"Armageddon Time" : Qu'a pensé Le Masque de ce récit intime de James Gray ?

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"Armageddon Time" : Qu'a pensé Le Masque de ce récit intime de James Gray ?

Par
Anthony Hopkins et Banks Repeta dans "Armageddon Time" de James Gray, 2022
Anthony Hopkins et Banks Repeta dans "Armageddon Time" de James Gray, 2022
- Focus Features, LLC.

Après "Ad Astra", James Gray présente un récit autobiographique, dans lequel il retrace l'amitié brisée avec un jeune adolescent noir dans les années 1980, durant l'ère Reagan. La plupart des critiques du Masque saluent un film d'une très grande intelligence.

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un film en partenariat avec France Inter. C'est le film le plus personnel de James Gray, qui était en compétition officielle à Cannes, d'où il est reparti bredouille. Le cinéaste de "Little Odessa" raconte son enfance dans le Queens, à New York, au début des années 1980. Joué par le jeune Banks Repeta, dont les parents sont interprétés par Anne Hathaway et Jeremy Strong, et le grand-père ashkénaze, très touchant Anthony Hopkins. Âgé de 11 ans, ce garçon rêve de devenir dessinateur de BD, et se lie d'amitié avec un camarade noir mis au ban de l'école publique. Le voici séparé de son copain ; et envoyé dans un coûteux collège privé administré par Fred Trump, le père du futur président Donald Trump.

C'est d'une mélancolie qu'on ne connaissait pas vraiment à James Gray, et filmé dans une très belle lumière de Darius Khondji. C'est un film émouvant, touchant et, en même temps, j'ai trouvé la presse autour de ce film un peu excessivement laudative.

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Pierre Murat extrêmement déçu par "une mélancolie tiède"

D'autant plus déçu que, pour le critique de la revue Télérama, James Gray est l'un des plus grands cinéastes actuels. Mais, après son dernier film de science-fiction "Ad Astra" qu'il avait trouvé magique, celui-ci est une erreur de parcours : "Sans doute a-t-il cédé à cette mode de l'autobiographie, qui le rend ici extrêmement banal. Si c'est pour nous dire que l'Amérique de Reagan était raciste anti-noir : on n'a pas attendu James Gray pour le savoir ! Il évoque une période où les Juifs étaient particulièrement maltraités. Qu'il le rappelle pourquoi pas, mais c'est ponctué par une mollesse qu'on ne connaissait pas chez James Gray, une espèce de mélancolie tiède remplie de clichés.

Sans compter qu'il a choisi, comme héros, un petit gamin, une véritable tête à claques. Si ce n'était pas signé James Gray, ça n'aurait aucun intérêt".

Nicolas Schaller bouleversé par "une profondeur mélancolique très subtile"

Le journaliste de L'Obs tombe des nues après avoir écouté la critique de son confrère de Télérama tant il a été, lui, bouleversé par ce récit d'apprentissage, toujours emprunt de cette grande subtilité et mélancolie propre au cinéaste : si, effectivement le personnage du jeune acteur Banks Repeta a parfois des moments tête à claques, il inspire une étrangeté, et un côté un peu rêveur formidable. Quant à ce qu'on peut percevoir comme étant des clichés, ce n'est que de la subtilité ! Le film est d'une netteté si caractéristique de James Gray. Très simple en apparence, ce récit d'apprentissage est très beau, avec des discours presque sentencieux des parents envers ce gamin de 11 ans (envers lui-même) à l'époque, dont il arrive à mixer le regard enfantin avec la mélancolie de l'homme qu'il est aujourd'hui.

Depuis que je l'ai revu une seconde fois, le film ne cesse de me hanter par sa profondeur mélancolique".

Charlotte Lipinska salue en James Gray "un incroyable portraitiste"

La critique de Vogue l'a trouvé très beau dans la manière que James Gray a de retranscrire la réalité entre deux univers différents que sont celui de ce jeune garçon et l'amitié fragile qu'il entretient avec ce jeune garçon afro-américain, et de ses parents : "Il y a le contexte politique et social de l'ère Reagan avec ce racisme systémique. Et puis, à plus petite échelle, celle de l'intime et du familial. C'est un portraitiste incroyable, qu'il s'agisse des deux parents, avec le père un peu dépassé, la mère qui a beaucoup d'ambition pour son fils et le grand-père qui a cette sagesse de l'homme rescapé qui en a vu d'autres. Et puis ensuite, ce petit garçon qui circule, mue par une amitié brisée avec son copain.

Un film qui repose sur une relation amicale beaucoup plus fragile que dans "Close" de Lucas Dhont. Un film bouleversant et beaucoup plus amère, lucide que mélancolique".

Jean-Marc Lalanne ému par un film d'une très grande intelligence et précision

Si sur l'échelle du cinéma de James Gray - qui est aussi pour le critique des Inrockuptiubles l'un de ses cinéastes américains préférés - ce n'est peut-être pas son plus grand film, il admet que ça reste quand même un très bel opus : "Un film très intelligent sur la question du racisme, dans la façon qu'il a de montrer qu'une famille qui n'est pas raciste malgré tout, qui reconduit de la discrimination par lâcheté, parce qu'elle se réfugie derrière ses privilèges de blancs. C'est extrêmement bien fait.

Quant à la naissance de la culpabilité, de la honte, le film est très profond, et très habité dans cette façon de reconstituer l'Amérique de son enfance. Il faut dire qu'il y a assez peu de films qui reconstituent l'enfance de son cinéaste, où il y a aussi peu d'attendrissement. Là, il y a vraiment une dureté dans la manière dont il regarde son enfance. C'est le contraire de "Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson, c'est un film qui n'est pas réalisé la larme à l'œil devant un émerveillement de retrouver le passé. C'est un film très dur et très intelligent. La mise en scène est à la fois classique, mais d'une fermeté, d'une précision sans pareille.

Le film

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"Armageddon Time" de James Gray

7 min

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