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Aucun signe de diminution des émissions mondiales de CO2, estime le Global Carbon Project

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Une centrale électrique au charbon avant sa démolition, à Huaibei en Chine.
Une centrale électrique au charbon avant sa démolition, à Huaibei en Chine.
© Maxppp - Featurechina

Les émissions de CO2 produites par la consommation d'énergies fossiles vont dépasser en 2022 leur niveau record, Si les niveaux d’émissions actuels se poursuivent, il y a 50% de chances que le réchauffement de 1,5°C soit dépassé dans neuf ans.

Les émissions mondiales de CO2 atteignent des niveaux record en 2022, et il n’y aucun signe d’une diminution qui permettrait de limiter le réchauffement à 1,5°C, qui est pourtant l'objectif fixé par les accords de Paris. Selon le Global Carbon Project, un consortium international de scientifiques, il y a désormais 50% de chances que la hausse de la température moyenne mondiale soit supérieure à 1,5°C d'ici neuf ans. Les émissions de CO2 devraient diminuer en Chine de 0,9% et dans l’Union européenne de 0,8%, en 2022. En revanche, elles vont croître aux États-Unis, de 1,5% et en Inde, de 6%. Le CO2 est un puissant gaz à effet de serre, il emprisonne la chaleur. C'est le principal responsable du réchauffement de la planète.

Augmentation des émissions d’origine fossile

En 2022, les émissions totales de CO2 s’élèveront à 40,6 milliards de tonnes, d’après les estimations du Global Carbon Project, contre 40,9 en 2019. Les scientifiques anticipent une augmentation des émissions d’origine fossile (pétrole, charbon, gaz), de 1% par rapport à 2021. Celles-ci seront alors plus importantes qu’avant le Covid. Pourtant, ces émissions "doivent baisser de 4 ou 5% par an pour viser à une neutralité carbone d’ici 2050", rappelle Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du climat et de l’environnement et membre du Global Carbon Project.

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"On est sur une trajectoire opposée", regrette le scientifique. La consommation de gaz, qui était le combustible fossile qui augmentait le plus ces dernières années, diminue. Cela est probablement la conséquence "de l’arrêt des exportations du gaz russe, notamment envers l’Europe", estime Philippe Ciais.

Les conséquences de la reprise du trafic aérien

Le pétrole est le principal responsable de la hausse des émissions. L’une des raisons ? La reprise du trafic aérien, lié à la levée des restrictions appliquées à cause du Covid-19. Si l’aviation est responsable de "seulement" 2% des émissions mondiales, elle a engendré "la moitié des hausses de CO2 liés au pétrole", selon les estimations du Global Carbon Projet.

"On voit une très forte augmentation du pétrole, en raison d’une reprise de l’aviation, une diminution du gaz probablement à cause de l’arrêt des exportations du gaz russe, notamment envers l’Europe", constate Philippe Ciais. "ll y a aussi une légère augmentation du charbon. C’est tout ça qui a fait l’augmentation des émissions." Les émissions dues au charbon, en décroissance depuis 2014, devraient croitre de 1%, dépasser le record établi il y a huit ans.

L'objectif des accords de Paris difficile à tenir

Dans son rapport, le Global Carbon Project est plutôt pessimiste concernant l’objectif de maintenir le réchauffement à 1,5°C, comme le prévoient les accords de Paris. "Ça va être difficile. Il y a une falaise devant nous", reconnaît Philippe Ciais. "Pour atteindre zéro-émission de CO2 d’ici 2050, il faudrait maintenant diminuer les émissions d’environ 1,4 GtCO2 chaque année, un chiffre comparable à la baisse observée des émissions en 2020", note le Global Carbon Project.

Pour arriver à ces conclusions, les scientifiques ont calculé ce qu’ils appellent le budget carbone. C’est ce qu’il nous reste à consommer avant d’arriver à l’objectif de 1,5°C. Au rythme actuel, ce budget sera épuisé dans moins d’une décennie. "Si on voulait contenir le réchauffement à 1,5°C, ça revient à continuer d’émettre pendant neuf ans et ensuite arrêter pour toujours. C’est un taux de décarbonisation qui est infaisable", juge Philippe Ciais. "On a du mal à y croire, c’est vraiment difficile", souffle le scientifique.

Concentrations record de gaz à effet de serre dans l'atmosphère

Le Global Carbon Project prévoit également une hausse des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, pour atteindre la barre des 417,2 ppm (parties par million de molécules d’air en 2022), "soit plus de 50% au-dessus des niveaux préindustriels". Le ppm correspond au nombre de molécules de polluant que l'on trouve sur un million de molécules d'air. Selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, le niveau de CO2 est inégalé sur Terre depuis quatre millions d’années.