Publicité

Au procès de Nordahl Lelandais : ses ex-compagnes "tombées des nues"

Par
Plusieurs femmes et un homme ont raconté, ce mardi, leurs relations avec Nordahl Lelandais
Plusieurs femmes et un homme ont raconté, ce mardi, leurs relations avec Nordahl Lelandais
© Radio France - Jean-Philippe Deniau

Au deuxième jour du procès de Nordahl Lelandais devant les assises de la Savoie, la cour a longuement entendu quatre femmes et un homme qui ont partagé la vie de l'accusé dans les années, les mois, les jours ou même les heures qui ont précédé le meurtre d'Arthur Noyer le 11 avril 2017.

Pour Chloé, c’était son premier amour en 2012, elle avait 17 ans, "ça s’est fait très rapidement" se souvient-elle. Chloé y croit mais avec Nordahl, 12 ans de plus, ça devient rapidement une simple relation sexuelle, qui s’achèvera en 2014.

" - Oui, il ne m’a jamais fait de mal physiquement, il n’y avait rien d’anormal, rien que je ne souhaitais pas. Il manquait parfois de délicatesse et de douceur, mais rien qui m’ait marqué. C’est vrai qu’il avait une certaine emprise sur moi, j’étais une adolescente, suffisamment fragile. Il y avait une mise en danger de ma part, pour ouvrir les yeux à mes parents. Est-ce qu’il en a profité ? Je ne saurais le dire." 

Publicité

La cour insiste, Chloé raconte tout, la nature, la périodicité, les pratiques sexuelles de Lelandais dans la voiture, dans un champ, chez l’un, chez l’autre... "Rien de brusque, rien de violent, rien de forcé", insiste Chloé. 

"Et même s’il donnait l’air parfois d’être bagarreur, j’aurais jamais pensé qu’il en vienne à tuer." 

"Il est parti, je ne l'ai jamais revu"

En 2014, Nordahl Lelandais s’installe quelques mois avec Vanessa : "Ça se passait bien, on était sur la même longueur d’onde. On partageait l’amour des chiens. Il était attentionné avec moi et gentil avec mon fils aussi." Mais à la barre, Vanessa se souvient de la jalousie de son compagnon, de leurs grosses disputes chargées d’insultes : "Je vais te faire bouffer le carrelage" ou "Te faire bouffer par les chiens" disait-il. Et puis cette scène de violence un soir : il l’a soulevée, l’a secouée, l’a jetée sur le lit, il a levé le poing mais ne l’a pas frappée. Il s’est retenu. 

- "C’était fréquent, ces violences ?" demande la défense. 

- "Non", reconnait Vanessa, "ça s’est passé le soir où je lui ai annoncé que je le quittais. Après, il s’est excusé, il m’a rendu les clés, il est parti, je ne l’ai jamais revu.

Là encore, la cour interroge Vanessa dans les moindres détails sur leurs relations intimes, "intenses" confie-t-elle à la cour, "il avait un besoin énorme. S’il avait envie, on le faisait. Mais j’étais très demandeuse moi aussi." En tout cas, Vanessa est formelle : aucune contrainte de quelque nature que ce soit. Alors, le jour où elle apprend l’arrestation de Nordahl Lelandais pour le meurtre de Maëlys : 

- "J’ai été extrêmement choquée, cependant je tombais des nues, je n’aurais jamais pensé qu’il puisse faire ceci. C’est pour moi un homme qui reste intelligent. Ça ne correspond pas à celui que j’ai connu." 

"C'est mon agresseur !"

La troisième ex-petite amie se présente à la barre des témoins avec un tout autre ressenti. "C’est mon agresseur !" revendique d’emblée cette conseillère funéraire. "Il m’a harcelée pendant 5 mois, il a même cherché à me tuer". Entre Nordahl et Céline, tout avait pourtant débuté en 2015 sur "un amour en commun du sport, des animaux et de la spiritualité". Mais l’histoire d’amour tourne court. Céline apprend peu à peu que Nordahl prend de la drogue tous les jours et qu’il a d’autres compagnes en même temps qu’elle. "Il m’a mis une claque quand j’ai voulu reprendre mes affaires chez lui" attaque la témoin. Puis elle raconte cette dispute deux jours avant la mort d’Arthur Noyer : 

- "Je lui ai fait savoir que j’étais en couple, ce qui a développé sa rage, sa colère. Il m’a dit qu’il allait me frapper. Il est venu pour me terroriser. Il avait une tronçonneuse dans le dos. Puis il m’a harcelée, je le croisais à toutes les intersections, il était toujours dans mon champ visuel, il rôdait la nuit devant chez moi, il attendait le moment propice pour que je sois seule. Et à partir de là, je savais que j’allais mourir. C’était clair. Et ça s’est terminé le jour où il s’est fait arrêter.

Céline cherche-t-elle à se venger aujourd’hui avec un tel accablement ? 

-  "Non", se défend-elle, "mon histoire existe réellement. Ma plainte est en cours de traitement."  

Puis elle achève le tableau : Lelandais est "quelqu’un qui se met en colère, pour tout, il faisait tout le temps la gueule, toujours très fatigué, très possessif, très collant, très jaloux, un pervers sexuel". Et chez les parents Lelandais, "c’était des conflits et des insultes entre la mère et le père, il y avait des grosses bagarres, des lancers de pot de moutarde, c’était une maison de fous." Céline repart en précisant être venue témoigner ici pour Arthur. "Non", corrige le président_, "vous êtes venue témoigner pour l’enquête_."

