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Avec la progression des talibans, l'Union européenne divisée sur la question des expulsions vers l'Afghanistan

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 D'après les estimations de la Commission européenne, un demi-million d'Afghans pourraient trouver refuge hors de leurs frontières
D'après les estimations de la Commission européenne, un demi-million d'Afghans pourraient trouver refuge hors de leurs frontières
© AFP - Aris OIkonomou

En Afghanistan, les talibans continuent de gagner du terrain face aux forces gouvernementales. Si bien que l'Allemagne et les Pays-Bas ont fait volte-face et annoncé ce mercredi qu'ils suspendaient les expulsions de migrants afghans vers leur pays d'origine. La France a annoncé jeudi avoir fait de même depuis juillet.

L'avancée spectaculaire des talibans et la débâcle de l'armée laissent présager l'exode d'une partie de la population afghane vers des pays voisins, mais aussi vers l'Europe. D'après les estimations de la Commission européenne, un demi-million d'Afghans pourraient trouver refuge hors de leurs frontières. Au vu des combats sur place, Kaboul a appelé les pays de l'Union européenne à suspendre les expulsions de migrants afghans. Mais au sein des Vingt-sept, plusieurs pays expriment leurs réticences, craignant d'encourager ainsi les flux migratoires vers l'Europe. 

Prudence française

La France, est restée très prudente sur le sujet jusqu'à jeudi. Après que le Quai d'Orsay a déclaré mercredi, sans autre commentaire, suivre de très près l'évolution préoccupante de la situation en Afghanistan et être en contact étroit avec les partenaires de la France, le ministère de l'Intérieur a annoncé jeudi que les expulsions de migrants vers l'Afghanistan depuis le début du mois de juillet "au regard de la dégradation de la situation sécuritaire". Les précautions prises par les pays à ce sujet ne s'expliquent pas seulement par les usages diplomatiques : la poursuite ou non de l'expulsion de migrants afghans vers leur pays d'origine pourrait déterminer la politique européenne des prochains mois face aux réfugiés, si l'Afghanistan - comme c'est vraisemblable - retombe aux mains des talibans.

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D'où la demande récemment adressée à la Commission européenne par six pays européens (Belgique, Danemark, Allemagne, Grèce, Pays-Bas et Autriche), afin que Bruxelles fasse pression sur Kaboul pour maintenir les rapatriements d'Afghans. Parmi eux l'Allemagne et les Pays-Bas viennent pourtant d'y renoncer, invoquant l'évolution de la situation sécuritaire sur place. Le gouvernement afghan a lui-même suspendu pour trois mois les opérations de retour forcé des migrants. De son côté, Bruxelles souhaite également que les États-membres stoppent les expulsions.

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Divisions à venir

Pour l'instant, le débat reste assez théorique : l'Union européenne n'a renvoyé cette année en Afghanistan que 1 200 personnes dont un millier présentées comme volontaires. Un chiffre à mettre en relation avec les 44 000 demandeurs d'asile afghans officiellement recensés en Europe l'an dernier.

Ce désaccord entre la Commission européenne et une partie des États-membres laisse néanmoins présager d'autres divisions au sein des Vingt-sept, si une importante vague migratoire venue d'Afghanistan devait atteindre l'UE. Bruxelles dit travailler avec les Nations-Unies afin de trouver des réponses au déplacement d'un demi-million d'Afghans. Sauf que, sur le terrain, les possibilités d'action de l'Union européenne sont très limitées, voire inexistantes.

Faute de mieux, la semaine dernière, la diplomatie européenne avait appelé à un cessez-le-feu en Afghanistan et dénoncé les exactions des intégristes islamiques.