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Au lycée, des ateliers pour briser le tabou des règles et lutter contre la précarité menstruelle

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Lors de ces ateliers sur l'hygiène menstruelle, les avantages et inconvénients des différents mode de protection hygiénique sont présentés
Lors de ces ateliers sur l'hygiène menstruelle, les avantages et inconvénients des différents mode de protection hygiénique sont présentés
© AFP - Annette Riedl

A l'occasion de la journée de l'hygiène menstruelle, le 28 mai, l'association "Règles élémentaires" lance son premier festival "Sang gène" pour déconstruire les tabous autour de la question des règles. Une action qu'elle mène toute l'année dans les établissements scolaires.

Ils sont 19 lycéens de Terminale ST2S du lycée Sadi Carnot-Jean Bertin de Saumur réunis autour de Florence Lépine, l'animatrice de l'association Règles élémentaires qui propose l'atelier. C'est leur professeure de Sciences-médico-sociales qui a organisé la rencontre. Un an qu'elle les fait travailler sur la précarité menstruelle jusqu'à organiser dans leur établissement une collecte. A priori, ils sont donc déjà avertis et pourtant, "même si, selon eux, ce n'est pas tabou dans leur entourage, au sein de leur famille, parmi leurs amis, on se rend compte qu'il y a certains tabous qui sont persistants. Il y a toujours cette question liée à la honte, à la saleté et que les règles, ça pue. Et il y a également des croyances ou des superstitions. Comme on ne peut pas faire monter une mayonnaise quand on a ses règles, ou que les règles, ça attire les requins. Il y a quand même plein de choses qui restent à déconstruire." constate l'animatrice.

Pour déconstruire ces tabous et idées reçues, elle va donc reprendre les choses à la base en commençant par expliquer comment fonctionne le cycle féminin. Elle va aussi les faire réfléchir à la notion de tabou en constatant par exemple que dans le langage courant, il est rare que le mot "règles" soit utilisé. "On parle des ragnagnas, on dit que les Anglais ont débarqué, que c'est les chutes du Niagara, qu'on est dans la zone rouge, que le nez du clown saigne... tout un tas d'expression qui invisibilise les règles", décrit Florence Lépine. "Il existe 5000 expressions différentes dans le monde pour ne pas dire règles. C'est comme les pubs avec le liquide bleu à la place du sang sur les serviettes hygiéniques. Il a fallu attendre 2018 pour qu'une marque s'autorise à montrer un liquide rouge."

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Six ans de règles dans la vie d'une femme

L'animatrice de Règles élémentaires fait circuler les différentes protections qui existent actuellement dans le commerce, serviettes hygiéniques jetables, tampon avec ou sans applicateur, cup menstruelle et culotte de règles. Elle rappelle que les trois premiers ne doivent pas être utilisés plus de 4 heures alors que la dernière peut être gardée toute la journée, jusqu'à 12 heures d'affilées.

Florence Lépine de Règles élémentaires intervient dans les classes de collège et de lycée et bientôt en cours élémentaire
Florence Lépine de Règles élémentaires intervient dans les classes de collège et de lycée et bientôt en cours élémentaire
- Laury Gaube

Florence Lépine donne aussi des repères chiffrés aux jeunes qui sont face à elle : 12,5 ans, l'âge moyen des premières règles pour les jeunes filles en France, 5 jours pour la durée moyenne des règles, 51 ans, l'âge moyen de la ménopause. 2250 jours de règles dans la vie d'une femme. L'équivalent d'une tasse à café de sang perdu par cycle. 45 millions de déchets de protections périodiques produits chaque année. 500 millions de femmes dans le monde qui n'ont pas les moyens de se procurer régulièrement ces protections et qui les remplacent par des torchons, du papier toilette, de la paille ou des bouteilles en plastique coupées en guise de cup.

La précarité menstruelle au coeur de leurs préoccupations

Plus aucun jeune ne ricane. Tous se rendent compte de l'importance de l'action qu'ils ont mené avec la collecte qu'ils ont organisée depuis quelques semaines. "Je ne pensais pas que ça coûtait aussi cher" s'afflige Lucas. "C'est énorme par rapport à une vie", renchérit Lilou. "Tout le monde ne peut pas s'en procurer tous les mois. C'est compliqué", constate Romain. Les filles éclatent de rire : "On a déjà parlé de ça, ils ne se rendent pas compte. Ils ne sont pas eux-mêmes concernés par les règles. C'est beaucoup de personnes qui sont dans ce cas là. Donc je pense que c'est vraiment intéressant ces ateliers pour les gars," remarque Lola.

Avec Alicia, Déborah et Camille, la conversation embraille sur la question du tabou : "C'est vrai que c'est intéressant de parler avec des hommes pour leur faire comprendre que c'est pas facile tous les jours. Pour moi, c'est pas du tout un sujet tabou. Que ce soit avec des hommes ou avec des femmes, ça ne me dérange pas d'en parler. Mais c'est vrai qu'il y a des professeurs qui en parlent pas. Souvent, c'est des hommes parce qu'ils ne savent pas trop quoi faire ou quoi dire, ou peut être pour éviter d'intimider les filles qui ont ce problème." "Moi, je sais que dans ma famille, j'ai de la chance. C'est très ouvert là-dessus et on ne considère pas ça comme un tabou. Mais je vois que ce n'est pas le cas dans certaines famille, quand j'en parle avec des copines. Elles n'en parlent pas, et encore moins avec le papa, par exemple. Le chemin est encore long."

Avec l'anonymat, la parole se libère encore plus

Vient enfin la séance de questions anonymes. De nouveaux sujets apparaissent, comme celui de la couleur des règles, de la normalité du cycle et, comme à chaque atelier, de la sexualité pendant les règles. Florence Lépine répond aux questions et rassure. "Parfois, c'est plus facile que ce soit une personne extérieure qui vienne s'emparer de ce sujet. Parce que les élèves ne nous connaissent pas forcément, je pense qu'il y a plus de liberté. Ils savent qu'on va être là seulement une heure à une heure et demie, que c'est le moment où ils vont pouvoir poser des questions, toutes les questions qu'ils souhaitent."

Le message porté par Règles élémentaires passe d'autant mieux qu'il est concret pour ces jeunes. En France, chaque année, 130 000 élèves ratent les cours à cause de leurs règles.

"Sang Gène", le festival qui change les règles, les 27, 28 et 29 mai à Paris. Plus d'informations sur le site du festival.