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Arnaud Jérald, recordman du monde d'apnée : "On est encore loin de nos limites"

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Arnaud Jérald, qui vient d'atteindre un record du monde, se prépare pour les championnats du monde
Arnaud Jérald, qui vient d'atteindre un record du monde, se prépare pour les championnats du monde
- Arnaud Jérald

Nouvelle star de l’apnée, le Marseillais Arnaud Jérald a battu en août le record du monde en poids constant avec bipalme, en descendant à la seule force de ses jambes à 120 mètres. Une performance qu'il veut confirmer à l’occasion des championnats du monde qui démarrent en Turquie.

À 26 ans, Arnaud Jérald repousse les limites, mètre après mètre. En août, il a battu deux fois le record du monde : 119 mètres et 4 jours plus tard, il atteint la profondeur de 120 mètres dans les eaux des Bahamas. Ce Marseillais a découvert l’apnée, enfant, avec son père dans les Calanques. Aujourd’hui, il estime que le corps humain n'a pas encore atteint ses limites.

FRANCE INTER : Pour ces championnats du monde, quelle est votre priorité : un deuxième titre mondial ou un nouveau record ?

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ARNAUD JÉRALD : "Dans ces championnats, on n'a qu'une seule plongée, on n'a qu'une chance de bien performer. C'est beaucoup plus stratégique. L'idée, ce n'est pas forcément de faire un record, mais d’être sur la première place du podium. Si je sais que mes concurrents n'ont pas fait plus de 100 mètres sur leur entraînement et qu’ils n'arriveront pas à faire plus, il n'y aura pas de logique pour moi que j'annonce 120 mètres. J'essaye de m'adapter à la concurrence pour me mettre au-dessus du lot."

Ce n’est donc pas le bon moment pour une chasse aux records ?

"Exactement. On arrive en fin de saison, je veux avant tout faire une belle plongée avec du plaisir, avec un beau résultat."

Vous avez battu coup sur coup deux records en quelques jours. Comment vous sentiez-vous à ce moment-là ?

"119 mètres, je l'avais fait plusieurs fois. Je l'avais même fait l'année dernière à l'entraînement. Je savais que je n'avais plus qu'à le confirmer cette année. Je suis sorti de l'eau et je savais, avec toute l'analyse de ma plongée, que tous les feux étaient au vert. Sauf que le record du monde à 120 mètres, c'est la performance ultime. C'est quelque chose que personne n'a jamais fait. C'est vraiment l'exploration mais je me suis dit que je pouvais passer cette barre mythique.

On a eu la barre des 100 mètres avec Jacques Mayol et aujourd'hui 120 mètres dans notre discipline, on ne pensait pas que c'était possible. Parce que c'est une discipline très physique où il faut avoir beaucoup d'expérience et des cuisses."

"Passer de 119 à 120 mètres, cela avait un côté très symbolique"
"Passer de 119 à 120 mètres, cela avait un côté très symbolique"
- Arnaud Jérald

Passer de 119 à 120 mètres, qu'est-ce que ça change ? On peut se dire que ce n’est pas énorme mais un mètre de plus sous l’eau, on imagine que les contraintes sont démultipliées...

"Physiquement, ça ne change pas grand-chose. Ça rajoute un tout petit peu plus de temps. Ça peut rajouter cinq ou six secondes. Mais le plus important, c'est la part mentale. Ça veut dire qu’à cette profondeur, 120 mètres, on est dans quelque chose où personne n'est passé. Avec mon record, on a passé une nouvelle étape, comme en altitude avec la barre des 8000 mètres, la zone de mort. Là, il y avait un côté très symbolique."

Avec les contraintes sur le corps, a-t-on atteint le point de rupture ou pas ?

"Non, non, loin de là. Parce qu'au final, après avoir réussi à plonger, après avoir vu les vidéos et ce que j'ai ressenti, on est encore loin de nos limites. Les contraintes sont énormes bien sûr. Mais l'entraînement que je mets en place est aussi équivalent. Donc ça me permet à mon corps d'absorber des dépressions comme ça, sans pour autant créer de traumatismes ou autre. À cette profondeur, on se sent comprimé, mais ce n'est pas désagréable. Il n'y a aucune sensation de douleur ou d'oppression ou d'envie de respirer. En fait, c'est ça qui me permet de continuer à avancer. Mon sport ne comprend pas de moments ingrats, comme dans la natation ou d’autres sports qui, à un moment, peuvent taper sur le système."

Il y a une autre barre symbolique, celle des 130 mètres. Vous parait-elle atteignable à plus ou moins long terme ?

"Quand par exemple, j'étais à 112 mètres, je me disais déjà que c'était profond. Là, aujourd'hui, on est à 120 et à 120, j'ai appris beaucoup de choses. Au final, les profondeurs ne sont plus du tout pareil. Je ne sais pas si ça sera accessible. Je ne peux pas m’imaginer ce que ça veut dire. C'est ça qui est rigolo, c'est que d'une profondeur à l'autre, c'est très compliqué d'imaginer ce qu’il y a plus bas. C'est vraiment plus du tout le même environnement. C'est le jour et la nuit."