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Au procès Bygmalion, Bastien Millot, patron de la société, se défausse de toute responsabilité

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Bastien Millot, à l'époque patron de Bygmalion, est aujourd'hui avocat à Marseille.
Bastien Millot, à l'époque patron de Bygmalion, est aujourd'hui avocat à Marseille.
© AFP - Thomas COEX

Interrogé ce vendredi par le tribunal, le président de Bygmalion a nié avoir été informé de la mise en place d'un système de fausses factures pour masquer l'explosion des dépenses liées aux meetings du candidat Sarkozy en 2012.

Nul doute que Bastien Millot aura passé des heures particulièrement pénibles, cette semaine, sur le banc des prévenus de la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Comme treize autres personnes – dont Nicolas Sarkozy, absent à l'audience – le président de la société Bygmalion est jugé dans l'affaire des comptes de campagne du candidat Sarkozy en 2012, avec la mise en place d'un système de fausses factures destiné à masquer le dépassement du plafond autorisé. 

Une implication affirmée par les autres membres de Bygmalion

Toute la semaine, le "camp" Bygmalion a défilé à la barre : à commencer par Franck Attal, le maître d'orchestre de la quarantaine de meetings donnés par Nicolas Sarkozy. Le tribunal a également entendu son supérieur hiérarchique, Sébastien Borivent, et Guy Alvès, directeur général de Bygmalion. 

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Tous les trois reconnaissent l'existence de ce système de "ventilation", permettant de facturer sur des conventions, parfois fictives, de l'UMP, des prestations liées à la campagne du président-candidat. Tous les trois assurent également que le patron de Bygmalion était au courant. Qu'une telle décision, au vu de ses conséquences potentielles, n'aurait pu être prise sans son accord. Interrogé par le tribunal, Sébastien Borivent a ainsi raconté avoir informé Bastien Millot, lors d'un point qui aurait duré une poignée de minutes. Sans attendre, celui-ci aurait donné son feu vert.

"Suicide professionnel"

Quand vient son interrogatoire, ce vendredi, le patron de Bygmalion – aujourd'hui avocat à Marseille – raconte l'entretien d'une autre manière. "Sébastien Borivent m'a dit qu'on nous demandait que l'UMP soit le destinataire des factures de Nicolas Sarkozy. J'ai répondu que je n'y voyais pas d'inconvénient, dans la mesure où un parti politique peut tout à fait prendre en charge les dépenses d'un candidat. Jamais nous n'avons évoqué un système de double facturation !", jure-t-il. "Ça aurait été un suicide professionnel". Il n'aurait ainsi appris l'existence de la fraude qu'en 2014, avec les révélations paruesdans la presse. 

L'ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé minimise son autorité au sein de Bygmalion, vantant son système de co-présidence avec Guy Alvès. "Cette société, c'était une aventure collective", souligne-t-il, précisant qu'il ne s'occupait pas de l'événementiel.

Un contentieux avec Nicolas Sarkozy

Il met aussi à distance la campagne de Nicolas Sarkozy, dont il n'a surtout pas voulu se mêler en raison d'un contentieux avec le président de la République : son entourage l'aurait un temps soupçonné d'avoir diffusé des photos du nouveau compagnon de Cécilia Sarkozy. 

La présidente l'interroge sur le seul de ses mails de l'époque retrouvé par les enquêteurs, daté du 24 avril 2012. Bastien Millot demande à ses collaborateurs de lui fournir tous les devis des meetings de Nicolas Sarkozy, afin "d'avoir une visibilité précise des prestations effectuées dans le cadre de la campagne et de s'assurer de la plus grande rigueur dans nos procédures comptables". "Un mail juridique, pour se couvrir", avait estimé un peu plus tôt Guy Alvès, directeur général de Bygmalion. Bastien Millot peine alors à s'expliquer.

"Pestiférés"

La présidente revient également sur ses deux condamnations, pour recel de favoritisme quand il était à France Télévisions, détournement de fonds publics et complicité de faux et usage de faux quand il était élu à Beauvais. On perçoit alors son malaise. "Je ne pense pas que le fait d'avoir été condamné soit systématiquement la preuve de mon implication dans les faits dont on parle aujourd'hui."

Bastien Millot tacle en revanche l'UMP, qu'il accuse d'avoir lâché Bygmalion alors que le parti était parti prenante du système frauduleux. "Nous avons été trainés dans la boue, considérés comme des pestiférés. On a tiré un trait sur nous en cinq minutes. Pour reprendre les mots de Nicolas Sarkozy, j'ai trouvé ça d'une indignité totale". Avant d'ajouter, amer : "Le dernier message que j'ai reçu de Jean-François Copé, c'était le 5 mai 2014, le jour de son anniversaire". Puis ce fut le silence radio. Le scandale est passé par là.