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Au procès Bygmalion, Jérôme Lavrilleux entretient le flou

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Jérôme Lavrilleux (centre) et son avocat Christian Saint-Palais au tribunal judiciaire de Paris
Jérôme Lavrilleux (centre) et son avocat Christian Saint-Palais au tribunal judiciaire de Paris
© AFP - BERTRAND GUAY

Le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy a été entendu ce jeudi par le tribunal correctionnel. S'il reconnaît avoir participé au système de fausses factures, Jérôme Lavrilleux se défend de l'avoir initié.

Il restera comme celui qui, les yeux embués de larmes, avait reconnu sur le plateau de BFM TV l'existence d'une double facturation destinée à masquer l'emballement des dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, au-delà du plafond autorisé. Jérôme Lavrilleux a été interrogé ce jeudi par le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre du procès Bygmalion, où il comparaît aux côtés de 13 autres prévenus.

Depuis le début du procès, plusieurs protagonistes de l'affaire ont situé le directeur adjoint de la campagne au cœur du réacteur. D'après Franck Attal, responsable de la filière événementielle de Bygmalion, c'est Jérôme Lavrilleux qui, à la mi-mars 2012, lui demande de "ventiler" l'excès des dépenses de campagne sur les comptes de l'UMP, en les faisant passer pour les frais d'organisation de conventions bidons. 

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"Un problème de temporalité"

"Il faut faire porter le chapeau à quelqu'un et, visiblement, j'ai une tête à chapeau", ironise Jérôme Lavrilleux, après avoir constaté que, depuis une semaine, "le sport a consisté à oublier tous les noms sauf le [sien]". À la barre, l'ancien député européen – qui tient désormais un gite en Dordogne – se montre tantôt ironique, tantôt agacé. "Mon avocat m'a pourtant dit de ne pas m'énerver..." Mais il n'entend pas se défausser. "Je reconnais avoir participé à un financement illégal de campagne. J'ai juste un problème de temporalité avec certaines versions".

Mars 2012. La campagne de Nicolas Sarkozy s'affole. Chaque meeting fait remonter la cote du président-candidat dans les sondages, alors il en faut toujours plus. Au sein de l'équipe, Jérôme Lavrilleux – qui est par ailleurs le directeur de cabinet du secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé – s'occupe de la logistique et sillonne la France de réunion publique en réunion publique. Pour autant, il assure n'avoir aucune visibilité sur les dépenses. "À ce moment là, je ne sais pas qu'on va dans le mur". De fait, 44 meetings seront organisés en moins de trois mois, contre quatre ou cinq prévus initialement.

"Tu factures à l'UMP et ils se débrouilleront"

"À la mi-mars, Franck Attal me dit qu'il a un problème : certains de ses fournisseurs n'ont pas été réglés, car lui-même n'a pas été payé par la campagne", raconte Jérôme Lavrilleux. Rien d'anormal, estime-t-il alors : le prêt souscrit n'est pas encore arrivé. "Je lui dis, 'tu changes l'intitulé du contrat, tu factures à l'UMP et ils se débrouilleront. Après, le problème est réglé, Franck Attal fait tous les meetings".

- Vous me dites qu'à ce moment là, vous êtes décideur et vous lancez le système de ventilation ?, rebondit la présidente du tribunal.

- Ah non. Le système de ventilation, j'en prends conscience juste après la fin de la campagne.

En d'autres termes, si le prévenu reconnaît avoir eu connaissance de la fraude, il se défend de l'avoir initiée. Les ordres de dépenses, qui portent sa signature, ont été visés après le second tour, assure-t-il. "Je pense que tout a été fait au crayon à papier. Et quand on a vu le volume, on a dit 'ça je prend, ça je prend pas', et après on a régularisé." Il ajoute : "Après la campagne, quand tout le monde se barre, il ne reste que les ploucs de service pour régler le problème. Alors il y a des documents signés à l'arrache."

Qui a décidé de mettre en place ce système frauduleux ? Jérôme Lavrilleux élude. "C'est une question qui va continuer à me hanter pendant longtemps."

- Quelle est votre hypothèse ? Que c'est Guillaume Lambert (le directeur de campagne) qui a mis en place ce système tout seul ?, tente la présidente.

- Je préfère penser que c'est de l'incompétence, répond Jérôme Lavrilleux après un long soupir.