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"Assemblées" : Clémentine Autain ne remporte pas la majorité des voix du "Masque & la Plume"

Couverture de "Assemblées" le premier roman de Clémentine Autain (2022)
Couverture de "Assemblées" le premier roman de Clémentine Autain (2022)
- Éditions Grasset

Dans son tout premier roman, la députée interroge les rapports de pouvoir en politique et comment s'expriment les violences sexistes et sexuelle dans le milieu, à travers trois personnages féminins. Le livre est très loin d'avoir fait l'unanimité chez "Le Masque & la Plume".

Le roman présenté par Jérôme Garcin

La députée a été réélue en juin dans la 11ᵉ circonscription de la Seine-Saint-Denis, avec 100 % des suffrages exprimés. Pourquoi ce titre "Assemblées" au pluriel ? Parce que trois femmes y sont assemblées par une fascination commune et amoureuse pour le même homme, Antoine Paulin, député quadragénaire et "figure médiatique du parti de gouvernement qui est de cette catégorie d'hommes qui embellissent en vieillissant". Les trois femmes sont Estelle, sa femme, Jeanne, une assistante parlementaire militante féministe et sa maîtresse occasionnelle, puis Lila, célibataire, transfuge de classes universitaires de gauche, économiste atterrée qui a le sentiment de se trahir en s'engageant dans une aventure avec lui.

Le roman se déroule à un moment où l'Assemblée nationale est confrontée au cas d'un député accusé de harcèlement conjugal et à l'heure de #MeToo. En épigraphe, Clémentine Autain a placé ce mot de la philosophe Manon Garcia : "Je voudrais que l'on prenne au sérieux la soumission qui est en chacun de nous".

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"Un livre hyper girly" selon Arnaud Viviant

Selon le critique de la revue "Transfuge", la députée insoumise livre un regard assez intéressant sur les rapports de pouvoir entre femmes et hommes en politique :

"Alors certes, ce n'est pas Churchill, elle n'aura pas le prix Nobel de littérature contrairement à lui, mais toutes choses restant égales, c'est quand même beaucoup mieux que les romans de Valéry Giscard d'Estaing.

Elle parle de quelque chose qu'elle connaît bien, l'Assemblée nationale, où elle a travaillé pendant cinq ans. L'affaire du député accusé d'agression sexuelle envers son épouse est totalement vraie. Elle raconte d'ailleurs quelque chose qui avait déjà été un peu raconté par Aurélie Filippetti dans "Les Idéaux" (qui avait un côté plus littéraire que celui de Clémentine Autain).

Ce qui est bien, c'est que c'est cette Clémentine Autain que tout le monde voit à la télévision, qui écrit un livre hyper "girly", qui interroge le rapport entre l'amour et le pouvoir… là-dessus, elle fait quelque chose qui est à la fois léger, très documenté sur les rapports de pouvoir en politique à l'heure de #MeToo".

Olivia de Lamberterie a vite déchanté…

Si l'intention de départ a convaincu Olivia dans le fait que l'auteure réfléchisse à tout ce que le sexisme, y compris du point de vue des rapports au pouvoir en politique, a d'horrifiant, cela n'a pas duré : "Dès la seconde page, de nombreuses phrases m'ont fait déchanter…

"Au dessert, Lila se surprit à penser qu'Antoine Paulin devait être un amant hors pair". Là je me suis dit que ça allait être un truc un peu "girly", mais enfin à la limite une insoumise avec un affreux capitaliste, pourquoi pas. Sauf que le roman, ce n'est pas du tout ça, c'est trois gourdes qui tombent amoureuses d'un abruti, et qui pensent que pour séduire un homme, il faut choisir un soutien-gorge… Ce n'est pas possible. Puis des phrases sur le soutien-gorge qui n'ont aucun sens.

Ou encore durant une séance d'épilation où un des personnages se rappelle soudainement qu'elle est féministe insoumise, que l'épilation c'est un peu barbare et qu'elle ne devrait pas y céder… Puis vient cette grande phrase : "Ce qui la tient, c'est l'intuition qu'Antoine aime les femmes aux pubis bien rangés". Bon…

Plus loin, cette autre phrase encore plus géniale : "Allongée dans la cabine d'épilation, Lila tombe nez à nez avec la peau d'orange qui recouvre le haut de ses cuisses"… On conviendra tous que tomber nez à nez avec ses cuisses quand on est allongés, c'est difficile…

On a l'impression que c'est directement du producteur au consommateur sans passer par la case éditeur-correcteur".

Frédéric Beigbeder se demande si ce livre n'est pas une mauvaise blague…

Pour le critique du "Figaro magazine", ce livre tombe vraiment mal, sa forme est embarrassante et il espère que ce n'est pas elle qui l'a écrit : "Elle a des qualités d'écrivain, mais c'est d'autant plus surprenant que ce livre-là soit publié. C'est une publication qui tombe en plus très mal, alors que la NUPES vient d'entrer à l'Assemblée nationale. C'est presque pire que si on l'avait accusée d'avoir une femme de ménage sans papiers…"

Pour Elisabeth Philippe, c'est "un livre catastrophique" qui fait défaut au féminisme de son auteure

Si la critique de "L'Obs" reconnaît avoir beaucoup de respect pour le combat féministe de la députée, comme toutes les idées qu'elle défend dans le livre, elle déplore les moyens que l'auteure utilise pour défendre ce féminisme, qui ne fonctionnent malheureusement pas du tout : "C'est catastrophique. Si l'on fait appel au test de Bechdel-Wallace - censé révéler si une œuvre est véritablement féministe - le livre peine à remplir les trois critères requis selon lesquels il faut qu'il y ait au moins deux personnages féminins nommés ; que ces deux femmes parlent entre elles ; et qu'elles parlent d'autre chose que d'un homme. Le problème ici, c'est que ces trois femmes n'ont qu'une obsession, c'est ce fameux Antoine Paulin… C'est embarrassant pour une femme comme Clémentine Autain, qui est une militante féministe de longue date… On ne peut plus représenter des personnages féminins comme cela, ce n'est pas possible !

Sans compter que tout est plat et au premier degré, donc on peine à ressentir la dénonciation".

Le livre

Écouter l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Assemblées" de Clémentine Autain

12 min

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