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Avec la propagation de la variole du singe, les fausses informations se multiplient

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Parmi les fausses informations les plus relayées sur la variole du singe, l'existence d'un médicament qui aurait été interdit par le ministère de la Santé
Parmi les fausses informations les plus relayées sur la variole du singe, l'existence d'un médicament qui aurait été interdit par le ministère de la Santé
© Radio France - IMAGE POINT FR / NIH / NIAID/AFP/SOPA Images/Getty/Captures d'écran thejournal.ie/20minutos

Médicament interdit, pustules trompeuses, épidémie fantôme... Après les premières théories du complot, selon lesquelles Bill Gates serait à l'origine de la diffusion de la variole du singe, de nouvelles fausses informations circulent, largement partagées sur les réseaux sociaux.

La variole du singe poursuit sa propagation. On compte désormais plus de 18.000 cas détectés dans le monde hors Afrique selon l’OMS. Et au fil du temps, les fausses informations concernant ce nouveau virus se renouvellent. Il y a deux mois, lors de son apparition, des internautes imputaient son développement à Bill Gates, et faisaient le lien entre l'un des vaccins contre le Covid-19 et la contamination à la variole du singe. Aujourd'hui, la désinformation se concentre notamment autour de la durée de vie du virus, et sur un supposé remède pour soigner l'infection. Voici quatre fausses informations parmi les plus commentées.

"La variole du singe peut survivre 120 ans sur les poignées de porte"

Ces derniers jours, une capture d’écran montrant un supposé article du journal irlandais The journal.ie est devenue virale sur les réseaux sociaux. L’article titrait : 'La variole du singe peut vivre durant 120 ans sur les poignées de porte et les cuvettes de toilettes, et infecter quiconque à 5 miles (8 kilomètres) de distance".

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Le chapô indique : "Sans vouloir paraitre alarmiste, il est certainement temps de paniquer, a déclaré un expert, diplômé de journalisme, mais qui a un jour lu un bon livre de virologie." Si ce paragraphe a tout l’air d’une parodie, de nombreux internautes l’ont repartagé avec des légendes et des commentaires inquiets : "un rayon de cinq miles pourrait décimer de grandes villes. Le Monkey pox est effrayant", ou encore "Pire que le Covid. Tout le monde à la maison, maintenant". Toutefois, cet article est introuvable, aussi bien sur le site du journal, qu'à partir d'une recherche Google ou Twitter, indique Reuters. Un porte-parole de Thejournali.ie a confirmé à l’agence de Presse qu'il n'avait jamais été publié.

L’image qui a servi au montage a en revanche été utilisée pour illustrer un autre article, concernant l'annonce par l'OMS de "l'urgence mondiale de santé publique" que constitue la variole du singe. Si le contact avec des objets touchés par une personne contaminée peut être source d'infection, aucune étude n’a aujourd’hui prouvé que le virus puisse résister des dizaines voire des centaines d’années sur une surface. Par ailleurs, "des contacts plus rapprochés qu'avec le Covid-19 sont nécessaires pour être infecté", explique Olivier Schwartz, directeur de l'unité Virus et Immunité de l'Institut Pasteur auprès de France Info. "La probabilité d'une infection par voie aérienne existe, mais les risques sont plus grands avec de la salive ou des postillons qu'avec des aérosols", explique-t-il. Les lésions cutanées et muqueuses sont également très infectieuses.

"La Doxycycline soigne la variole du singe en deux jours"

C’est une fausse information qui a la vie dure. Déjà massivement partagée il y a deux mois, elle continue de faire l’objet de publications, notamment sur Twitter. La doxycycline, un antibiotique qui soignerait la variole du singe "en 48h " aurait été interdite par le ministère français de la Santé.

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Les deux informations de cette phrase sont fausses. Tout d’abord, la doxycycline n’est absolument pas considéré comme un médicament susceptible de soigner la variole du singe, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un antibiotique, qui lutte contre les bactéries et non les virus. "On a aucun élément factuel dans la littérature (scientifique) pour penser que la doxycycline est un traitement contre la variole du singe", assure Yannick Simonin, chercheur de Inserm au sein de l’unité Pathogenèse et contrôle des infections chroniques et émergentes, à l’AFP.

Cette information détournée provient de la mésinterprétation d’une étude parue dans la revue scientifique The Lancet, le 24 mai 2019, selon laquelle un patient atteint de la variole du singe aurait reçu de la doxycycline par "voie orale" et se serait rapidement senti mieux. Toutefois, les médecins lui ont prescrit cet antibiotique car ils pensaient d'abord que le patient était atteint de la rickettsiose vésiculeuse, maladie causée par une bactérie et qui se manifeste par des symptômes proches de la variole du singe. Son état s'est ensuite de nouveau aggravé, et c'est alors qu'il a été diagnostiqué de la variole du singe.

