Publicité

Au Stade de France, le vaccin Pfizer-BioNTech fait de l'ombre au Moderna

Par
Une infirmière prépare une dose de vaccin Moderna, à Nancy, le 13 mars 2021.
Une infirmière prépare une dose de vaccin Moderna, à Nancy, le 13 mars 2021.
© Maxppp - Alexandre Marchi

Le vaccinodrome du Stade de France (Seine-Saint-Denis) a ouvert mardi 6 avril, mais de nombreux rendez-vous sont toujours disponibles pour cette semaine de lancement. Les créneaux de vaccination contre la Covid-19 avec Pfizer-BioNTech sont tous complets, il reste en revanche beaucoup de place pour le Moderna.

Le vaccin contre la Covid-19 du laboratoire américain Moderna est-il boudé par les Français ? Au Stade de France, devenu vaccinodrome mardi 6 avril, il n'y a plus un seul créneau de libre sur Doctolib pour se faire vacciner avec le sérum Pfizer-BioNTech. En revanche, pour le vaccin Moderna, des dizaines de rendez-vous sont toujours disponibles. 

À gauche, plus aucun rendez-vous disponible avec le vaccin Pfizer-BioNTech, à droite les nombreux créneaux toujours ouverts pour celui de Moderna au Stade de France.
À gauche, plus aucun rendez-vous disponible avec le vaccin Pfizer-BioNTech, à droite les nombreux créneaux toujours ouverts pour celui de Moderna au Stade de France.
- © Capture d'écran Doctolib

"C'est compliqué de trouver une explication, assure Pascal Crépey, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l'École des hautes études en santé publique. C'est assez irrationnel. Dans les faits, il n'y a aucune raison de faire une différence entre ces deux vaccins. Le Pfizer-BioNTech et le Moderna se ressemblent beaucoup. Ils sont tous les deux basés sur la même technologie d'ARN messager. Selon les essais cliniques ils ont la même efficacité très élevée, et ils ont tous les deux très peu d'effets secondaires." Selon cet épidémiologiste, l'explication se trouve ailleurs : le Moderna est tout simplement moins connu et inspire donc moins confiance que le vaccin de Pfizer. "On en a moins parlé car il y a moins de doses disponibles en France. Il est fabriqué aux États-Unis et la plupart de la production reste là-bas", explique Pascal Crépey. En effet, d'après le site CovidTracker près de neuf millions de doses de Pfizer-BioNTech ont été injectées en France, contre moins d'un million pour le Moderna.

Publicité

Le marché des vaccins a aussi ses têtes de gondoles.

"On ne peut pas exclure ce qu'il se passe avec le vaccin de la logique de marché dans laquelle nous vivons tous les jours, abonde Laurent-Henri Vignaud, historien des sciences à l'université de Bourgogne et coauteur d'Antivax publié en 2019. Les citoyens vont agir comme des consommateurs : ils vont aller vers les marques dont on parle le plus à la télé, et qui leur semblent donc les moins problématiques. Dans le cas présent, vers le vaccin Pfizer-BioNTech." Ce phénomène de concurrence entre les vaccins n'est pas nouveau, mais il n'a jamais atteint une telle ampleur selon Laurent-Henri Vignaud. "On a pu voir par le passé un phénomène similaire mais beaucoup moins marqué au moment de la vaccination contre la polio par exemple. Ou alors avec la concurrence historique entre deux technologies : les vaccins atténués et les vaccins inactivés".

L'épidémiologiste Pascal Crépey avance une autre explication : "Jusqu'ici le Moderna a été beaucoup moins utilisé, il y a donc moins de gens qui ont besoin de faire une deuxième dose avec ce vaccin-là. Comme on ne change pas de vaccin entre les deux injections, la majorité des deuxièmes doses se fait avec le PFizer-BioNTech. Cela peut expliquer pourquoi il est plus demandé."

"Certains confondent Moderna et AstraZeneca"

Moderna, est sans doute également victime de la mauvaise réputation du vaccin du britannique Astrazeneca, rebaptisé récemment Vaxzevria, soupçonné de causer des cas de thrombose. "Certaines personnes nous appellent, et confondent Moderna et Astrazeneca, car les deux noms se terminent de la même façon", explique-t-on du côté de la municipalité de Saint-Denis, la commune dans laquelle se trouve le Stade de France. "Quand les gens nous appellent, on leur explique bien que ce n'est pas la même chose", ajoute la municipalité qui mise sur la pédagogie. "Un gros travail" pour rappeler également que les vaccins Moderna et Pfizer-BioNTech sont très semblables. Malgré ces débuts un peu laborieux, la mairie estime que tous les rendez-vous seront complets d'ici quelques jours.