La pédagogie de la présidente et la menace d'Abrini au premier jour du procès des attentats de Bruxelles

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La pédagogie de la présidente et la menace d'Abrini au premier jour du procès des attentats de Bruxelles

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La salle d'audience du procès des attentats de Bruxelles
La salle d'audience du procès des attentats de Bruxelles
© AFP - Benoit DOPPAGNE / BELGA / POOL

Effort de pédagogie, dénonciation des conditions de transfert et appel des parties civiles pour l’ouverture du procès des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles. Dix accusés sont jugés pour ces attaques qui ont fait 32 morts et des centaines de blessés à l’aéroport de Zaventem et dans le métro.

On est loin du centre ville de Bruxelles et de son palais de justice - le plus grand d’Europe parait-il. C’est dans la banlieue nord de la capitale belge, dans les locaux de l’ancien quartier général de l’Otan, que les autorités belges ont implanté la salle d’audience (et les huit salles de retransmission) où, sept mois durant, sont jugés dix hommes pour les attentats du 22 mars 2016.

Une fois franchis les différents points de sécurité, voici alors la salle d’audience, son immense box vitré, ce box entièrement reconstruit après que la présidente a accédé à la demande de la défense de supprimer les parois de verre qui isolaient les accusés les uns des autres. Face à ce box, à quelques mètres à peine, les trois rangées de sièges sur lesquels les jurés populaires prennent place. Ces 36 hommes et femmes, citoyens belges tirés au sort pour constituer le jury et ses suppléants.

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La présidente aux jurés : "Faites votre devoir citoyen"

Enfin : 36 initialement, car ils ne sont plus que 34, deux suppléants manquent déjà à l’appel en ce premier jour d’audience. "Je vous remercie, vous faites votre devoir citoyen. Je sais que ça bouleverse vos vies privées, familiales, professionnelles et sociales", salue la présidente à l’ouverture du procès. La présidente qui, d’un ton presque maternel et dans une volonté manifeste de pédagogie, s’emploie à expliquer le déroulé et les enjeux du procès.

Depuis votre prestation de serment, vous êtes devenus juges. Nous sommes une équipe et nous sommes des juges non seulement objectifs, mais aussi impartiaux. Nous ne sommes pas dans une société de vengeance. Quels que soient les faits commis.” Certains jurés notent consciencieusement. Il faut dire que la présidente s’est assurée qu’ils disposent “d’un cahier et d’un Bic”. “Je vous conseille de prendre des notes, beaucoup de notes. Sinon vous risquez d'être paumés, comme on dit".

"Je prends sur moi pour être là"

Mais voilà qu’à l’extrémité gauche du box, Mohamed Abrini se lève. “J’aimerais adresser quelques mots à la cour, s’il vous plait, sur un sujet très préoccupant, voire hautement préjudiciable.” Mohamed Abrini, également surnommé l’homme au chapeau de l’aéroport de Zaventem, est l’un des principaux accusés de ce procès puisque, à l’instar de l’accusé Ossama Krayem, il devait faire partie des commandos terroristes mais a renoncé, in extremis, à déclencher sa charge explosive. “Vous dites qu’il n’y a pas de vengeance dans notre État”. Mais cela fait sept ans qu’on subit votre vengeance.”

Et Mohamed Abrini de dénoncer les conditions de transfert depuis la prison haute sécurité de Haren, cet établissement pénitentiaire flambant neuf situé à quelques encablures de la salle d’audience dans lequel l’ensemble des accusés ont été rassemblés pour la durée du procès : fouilles à nu, musique sur les oreilles, bandeau occultant sur les yeux, lourd gilet enfilé. “Si on doit encore subir pareilles humiliations, je ne répondrai à aucune question. Je prends sur moi pour être là, mais ce n’est pas normal tout cela”, prévient Mohamed Abrini.

"Est-ce que les conditions sont dignes ?"

Pour la défense des autres accusés, plusieurs avocats lui emboîtent le pas. “Tous les matins, les escortes se livrent à l’inspection quotidien des plis de l’anus de mon client”, tonne l’avocat d’Ali El Haddad Asufi, Me Jonathan de Taye. “Est-ce que ce sont des conditions qui sont dignes ? Au procès du 13 novembre, les autorités françaises ont fait en sorte que cela se passe bien. Et cela a même libéré la parole de certains, notamment Salah Abdeslam.

Salah Abdeslam qui, à l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015 il y a un peu plus d’un an, avait revendiqué avoir “délaissé toute profession pour devenir un combattant de l’Etat islamique”, s’est contenté cette fois-ci d’une présentation bien plus sobre : “Salah Abdeslam, 33 ans, électromécanicien”.