Aux États-Unis, les républicains de Géorgie tiraillés entre trumpisme et conservatisme traditionnel

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Aux États-Unis, les républicains de Géorgie tiraillés entre trumpisme et conservatisme traditionnel

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Carla (65 ans) et sa fille Sara (43 ans) vivent à Rome en Géorgie, et sont actives au sein du parti républicain local
Carla (65 ans) et sa fille Sara (43 ans) vivent à Rome en Géorgie, et sont actives au sein du parti républicain local
© Radio France - Valérie Cantié

Les élections de mi-mandat du 8 novembre sont cruciales pour les républicains. Le parti est déchiré depuis la présidence Trump, avec des politiciens conservateurs conscients de leur fragilité due à l'émergence de candidats complotistes, populistes et trumpistes peu expérimentés. Exemple en Géorgie.

Carla Mc Farland ne porte pas de casquette rouge siglée "Make America Great Again", le mouvement de Donald Trump. Sa fille Sara non plus d'ailleurs. Toutes les deux votent pourtant républicain, et sont persuadées que la victoire de la présidentielle de 2020 a été volée au président sortant. L'une est infirmière à la retraite, l'autre est employée à l'accueil du musée d'histoire de la ville de Rome, 36 000 habitants, dans l'État de Géorgie. Mère et fille vivent ensemble dans une grande maison en bois bleue avec l'autre fille de Carla et sa fille de 10 ans. Elles vont à l'église ensemble le dimanche, et participent au groupe de discussion chrétien de leur paroisse tous les mercredis soir.

Carla et Sara ont toujours voté républicain. Elles restent attachées aux valeurs conservatrices de leur parti, mais ont succombé ces dernières années aux sirènes trumpistes. "Je vote, car j'estime que c'est important. Mais j'ai peur que ma voix ne soit pas prise en compte. Il y a de nombreuses preuves que nos voix n'ont pas été comptabilisées en 2020, qu'on a transporté des caisses entières de bulletins pour Biden", affirme Sara. Lorsqu'on lui demande d'où elle tient ses informations, Sara balaye les doutes d'un revers de main : "Il y a des preuves, mais ils ne veulent pas pousser les investigations plus loin", élude-t-elle.

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Aux États-Unis, Carla, infirmière retraitée de 65 ans, et sa fille Sara, 43 ans, vivent à Rome (Géorgie) et voteront républicain
Aux États-Unis, Carla, infirmière retraitée de 65 ans, et sa fille Sara, 43 ans, vivent à Rome (Géorgie) et voteront républicain
© Radio France - Valérie Cantié

En dépit des enquêtes

À ce jour, aucune preuve de fraude électorale n'a été établie. Les enquêtes judiciaires ont au contraire prouvé que le scrutin en Géorgie avait été organisé selon les textes en vigueur, et aucune fraude n'a eu lieu. La Commission d'enquête parlementaire sur l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 l'a clairement démontré.

Mais Sara reste persuadée que tout cela n'est que manipulation. De qui ? Elle ne sait pas. Ce qu'elle sait en revanche, c'est que si Marjorie Taylor Greene, la représentante républicaine du comté de Floyd où elle habite et qui a émergé avec la montée du mouvement complotiste Qanon en 2019, affirme que la présidentielle de 2020 a été manipulée par les démocrates, c'est que c'est vrai, car elle "l'aime bien". Marjorie Taylor Greene, élue à la chambre des représentants en 2020, qui a posé fusil à la main dans ses clips de campagne et qui se représente pour ces élections de mi-mandat, ne cesse de faire parler d'elle pour ses outrances. Qu'importe ! Sara lui est surtout reconnaissante d'avoir "soutenu le prisonnier du 6 janvier 2020".

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En réalité, Marjorie Taylor Greene a participé à une caricature lors du congrès des conservateurs à Dallas en août dernier. Elle a prié aux côtés d'un trumpiste déguisé en prisonnier et installé dans une fausse cellule. L'homme a en fait été condamné à trois ans de contrôle judiciaire pour avoir encouragé les assaillants du Capitole. L'homme n'a jamais fait de prison. Mais cela suffit à Sara, entre autres, pour admirer Marjorie Taylor Greene.

Des valeurs de l'Amérique "remises en cause"

La mère de Sara, Carla, âgée de 65 ans, tient parfois la permanence du Parti républicain du comté, alors que Sara, elle, assiste aux conférences des femmes républicaines. "Le parti républicain représente mieux ce que je souhaite pour mon pays. Moins d'implication du gouvernement fédéral, et plus de liberté des États. En 2020, j'ai constaté que beaucoup de valeurs qui font l'Amérique ont été remises en cause, et ça m'a alarmée. C'est pour ça que j'ai voulu m'impliquer."

Elle n'a toujours pas digéré la fermeture des églises pendant le confinement, tout comme celle des centres commerciaux. "Les restrictions se sont multipliées, puis maintenant, on veut aussi nous retirer le droit de nous défendre !". Elle fait allusion au débat sur un meilleur contrôle du port d'arme, qui fait irruption dans le débat national après chaque tuerie de masse dans un établissement scolaire.

À ce jour, peu de changement dans la loi, mais qu'importe, Carla s'inquiète, même si elle ne possède pas d'arme à feu. Une rareté dans cet État de Géorgie où le port d'arme est non seulement légal, mais où le port d'une arme visible à la ceinture est autorisé et très répandu. Autre valeur qu'elle croit menacée dans l'Amérique de Joe Biden : la défense de la vie. Elle a toujours été contre l'avortement. Elle a même manifesté une fois devant le domicile d'un médecin qui pratiquait des avortements. "Je pense que le parti républicain défend mes droits en tant que femme, car il respecte la vie. En tant que chrétienne, je crois que toute vie est sacrée".

Le zoom de la rédaction
4 min

Carla reste persuadée qu'elle se fie aux "bonnes sources d'information" pour asséner toutes ses affirmations. Lorsqu'on lui demande si elle n'a pas cédé aux sirènes des fake news, elle affirme que non, car elle ne s'informe plus via les médias traditionnels. "Je ne me fais pas avoir par les fake news. J'aime beaucoup Steve Bannon, lui au moins il est sérieux !". Steve Bannon, ancien directeur de campagne de Donald Trump, aujourd'hui dirigeant de médias d'extrême-droite, condamné pour avoir participé à l'assaut sur le Capitole. Tout est dit.