Par ailleurs, aucun texte officiel n'interdit ni ne fait mention de la doxycycline. Les publications complotistes font référence à cet arrêté du 25 mai 2022, qui autorise "l'utilisation de vaccins dans le cadre de la prise en charge des personnes contacts à risque d'une personne contaminée par le virus Monkeypox", "à titre dérogatoire" et "dans la mesure où "'aucun traitement prophylactique n'est à ce jour autorisé chez les personnes exposées au virus Monkeypox". Certains internautes y vont vu une interdiction en sous-texte pour faire prévaloir le vaccin.

Mais encore une fois, ce médicament n'est pas étudié pour soigner la variole du singe. À ce jour, seuls trois antiviraux sont approuvés par l'Agence européenne du médicament : le Tecovirimat, le Brincidofovir et le Cidofovir. En revanche, une étude clinique présentée la semaine dernière lors de la conférence internationale sur le sida indique que la doxycycline, prise à l’issue d’un rapport sexuel non protégé, peut réduire drastiquement le risque de contracter trois IST : la gonorrhée, la chlamydia et la syphilis.

Le faux malade du métro espagnol

L’épidémie de variole du singe peut aussi créer des situations de stigmatisation. Il y a quelques jours, un internaute, "Arturo M Henriques B" qui se présente comme médecin, a partagé la photo d’un homme dans le métro de Madrid, portant des boutons sur les jambes, et qui se serait selon lui déplacé au milieu de la foule alors qu’il était infecté par la variole du singe.

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Selon ce prétendu médecin, l’homme lui aurait confirmé qu’il était contaminé, mais sa médecin ne lui aurait pas prescrit d’isolement, seulement de porter un masque. Son thread a été largement partagé, et a même fait l’objet d’articles dans des médias espagnols et britanniques. Toutefois, l’homme présent sur la photo, reconnaissable grâce à son tatouage, a ensuite expliqué à plusieurs médias espagnols qu’il n’avait pas la variole du singe mais une maladie génétique, la neurofibromatose, non contagieuse. Par ailleurs, il confirme à 20 Minutes (en espagnol) n’avoir "parlé à aucun moment" avec cet homme, et que la photo n’avait pas pu être prise dans la matinée comme indiqué, du fait des circonstances de son trajet. Depuis, "Arturo M Henriques B" a fermé son compte et ses tweets ne sont plus accessibles. Le journal The Sun, qui avait relayé l’information, a remplacé l’article initial par un démenti.

Des photos réutilisées… seraient la preuve qu’il s’agit d’une fausse maladie

Au cœur de la théorie complotiste, l’idée, persistante, que le virus n’existerait pas, et que l’épidémie aurait été planifiée, voire inventée, comme celle du Covid-19. Pour prouver cela, des internautes ont partagé des images de pustules utilisées dans plusieurs articles, parfois espacées de plusieurs années. Selon ceux-ci, si celles-ci sont repartagées, c’est qu’il n’existe pas de photos d’infections récentes, et donc…pas d’infection récente à la variole du singe. "Le virus se diffuse si rapidement, qu’ils n’ont même pas le temps de prendre de nouvelles photos pour leurs articles. Soyez prudents !", écrit, sarcastique, cette internaute.

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Si ces images ont en effet été utilisées à plusieurs reprises, cela n’est pas inhabituel. Les médias utilisent des photos d’agences de presse, comme celle-ci, datée de 2003 et vendue par Getty, rapporte Reuters. En effet, la variole du singe n’est pas une maladie découverte cette année. Elle l'a été en 1958 et depuis des cas ont été recensés dans plusieurs pays du monde, comme en Israël, au Royaume-Uni et à Singapour en 2018-2019.

Dès 2003, plusieurs cas ont été confirmés aux Etats-Unis, marquant la première apparition de cette maladie hors d’Afrique. Selon l’OMS, à partir de 2017, le Nigeria a connu "une épidémie de grande envergure", avec plus de 500 cas suspects, plus de 200 cas confirmés et un taux de létalité d'environ 3%. Le 27 juillet, l'OMS a appelé les réseaux sociaux, les compagnies de la tech et les médias à travailler avec l'institution pour "prévenir et combattre les informations nuisibles" sur le monkeypox, dans la mesure où "comme pour le Covid-19 (…) la désinformation se diffuse rapidement en ligne".

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