Après le retour de familles ukrainiennes dans leur pays, l'inquiétude en France de ceux qui les ont hébergées

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Après le retour de familles ukrainiennes dans leur pays, l'inquiétude en France de ceux qui les ont hébergées

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Anne a hébergé Sviatoslav, sa maman Alona et sa sœur Véronica pendant trois mois, près de Rambouillet
Anne a hébergé Sviatoslav, sa maman Alona et sa sœur Véronica pendant trois mois, près de Rambouillet
© AFP - Béatrice Dugué

Depuis cet été, 10.000 Ukrainiens venus en France pour fuir la guerre sont repartis dans leur pays. Pour les familles qui les ont hébergés, ce départ est parfois un déchirement. D'autant plus quand les bombardements russes reprennent.

Un grand vide, après des mois de vie commune. Depuis le début de l'été, des réfugiés ukrainiens venus en France pour fuir la guerre, commencent à repartir dans leur pays, la vie redevenant plus sûre dans la capitale Kiev et les villes du nord-ouest. Ils sont 10.000 à avoir entrepris le chemin retour, d'après les chiffres tirés des cartes désactivées d'allocation pour demandeurs d'asile et la baisse des renouvellements de protection temporaire.

Des départs qui bouleversent certaines familles accueillantes, comme celle d'Anne et son mari, à Gazeran, près de Rambouillet. En mars dernier, Alona est arrivée chez eux avec ses enfants Veronica, 13 ans, et Sviatoslav, 4 ans. Ils sont repartis fin juin. L'appel de leur pays et des leurs a été plus fort. Le papa soldat se languissait de sa famille. "Il la réclamait beaucoup", explique Anne. "Il ne comprenait pas qu'au moment où la guerre se calmait et où quelques familles rentraient, sa femme et ses enfants ne suivent pas le mouvement." Alona avait aussi à cœur de planter un jardin, pour pouvoir en récolter les légumes pour l'hiver.

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Des familles marquées pour toujours

Anne et son mari l'ont hébergée dans leur maison, au rez-de-chaussée, dans les anciennes chambres de leurs enfants - adultes aujourd'hui. Langue d'échange : l'anglais. Entre bricolage et cuisine, la jeune Ukrainienne a rendu service pendant que ses hôtes et leurs amis l'aidaient dans les tâches administratives et sociales. La maman a même laissé sa marque dans la cour. "Voilà l'espace qu'Alona a aménagé", montre Anne. La directrice d'école raconte que la jeune femme fumait beaucoup et qu'elle a donc bricolé avec des palettes des fauteuils et une table qui servent aujourd'hui de salon de jardin. "C'était un lieu de discussion."

Les deux enfants ont été scolarisés : Veronica au collège et Sviatoslav en maternelle. Pas facile, sans parler français. Mais c'est tout de même ce petit garçon plein de vie qui a fait le lien entre tous, par sa bonne humeur et sa volonté d'être actif. Il avait peur des avions quand il est arrivé et il a trouvé la paix dans cette famille d'accueil. Anne et son mari ont découvert des sentiments proches de ceux qu'éprouvent des grands-parents, protecteurs et conseillers.

L'inquiétude et le manque

Aujourd'hui, les nouvelles qui arrivent de la banlieue de Kiev se font plus rares, à cause des coupures d'électricité, et de cette guerre qui rattrape la capitale ukrainienne. Il y a quelques jours, des photos sont arrivées tout de même, par messagerie. On y voit Sviatoslav dormir avec des petits chatons puis cuisiner un gâteau pour son papa. De quoi rassurer un peu Anne et tous les voisins qui ont été solidaires pendant plus de trois mois.

Mais l'inquiétude est quand même là. Le regard d'Anne se pose sur une très jolie photo en noir et blanc de Sviatoslav. L'émotion affleure. Elle avoue que la fougue et la joie de vivre du petit garçon lui manquent. Savoir cette famille sous la menace des bombes ne la laisse pas tranquille. "Si encore j'étais sûre qu'ils sont en paix...", confie-t-elle, des sanglots dans la voix.