"On se racontait des choses, c'était chaleureux"

Elena, elle, a plutôt essayé d’effacer cette histoire de sa tête. C’est sur un site de rencontre en 2016 qu’elle a connu Nordahl Lelandais, ou plutôt Jordan. C’est ainsi qu’il se faisait appeler souvent. "Parce que Nordahl, les gens comprennent pas, me font répéter dix fois, tandis que Jordan, c’est plus simple" s’est justifié l’accusé. N’empêche, c’est seulement le jour où les gendarmes l’ont convoquée après l’arrestation de Nordahl Lelandais qu’Elena a découvert ce gros mensonge. Pour le reste…

-  "Je n’ai rien à lui reprocher", affirme la professeure de chant au bel accent slave, "c’était mon ami, il était correct avec moi". 

Elena et Jordan vont donc devenir sex-friends en 2017. "On se racontait aussi des choses, c’était chaleureux. Je pensais que je pouvais l’aider à résoudre ses problèmes. Avec moi, il a joué le rôle d’un homme normal, un peu perdu parce qu’il n’avait pas de travail, mais rien de grave en tout cas." En 2017, ils continuent à se voir, "une fois tous les mois-et-demi" évalue Elena. Le 11 avril, jour du meurtre d’Arthur Noyer, Lelandais envoie des messages à Elena pour qu’ils se voient dans la soirée, mais elle ne peut pas, elle fait répéter la chorale de Chambéry jusqu’à 22h30. 

- "Est-ce que vous auriez accepté si vous n’aviez pas travaillé ?" tente un avocat de la défense. 

- "Pourquoi pas", répond Elena

- "Et après le 11 avril, quelque chose a changé dans vos relations ?

-"Ça tournait un peu en rond, mais rien qui m’a interpellée." 

"C'est lui qui commandait, qui donnait des ordres"

Enfin, c’est Richard qui s’avance à la barre, dernier témoin de cette série de relations amoureuses et sexuelles de Nordahl Lelandais. Richard, matché par l'accusé sur un site de rencontre homo en 2016. Ils conviennent d’un scénario pour leur première rencontre. Richard, le dominé, retrouve Nordahl le dominant, en tenue militaire, treillis, Rangers et t-shirt de la Légion Etrangère. "C’était mon fantasme à l’époque", confie Richard, "j’étais entièrement consentant". Le jeune homme décrit la nature de leurs relations, purement sexuelles, sur les bords du Lac d’Aiguebelette, avec toujours le même scénario. 

- "C’était quelque chose de commun, c’est lui commandait, qui donnait des ordres. On s’est revus plusieurs fois." 

- "Il appréciait", demande le président ? 

- "Oui, sinon, on ne se serait pas revus. Mais plus que son côté homo, je voyais son côté hétéro-macho.

Le 11 avril 2017, Richard et Nordahl Lelandais se contactent. Se cherchent un rendez-vous. Dans la journée peut-être. Ou dans la soirée. Richard insiste un peu : "Tu proposes quoi ?"

- "Et puis j’ai pas eu de nouvelles. Ce jour-là, j’avais envie de le voir et ça s’est pas fait.

- "Si vous aviez donné suite, Dieu seul sait ce qui serait advenu", ose le président. "Que pouvez-vous nous dire de sa personnalité ?

- "Pas grand-chose, j’avais des fantasmes, il y répondait. J’ai jamais ressenti de danger de sa part. En restant objectif, je n’ai pas eu ce sentiment. Je savais qu’il se droguait, que c’était un paumé, mais j’ai pas décelé quelque chose de malsain.

-"Vous dites quand même que vous avez manqué de discernement", relève l’avocat de l’accusé. 

- "Ben, tout le monde sait ici ce qu’a pu faire votre client, et que j’aurais pu finir comme Arthur Noyer.

- "Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

- "Je n’ai rien à répondre à cela.

Et Nordahl Lelandais raconte sa version de la rencontre avec Arthur Noyer

Enfin, après cette longue introspection dans la vie privée de l’accusé, le président de la cour d’assises de la Savoie laisse Nordahl Lelandais s’expliquer sur la soirée du 11 avril 2017. Pendant dix minutes, il va livrer sa version, un peu comme s’il racontait un scénario qu’il connait par cœur, qu’il a répété cent fois, un récit ponctué de longues minutes de silence. Il décrit d'abord une rencontre fortuite dans une rue de Chambéry, avec ce "jeune homme" qui lui demande de le déposer à Saint-Baldoph. 

- "Ça me faisait pas un si grand détour", commente l’accusé. 

Mais le caporal préfère finalement descendre de la voiture à la sortie de la ville, il oublie son portable sur le siège, Lelandais sort pour lui rendre. 

- "Il a pensé que j’avais voulu lui voler. Il me met un coup de poing sur la lèvre. J’étais surpris. Et là, deuxième coup de poing. De là, s’engage une bagarre, je réplique, il tombe en arrière. J’essaye de le réveiller, je sens qu’il n’y a plus de mouvement, plus de souffle, plus de pouls, je décide de lui faire un massage cardiaque. Aucune réaction.

Énorme silence dans le récit de l'accusé. Et Lelandais reprend, l’air perdu.

- "Je le mets dans mon coffre, je roule sans savoir où je vais, et à un moment, dans un virage en épingle, je décide de déposer le corps de M. Arthur Noyer.

Long, long silence encore. Puis, la voix teintée de larmes :  

- "Désolé Arthur, je sais que tu es face à moi aujourd’hui, je vis ce qui s’est passé. Je suis désolé pour ta famille qui est peinée d’entendre ce que je dis, mais je dis la vérité."

Sur le banc des parties civiles, la famille d’Arthur Noyer n’a pas lâché l’accusé du regard pendant ce récit de dix minutes, sans en croire une seule seconde.