Publicité

Armel Le Cléac’h : une Route du Rhum à blanc jusqu’en Guadeloupe

Par
Armel Le Cléac'h est à la manœuvre sur son maxi-trimaran au large des Saintes en Guadeloupe
Armel Le Cléac'h est à la manœuvre sur son maxi-trimaran au large des Saintes en Guadeloupe
© Radio France - Jérôme Val

Le départ de la Route du Rhum sera donné le 6 novembre depuis Saint-Malo mais les 138 marins inscrits l’ont déjà en tête, comme Armel Le Cléac’h. Pour se préparer, le navigateur, l'un des favoris, a fait un choix original : une reconnaissance du parcours jusqu’en Guadeloupe. France Inter y était.

Le maxi-trimaran d’Armel Le Cléac’h file à vive allure dans un alizé pourtant peu soutenu. Ce matin-là, la mer d’un bleu étincelant est à peine déformée par la houle. "On est en Guadeloupe, à l’approche du canal des Saintes", observe le navigateur. "C’est quasiment le dernier tronçon de la Route du Rhum ici, les derniers kilomètres avant la ligne d’arrivée." A tribord, à notre gauche, le sommet du volcan de la Soufrière est invisible, enserré comme bien souvent dans un épais nuage gris.

"C'est comme une équipe cycliste qui fait la reconaissance d'un col avant le Tour de France"

Publicité

La tête en dehors de l’habitacle de son bateau, le regard fixé sur l’horizon ou sur ses nombreux écrans à bord, Armel Le Cléac’h ne ménage pas sa monture. "On a fait un petite pointe à 39 nœuds (75 km/h environ), c’est pas mal, sourit-il. Pour un bateau à voile, c’est bien, avec un vent à 17 nœuds. On avance à 2 fois la vitesse du vent, c’est plutôt sympathique comme conditions et comme sensations."

Final de la Route du Rhum, la Guadeloupe recèle de nombreux pièges et en venant aux Antielles, Armel Le Cléac'h n'a rien voulu laisser au hasard.
Final de la Route du Rhum, la Guadeloupe recèle de nombreux pièges et en venant aux Antielles, Armel Le Cléac'h n'a rien voulu laisser au hasard.
© Radio France - Jérôme Val

Dans le cockpit où les manœuvres se font, dans une chaleur moite étouffante, parfois à la limite du supportable, une partie de son équipe règle tous les paramètres de la navigation : quelles voiles utiliser, quelle position pour les foils, ces ailes qui permettent au bateau de voler. Les instructions fusent, les manivelles tournent à plein régime. "C’est ok pour nous", annonce l’un des équipiers tandis que le directeur technique a les yeux rivés sur un écran.

Pas de doute : le maxi-trimaran Banque Populaire XI, mis à l’eau il y a un peu plus d’un an (le 27 avril 2021) est bien en configuration course. Et c’est le but de l’exercice : faire la Route du Rhum à blanc jusqu’au bout. "C’est comme une équipe cycliste qui va aller faire la reconnaissance d’un col avant un Tour de France", raconte Armel Le Cléac’h. "C’est aussi l’occasion de revoir les pièges autour de la Guadeloupe. Il y a beaucoup de casiers de pêcheurs, pas mal de grains, des petites choses qu’il faudra prendre en compte. Et c’était bien de faire une piqûre de rappel à quelques mois du grand départ."

La Guadeloupe, là où se joue très souvent la Route du Rhum

Partis de leur camp de base à Lorient, le skipper et son équipe sont arrivés dans la marina de Pointe-à-Pitre le 12 mai après moins de huit jours de traversée. Une première transat en faux solo comme on dit en langage marin : Armel Le Cléac’h n’est certes pas seul mais il fait toutes les manœuvres, sans l’assistance de ses camarades.

Il y a 4 ans, lors de la précédente édition, Armel Le Cléac'h avait été victime d'un chavirage : un souvenir qu'il compte bien effacer cette année.
Il y a 4 ans, lors de la précédente édition, Armel Le Cléac'h avait été victime d'un chavirage : un souvenir qu'il compte bien effacer cette année.
© Radio France - Jérôme Val

Ils ont ensuite profité de cette halte pour effectuer plusieurs sorties dans l’archipel, pour ne rien laisser au hasard. "C’est la démarche que l’on aimerait tous avoir", se réjouit Sébastien Josse, skipper remplaçant dans l’équipe Banque Populaire et qui a effectué la traversée de l’Atlantique à bord du maxi-trimaran. "Beaucoup n’arrivent pas à le faire car on est rattrapés par le quotidien."

Et parmi les éléments qui seront déterminants à l’approche de l’arc antillais : la météo. "On peut rester coller dans le dévent quand par exemple le relief coupe le vent, on peut avoir un grain qui monte à 40 nœuds (80 km/h environ)", analyse Sébastien Josse. "Ce tour de l’île est déterminant et c’est peut-être la partie du parcours la plus sollicitante de la Route du Rhum. Il y a beaucoup de manœuvres à enchaîner. Si on arrive de jour ou de nuit, ce n’est pas du tout la même approche. C’est vraiment de la micro-météo et tout peut arriver."

Armel Le Cléac'h est le seul concurrent de la Route du Rhum à avoir choisi de faire le parcours à blanc jusqu'aux Antilles
Armel Le Cléac'h est le seul concurrent de la Route du Rhum à avoir choisi de faire le parcours à blanc jusqu'aux Antilles
© Radio France - Jérôme Val

Armel Le Cléac’h est le seul concurrent à avoir poussé cette préparation aussi loin. Un choix qu’il espère gagnant après son chavirage il y a quatre ans, lors de la précédente Route du Rhum. "C’est sûr que chacun a choisi différentes options pour se préparer. Nous, on a voulu reconnaître le parcours de la Route du Rhum, traverser deux fois l’Atlantique. On a cette ambition de bien faire, d’être bien préparés. On sait d’où on vient, on a vécu une année 2018 très compliquée avec la perte d’un bateau. La Route du Rhum reste une course très difficile, une course de légende et elle porte bien son nom."

Armel Le Cléac’h est reparti le 21 mai dans l’autre sens avec cinq autres équipiers à bord qui débarqueront aux Açores. Pour la première fois depuis la mise à l’eau de ce géant des mers de 32 mètres de long, le marin originaire de Saint-Pol-de-Léon sera seul aux commandes. Il devrait rallier Lorient en trois jours.