Publicité

Au Qatar, on fait son jogging au frais… grâce à la clim

Par
Ce tunnel végétalisé de plus d'un kilomètre, au sud de Doha, est la plus longue entièrement climatisée au monde
Ce tunnel végétalisé de plus d'un kilomètre, au sud de Doha, est la plus longue entièrement climatisée au monde
© Radio France - Jérôme Val

En octobre, l’émirat a inauguré une piste de running climatisée, la plus longue au monde. Pour se justifier, le Qatar la présente comme l’unique solution pour faire du sport à l’extérieur face aux températures intenables en journée. Et tant pis pour l’environnement.

Une armature d’acier en demi-cercle et des parties végétalisées permettent de se protéger du soleil. Au milieu de la piste, des grilles crachent de l'air froid. Le même courant frais s’échappe de bouches d’aération sous les bancs sur le côté. Cette piste de running ceinture le parc d’Umm Al Seneem, au sud de la capitale Doha. Seuls une poignée de coureurs l’empruntent ce jour-là, comme Ahmad, un jeune Qatarien. "C’est beaucoup plus facile de venir courir ici à cause de la chaleur", explique-t-il, un maillot de football sur lui. "Je viens ici deux à trois fois par semaine, plutôt le matin quand il n’y a pas grand monde. Avant que cette piste n’existe, je devais courir la nuit."

Jamais au dessus de 26°C

Dans ce tunnel avec de nombreuses parties à l’air libre, la température ne doit pas dépasser les 26 degrés. "Nous avons dix unités pour la climatisation", explique Ashwin Nanjundegowda, l’un des responsables de ce dispositif. "Ça permet de climatiser toute la piste. Elle se déclenche dès que la température extérieure dépasse les 24 degrés et elle s’arrête automatiquement si elle redescend. Une centaine de personnes travaillent pour la maintenance."

Publicité

Longue d’1,143 kilomètre, cette piste de running climatisée a été inaugurée à la mi-octobre. Quelques joggeurs l’empruntent mais ce sont surtout des familles qui s’y promènent. Les enfants s’en donnent à cœur joie sur leur trottinette.

La clim, "meilleure solution" pour inciter à faire du sport

L’ambition du Qatar et de son émir à l’occasion de la Coupe du monde de football qu’il organise depuis le 20 novembre : faire bouger ses habitants dans un pays où même marcher n’est plus dans les habitudes. Dans les parcs, des voiturettes de golf promènent les visiteurs, il y a des parkings partout pour d’énormes 4x4. Dans ce pays où la voiture est reine, difficile de se bouger. Or selon une étude qui date de 2016, 80 % de la population souffre de surpoids et même 40% d’obésité.

"Sans climatisation, impossible de marcher dehors entre le matin et 15h30 à cause des températures", rajoute Ashwin Nanjundegowda. "L’été, on atteint les 50 degrés durant la journée. Même la nuit, c’est insupportable. Quand cette piste a été construite, certains ouvriers ont eu des malaises la nuit. Imaginez les activités sportives, ce n’est même pas envisageable. La climatisation n’est pas la seule solution, mais c’est la meilleure pour motiver les gens à faire des activités en extérieur."

Le Qatar est en train de construire une deuxième piste climatisée encore plus longue que celle du parc Umm Al Seneem
Le Qatar est en train de construire une deuxième piste climatisée encore plus longue que celle du parc Umm Al Seneem
© Radio France - Jérôme Val

Ce dispositif a forcément un coût. "Je ne suis pas sûr de pouvoir vous donner le chiffre mais c’est très cher", explique le responsable. Des panneaux solaires l’alimentent en partie, mais l’installation reste très énergivore. À l'image de tout ce qui se fait dans le pays ou dans les stades durant cette Coupe du monde : selon l’Institut pour l’énergie et l’environnement, l’air conditionné représente entre 60 et 80% du total de l’énergie consommée au Qatar.

L’émirat est en train de construire une autre piste climatisée, encore plus longue, au nord de Doha. "40% plus longue", nous assure fièrement le responsable. Et ce n’est sans doute pas fini, avec la multiplication des parcs enherbés partout dans le pays. Reste maintenant à convaincre les Qatariens de laisser leur voiture au garage et à chausser les baskets. Et ça, ce n’est pas gagné !