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Au service réa de l'hôpital Avicenne, le ras-le-bol des soignants face aux théories complotistes

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Un patient Covid à l'hôpital Avicenne de Bobigny, en février 2021
Un patient Covid à l'hôpital Avicenne de Bobigny, en février 2021
© AFP - Bertrand Guay

Applaudis lors de la première vague, les soignants travaillent désormais à sauver des vies dans un silence assourdissant. Quand ils ne deviennent pas carrément la cible de la colère de certains, entre complotisme et aveuglement. À l'hôpital Avicenne de Bobigny, certains médecins reçoivent même des menaces.

Dans le service de réanimation de l'hôpital Avicenne de Bobigny, aux portes de Paris, de nombreux soignants n'en peuvent plus de cette troisième vague particulièrement brutale. Entre les 43 000 nouvelles contaminations officiellement répertoriées mardi, les 6 000 personnes en réanimation en France, la fatigue et l'absence de réelle décrue, le quotidien est tout sauf simple.

"On nous dit que les gens ne meurent pas du Covid et qu'on fausse les chiffres"

Congés annulés, lits d'autres services réquisitionnés pour accueillir plus de malades, plus jeunes et plus graves, la troisième vague est difficile. Pire, depuis quelques semaines, au-delà du manque de reconnaissance auquel ils commencent à être habitués, certains d'entre eux subissent carrément l'hostilité d'une partie de l'opinion.

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Le docteur Clément Lejealle, médecin réanimateur, en a assez de certaines rengaines entendues hors de l'hôpital. "Le ras le bol de la situation, l'idée qu'on en fait trop et qu'on exagère... Que les gens en réanimation ne meurent pas du Covid, mais d'autres choses et qu'on fausse les chiffres. Ça, je trouve ça totalement irrespectueux pour ces gens, pour les familles, surtout."

Du scepticisme pour se protéger d'une réalité trop dure, mais aussi bien pire parfois, raconte le professeur Yves Cohen, chef du service réanimation. "Je peux vous dire que moi qui ai défendu le confinement fort, j'ai reçu des lettres de pressions, voire de menaces. On me dit que je n'y connais rien et qu'il faut arrêter avec ce confinement-là, qu'il faut laisser les gens vivre, que le Covid entraîne autant de morts que les accidents de la route... Ou qu'on a des traitements qui marchent très bien et qu'on n'utilise pas exprès."

"Le coût humain pour les soignants est considérable"

Ce ras le bol du confinement, le docteur Yacine Tandjaoui-Lambiotte le comprend, mais il voudrait bien que chacun prenne conscience de ce qui est demandé depuis un an à ses collègues

"Le dévouement et l'engagement de l'ensemble des soignants permettra qu'on tienne. Mais à quel prix ? Parce que le coût humain pour les patients est évidemment très élevé, mais le coût humain pour les soignants aussi est considérable. On a la chance de ne pas être confiné à la maison, mais confinés à l'hôpital. Ce qui veut dire aussi que la plupart d'entre nous voient peu leurs enfants. C'est compliqué humainement pour tout le monde."

Le médecin l'assure : les soignants ont plus que jamais besoin de reconnaissance, sociale et pécuniaire. Au moins pour les bas salaires comme ceux des infirmiers.

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