à les recenser dès à présent et à transmettre la liste à Enedis. L'opérateur devra alors informer ces clients trois jours avant une éventuelle coupure, et leur courant ne sera pas coupé. En cas de besoin, elles seront déplacées par les services de secours.

Les acteurs publics et privés sont invités à faire le bilan des "répercussions d'éventuels délestage" et de vérifier le bon fonctionnement de leurs groupes électrogènes. La circulaire demande de faire particulièrement attention aux gestionnaires de services publics d’eau et d’assainissement, pour que de l'eau polluée ne soit pas rejetée dans les rivières.

À quel moment de la journée auront lieu ces coupures ?

Si des coupures de courant sont décidées, elles interviendront pendant les jours de semaine, sur des plages comprises entre 8h et 13h et entre 18h et 20h, et ne dureront pas au-delà de deux heures. Le mois de janvier, souvent le plus rigoureux, est le plus à risque, puisque "cette mesure reste fortement liée à l’aléa climatique". La cellule interministérielle de crise travaille sur l'hypothèse que six à dix délestages seront nécessaires sur l'hiver.

Comment sera-t-on informé ?

Les clients concernés seront informés à 17h la veille. Ils pourront renseigner leur adresse sur le site "coupures-temporaires" d’ENEDIS pour savoir s'ils sont directement touché par ces délestages et à quelle heure. Cette carte sera susceptible d'être actualisée jusqu'à 21h30. Puis les "éventuels derniers ajustements ne seront visibles du grand public qu'à partir 6 heures du matin", précise la circulaire.

Quelles seront les conséquences ?

En cas de délestage, les écoles seront fermées une demi-journée, le matin ou l'après-midi, mais pour Matignon l'objectif est de pouvoir les accueillir à la cantine. Ces coupures donneront aussi lieu à d'éventuelles interruptions de trafic, sur les trains de banlieue, les métros ou tramway, "si des conditions nominales ne peuvent être garanties". Ils devront s'arrêter avant l'entrée en vigueur de la coupure.

Enfin il faudra qu'il y ait au moins une personne dans chaque mairie, pour "relayer l’alerte aux services de secours, de santé et de sécurité, pendant la durée du délestage et de la coupure éventuelle du réseau téléphonique".

Quid des appels d'urgence ?

La principale préoccupation du gouvernement est la communication pendant ces plages horaires. "Sauf exception, la téléphonie mobile et l’internet ne fonctionneront pas dans les zones privées d’électricité", indique la circulaire. Les numéros d'urgences (15,17,18,118,196) ne fonctionneront donc pas dans les zones touchées.

Il faudra donc privilégier absolument le 112, qui a plus de chance d'être acheminé car il attrape l'antenne relais la plus proche, quelque soit l'opérateur qui la détient. Mais il y aura forcément des trous dans la raquette, prévient sur France Inter Michel Combot, le directeur général de la Fédération française des Télécoms. "Dans les zones les moins denses, quand on coupe l'électricité dans certaines communes, il n'y a souvent qu'un seul pylône et les gens n'auront pas cette possibilité d'appeler les urgences".

"Le gouvernement travaille sur des cartes, pour qu'il y ait la plupart du temps une antenne relais en service près de chez vous, c'est le cas dans les territoires ruraux ", dit sur franceinfo Xavier Piechaczyk, le président du directoire du réseau RTE*.* Mais ce n'est pas simple. Michel Combo explique qu'il sera impossible d'amener un groupe électrogène au pied des pylônes concernés, car les opérateurs ne seront prévenus que quelques heures avant. Il pointe les "arbitrages du gouvernement", où c'est un "algorithme qui choisit" quelles zones seront coupées, et pas les opérateurs.

Face à ce risque de zones blanches, les préfectures devront encourager les habitants "à assurer une présence aux côtés d’une personne âgée ou vulnérable" et d'assurer une garde dans les commissariats, gendarmeries, les mairies, les centres de secours. L'État demande aussi aux autorités locales "de déployer une couverture radio dans les zones sans couverture (moyens satellitaires, dispositifs de l’ADRASEC, etc.)".

La circulaire précise que les lignes cuivre, avec prise téléphonique fonctionnelle en T, pourront être opérationnelles.